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Bombe iranienne, le danger
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2401 Le 15/11/2006 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe 2004 (Ph. Cherkaoui)Le 27 octobre dernier, l’Iran a mis en service une deuxième cascade de centrifugeuses destinées à enrichir son uranium. Bonne occasion de s’interroger sur les conséquences stratégiques d’une future bombe iranienne! Ses effets seraient considérables, voire dramatiques. Toutefois, le danger d’une bombe islamique au Moyen-Orient ne revêtirait pas forcément une des formes redoutées d’ordinaire: guerre atomique entre Israël et l’Iran, attentats terroristes nucléaires, menaces contre telle ou telle puissance occidentale. Un armement nucléaire iranien pourrait viser des pays arabes, sunnites de préférence, comme le suggère la rivalité cinq fois millénaire entre Perses et Arabes. Lors du dernier demi-siècle, les préoccupations nucléaires des acteurs moyen-orientaux se sont fondées sur la possession quasi certaine par Israël de l’arme atomique. Cependant, les Etats arabes étaient également convaincus qu’Israël n’emploierait la bombe qu’en tout dernier recours. Voilà pourquoi la Syrie et l’Egypte ont lancé la guerre du Kippour en octobre 1973 sans trop redouter une riposte nucléaire. Aujourd’hui, la donne a changé. Lorsqu’en mai dernier, le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a souhaité un Moyen-Orient dénucléarisé, sans doute pensait-il moins à Israël qu’à l’Iran, dont l’ambition déclarée de devenir une puissance nucléaire s’accompagne de réalisations concrètes. Les déclarations pour le moins abruptes du président iranien, s’agissant de l’Etat hébreu, jointes à l’appui prodigué par Téhéran au Hamas et au Hezbollah, devraient plutôt satisfaire les pays arabes, supposés favorables à l’émergence d’un Iran nucléaire sur la scène internationale. Les appels à effacer Israël de la carte font partie de la rhétorique traditionnelle du nationalisme arabe. . Des conséquences géopolitiques énormesLe problème est que les intérêts d’un Iran chiite ne sauraient coïncider longtemps avec ceux des pays arabes. Une bombe iranienne signifierait un bouleversement des rapports de force dans la région, avec, en perspective, un monde musulman transformé, où la minorité chiite verrait abolie sa séculaire subordination face au prestige et à la puissance de la majorité sunnite. Plus précisément, la stabilité du Golfe arabo-persique repose sur un équilibre entre les trois «grands» locaux: l’Iran, l’Irak, l’Arabie saoudite. L’Irak étant pour l’instant neutralisé, Ryad se retrouve quasiment seul pour affronter l’adversaire potentiel perse. Le royaume saoudien peut seulement compter sur les petits Etats du Golfe et de la péninsule arabique, très peu peuplés, dont la puissance militaire demeure modeste, nonobstant leurs matériels ultramodernes. Bien des Arabes sunnites redoutent ce réveil du monde chiite. En Irak déjà, la majorité chiite s’estime fondée à gouverner le pays. Une autre majorité de chiites pense la même chose à Bahreïn. Au Liban, le Hezbollah manifeste pour se voir reconnaître un droit de veto sur les décisions prises par le gouvernement. En Jordanie, le roi Abdallah dénonce l’avènement d’un arc de pouvoir chiite, allant de l’Iran au Liban, via l’Irak et la Syrie alaouite. Pour autant, la géopolitique ne suffit pas à expliquer l’inquiétude du monde sunnite face à l’Iran. Que se passerait-il si Téhéran, ayant accédé à l’arme nucléaire, se mettait en tête de s’en servir? A coup sûr, une attaque atomique iranienne contre Israël entraînerait pour toute la région des conséquences catastrophiques, mais comme l’Iran serait alors vitrifié par une riposte israélienne ou américaine, l’hypothèse est peu crédible. Reste une autre éventualité: que les Iraniens se servent de la bombe contre les Arabes sunnites ou qu’ils menacent de le faire. Invraisemblable Voire! En Irak, la rivalité s’exaspère; des exécutions de chiites, qualifiés d’infidèles, sont perpétrées par des bandes sunnites auxquelles répondent des massacres de civils sunnites par les milices chiites. Ces oppositions sinistres pourraient déborder les frontières… Face à un adversaire potentiel disposant de la bombe, la logique stratégique exige de s’armer à son tour. Dans tout le Moyen-Orient, la course aux armements nucléaires a déjà commencé. Les Saoudiens imaginent en acquérir; les Egyptiens pensent à en fabriquer. Héritier présumé du président Moubarak, son second fils juge nécessaire la poursuite par l’Egypte de son programme nucléaire. Parce que le Moyen-Orient est instable, la prolifération nucléaire y est plus inquiétante qu’ailleurs. De la même manière que l’Iran a cédé au Hezbollah des missiles tactiques, un Etat comme la Corée du Nord pourrait vendre des armes atomiques. Avec le risque qu’elles échappent au contrôle des Etats pour tomber par exemple aux mains de Saoudiens, partisans plus ou moins déclarés de Ben Laden. On peut imaginer aussi Al Qaïda se porter acheteuse de bombes «A», ce qui est moins difficile que de les fabriquer. Il est vrai qu’en 2006, peu de pays parmi les neuf détenteurs de l’arme nucléaire sont susceptibles de livrer une arme atomique à une entité irresponsable ou terroriste. Toutefois, au fur et à mesure que le nombre d’Etats nucléaires augmentera, les risques de prolifération par vente d’armes ne pourront que s’accroître.Le pire n’est pas toujours sûr. Mieux vaut pourtant le prévoir. Ces sombres perspectives expliquent pour une bonne part la volonté manifestée par divers Etats d’empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. On peut, bien sur, taxer ces pays d’impérialisme. Ce n’est pas complètement faux. Toutefois, quand l’Allemagne, la France, les Etats-Unis, la Russie… s’impliquent dans la lutte contre la prolifération nucléaire, ils poursuivent aussi d’autres buts que la simple domination d’Etats plus faibles, celui, par exemple, d’essayer de garantir, tant bien que mal, la sécurité future de la planète.


D’où vient la menace?

Dans le numéro d’octobre 2003 du Monde diplomatique, Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), écrivait ceci sous le titre «Washington relance la prolifération nucléaire»: «Qui dit prolifération nucléaire pense Corée du Nord et Iran. Pyongyang est accusé de développer un programme militaire. L’Agence internationale de Vienne presse Téhéran de dire la vérité sur le sien. Et si la principale menace venait des Etats-Unis? Non seulement ces derniers, sous couvert de la lutte contre «l’Axe du mal», prônent la guerre préventive, mais ils envisagent d’utiliser l’arme nucléaire, y compris contre des pays n’en disposant pas. Et, à leur imposant arsenal stratégique, ils veulent ajouter de nouvelles bombes de haute précision, capables notamment de détruire des bunkers souterrains».

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