×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

International

Exclusif
Sharon: «Je suis prêt à reconnaître un Etat palestinien»
Propos recueillis par notre envoyé spécial, Claude Senouf

Par L'Economiste | Edition N°:2163 Le 02/12/2005 | Partager

. Oui, je peux dire que j’ai changé. Il ne peut y avoir de paix sans sécurité. Jérusalem doit rester unifiée- L’Economiste: Quand serez-vous prêt à entrer dans une négociation? Le Premier ministre palestinien, Ahmed Qorei, disait récemment que l’on pouvait arriver à un accord assez rapidement. Il a parlé de six mois... - Ariel Sharon: Pour ma part, je voudrais aussi que ce processus intervienne rapidement. Mais je le répéterai aussi longtemps qu’il le faudra, tout cela dépend uniquement d’un arrêt total de la violence. La violence et tout son cortège de discours qui l’accompagne, en particulier toute sorte d’incitation à la haine. Les organisations qui sont en possession d’armement très dangereux doivent être démantelés et leurs armes confisquées. C est le minimum que l’on puisse attendre de l’autorité palestinienne. Je voudrais savoir comment on peut entamer des discussions sérieuses sous une pluie d’obus. Vous me demandez «quand»? Je vous réponds que cela dépend essentiellement de la capacité des forces de sécuritéspalestiniennes à maîtriser complètement la situation sur le terrain. J’espère que l’on arrivera très rapidement au calme nécessaire à la reprise des discussions et à la feuille de route.- Des organisations militantes, et parfois violentes, sont considérées par les Palestiniens comme des résistantes, alors pourquoi les pourchasser? N’y aurait-il pas un autre moyen de régler le problème, peut-être par la négociation: «Arrêtez toute violence et nous mettrons un terme aux traques»?- Vous voulez que je me mette dans la peau d’un militant palestinien? Ce n’est pas possible, je suis d’abord le Premier ministre israélien qui défend ses citoyens. Mais lisez les statuts de Hamas: leur objectif est l’anéantissement d’Israël.- Oui, mais certains de leurs chefs comme Cheikh Hassan Youssef, ont dit qu’ils étaient prêts à reconnaître Israël dans les frontières de 1967?- Oui, mais pas plus tard que la semaine dernière, Mahmoud Azhar a déclaré que Hamas n’était pas prêt à renouveler cette déclaration ni même la trêve. Qu’ils commencent d’abord à annuler dans leur charte le paragraphe concernant la destruction d’Israël. S’ils souhaitent un jour que les choses changent dans les relations qu’ils pourraient avoir avec nous, c’est la première chose à faire: abolir cette charte et cesser clairement une fois pour toutes de prôner la destruction d’Israël. Cette attitude est gravissime et elle conforte l’opinion publique arabe au-delà du conflit israélo-palestinien dans l’idée qu’il ne faut pas accepter un Etat juif. Nous avons signé des traités de paix avec nos voisins égyptiens et jordaniens, mais nous avons encore un long chemin à parcourir. Le boycott de fait d’Israël et des juifs en général, c’est une question d’éducation et pour cela, il faudrait que les maîtres d’école eux-mêmes puissent recevoir une autre éducation. Dans les écoles du monde arabe en général, il n’est jamais fait mention d’Israël sur aucune carte.- Excusez-moi de vous contredire. Mais je voudrais que vous sachiez que pour autant que le Maroc n’ait pas en ce moment de relations diplomatiques avec Israël, cet ostracisme à l’égard du judaïsme n’existe pas dans notre pays.- Je sais que le Maroc est une exception. La présence des Juifs au Maroc est très ancienne, je ne vais pas vous donner une leçon d histoire. Au Maroc, ce sont des siècles de vie commune qui ont tissé cette relation exceptionnelle entre les communautés. Je n’ai pas besoin de vous dire à quel point le Maroc est apprécié en Israël. J’attache moi-même une importance toute particulière au rapprochement entre nos deux pays. Je souhaite que ces relations se fortifient et se développent. Le Maroc peut prendre toute sa place dans l’échiquier diplomatique du Moyen-Orient. - Justement, les Marocains se posent la question de savoir quel sera l’avenir de Jérusalem?- Pour moi, Jérusalem est notre capitale. Je pense que Jérusalem unifiée doit rester la capitale de l’Etat d’Israël avec, bien entendu, la liberté d’y prier pour toutes les religions.D’ailleurs, aujourd’hui, la liberté d’accéder aux lieux saints est un fait pour les trois religions dans la paix et la sécurité. Depuis que nous incombe la territorialité de Jérusalem, nous n’y avons jamais posé aucun obstacle. Il y a peut-être pour le monde musulman même un avantage à cela. Mais je veux être clair sur ce point, il n’y aura pas de charcutage ou de découpage de la ville. Elle est et restera unifiée et ce sera la capitale d’Israël. Les quartiers limitrophes, à l’extérieur des limites de la municipalité de Jérusalem et habités aujourd’hui par des Palestiniens, reviendront dans un règlement global à l’Etat de Palestine. Nous n’avons pas vocation à les annexer. - Les Palestiniens font référence aux frontières de 1967 comme la colonne vertébrale d’un accord territorial… - Il y a eu un accord de principe sur les grandes implantations juives en Cisjordanie et le fait qu’elles soient rattachées à Israël. Nous ne pouvons donc pas revenir aux frontières de 1967. Mais ce n’est pas une fin de non-recevoir. Lorsque nous arriverons à ce stade de la négociation, je suis ouvert à toutes les suggestions. Il peut y avoir des échanges de territoire qui peuvent satisfaire les deux parties. Je pense que l’on peut arriver à un accord.- Un de vos adversaires politiques, Ami Ayalon, dit que la vraie sécurité pour Israël c’est l’espoir pour les Palestiniens. Votre commentaire?- C’est ce que je leur souhaite et l’espoir est bien réel. L’avènement de l’Etat palestinien est un espoir qui peut se concrétiser. Ce n’est pas le terrorisme qui pourra exercer une pression sur nous. L’Etat palestinien sera visible dès que cette violence cessera. Les juifs ont-ils le droit de vivre en paix? Nous ne pouvons pas passer notre temps dans les cimetières à enterrer les victimes de cette violence aveugle. Dites-moi qui pourrait l’accepter? Quel est le pays qui peut accepter que ses citoyens se fassent tuer comme des moutons que l’on mène à l’abattoir sans réagir? Cela n’existe nulle part au monde.- Mais alors votre évaluation d’une situation sécurisée a-t-elle une mesure ou des critères? - Au fond, il y a toujours des surenchères, comme dans le rituel alimentaire que l’on appelle la cacherout. Il y a toujours quelqu’un qui viendra vous dire que ce que vous consommez n’est pas cacher parce que vous n’avez pas vérifié ceci ou cela. On risque de ne pas s’en sortir. Il faudrait une dynamique. Pour ceux qui savent ce que c’est, je dirais «Glatt Kosher». C’est-à-dire la sécurité absolue. La dynamique, c’est la paix et la sécurité sans aucune concession.Vous m’avez posé indirectement la question comment le monde arabe me perçoit-il? Je voudrais vous dire que je pense que le monde arabe me voit comme quelqu’un qui peut apporter la paix dans cette région, quelqu’un qui peut concrétiser le projet de la paix. Pour vous dire le fond de ma pensée, je ne sais pas s’il y a beaucoup de politiciens capables de réaliser cela. Les leaders arabes le savent et certains le disent ouvertement…- Votre nouveau parti Kadima (“en avant») est-il une alternative au Likoud et au parti Travailliste?- Sur ce qui mobilise toutes mes actions: la paix. Je suis donc arrivé à la conclusion qu’il fallait créer un parti politique dont ce serait l’objectif majeur. Les deux dernières années ont été pénibles. Les discussions avec les membres de mon parti n’en finissaient pas et je n’avais pas les coudées franches. Vous avez bien vu ce qui s’est passé lorsque nous avons quitté Gaza. Je veux pouvoir me reposer sur une majorité fiable et stable et avancer. “Kadima” comme son nom l’indique. J’espère avec l’aide du Tout-Puissant que l’ensemble des forces de paix se regrouperont pour soutenir cette initiative dont la coloration politique dépasse les clivages traditionnels. Nous pouvons compter sur le soutien de personnalité de grande qualité comme Shimon Pères, qui nous apportera aussi son expérience et sa vision. Ce ne sera pas facile, mais je suis raisonnablement optimiste. Nous allons nous battre, mais cette fois pour la paix et nous avons besoin pour accomplir ce dessein historique de tous ceux qui croient qu’il existe un vrai chemin pour y arriver.


“Je suis capable d’aller très loin, si…»

- Quelle est votre vision d’Israël et de la Palestine pour le futur et êtes-vous à l’aise vous-même avec le mot Palestine?- Dans la mesure où je veux arriver à un accord avec les Palestiniens, je suis prêt à reconnaître l’Etat palestinien, je n’ai aucun problème là-dessus. Je le répète sans ambiguïté, je suis prêt à reconnaître un Etat palestinien. Alors que se passera-t-il? Cela dépend essentiellement d’une seule chose: le calme et la sécurité. Si ces conditions sont réunies, je suis capable d’aller très loin. Il y a toutefois une chose sur laquelle je ne peux pas faire de concession. Il s’agit de la sécurité des citoyens de mon pays. Je ne céderai pas un pouce aujourd’hui, pas plus que demain. Sur la sécurité des citoyens israéliens, je ne céderai rien. Je connais ma réputation de militaire, de va-t-en-guerre. Ceux qui pensent aujourd’hui qu’Ariel Sharon pourrait se lancer dans je ne sais quelle aventure militaire, se trompe. De mon expérience et avec le recul, je ne vois dans la guerre que désolation et souffrance. La guerre c’est l’horreur absolue. J’ai vu mes meilleurs amis mourir à côté de moi. J’ai subi des blessures graves et j’ai connu ces meurtrissures dans ma chair. Cela je l’ai vécu, ce ne sont pas les récits qui ont façonné ma vision mais ma propre histoire. Alors quitte à vous surprendre, je peux vous dire que la guerre, j’en ai horreur et c est pour cela que je pense pouvoir comprendre mieux que d’autres l’importance de la paix. Celui qui n’y a pas été ne peut pas comprendre. Il faut maintenant construire la paix.


Sharon le va-t-en-guerre a-t-il changé?

- La Nation arabe vous tient responsable des souffrances de son peuple. La question n’est pas de mesurer votre responsabilité dans l’ensemble des événements qui se sont déroulés dans le passé mais peut-on dire aujourd’hui que vous avez changé?- Si je devais me définir, je dirais que j’étais un fellah et un guerrier et qu’aujourd’hui, l’ensemble de mes objectifs sont au centre d’un effort constant pour arriver à une situation de paix. Je veux maintenant arriver à la paix et je suis disposé à entreprendre de grands changements pour cela, prendre des décisions extrêmement difficiles qui peuvent conduire à de réels déchirements. Je suis prêt à assumer ces décisions et à les mener à bien. Il ne s’agit pas simplement de prendre des décisions, il faut aussi pouvoir et savoir les appliquer. En cela, ma résolution est sans faille et entière. Nous construirons la paix pour les générations futures. Toutefois, je voudrais aussi être très clair sur un point et sur cela, je ne changerais pas: il ne peut en aucun cas y avoir de paix sans sécurité. C’est tout simplement impossible. Alors des concessions sur le plan politique oui, des efforts pour la paix oui et probablement plus que ce que l’on peut imaginer çà et là. A une condition et une seule: la sécurité. A la lumière de ce qui se passe aujourd’hui sur le terrain, je voudrais exprimer le voeu que mes voisins palestiniens abandonnent une fois pour toutes cette voie dangereuse et stérile de la violence. Nous n’arriverons à rien par la violence. Ceux qui pensent que ma position pourrait fléchir à ce propos se trompent lourdement. Oui, je peux dire que j’ai changé, le monde a changé aussi et mon désir le plus cher aujourd’hui est de construire la paix et je souhaite que l’on puisse enfin progresser sur cette voie.


Une fenêtre et un bol d’air

L’entretien avec le Premier ministre israélien s’est passé dans une atmosphère très courtoise. Ariel Sharon semblait un peu sur la défensive. Il s’est légèrement détendu au cours de cette conversation, qui a duré plus d’une heure. Il a martelé deux de ses préoccupations: la sécurité d’Israël (qu’il place certainement tout en haut de son agenda politique) et l’affirmation d’un homme voulant couronner sa carrière publique par la signature d’un accord historique avec ses voisins palestiniens.Sa plateforme politique est empreinte de pragmatisme. Mais comme nous l’avions souligné dans de précédentes analyses (cf. www.leconomiste.com), Ariel Sharon ne mettra cartes sur table qu’au tout dernier moment. Sa détermination est évidente mais quant à savoir jusqu’où il pourra aller, lui seul le sait. Il ressort de cet entretien et en filigrane, que les conditions d’un accord politique avec son interlocuteur palestinien, le Président Mahmoud Abbas sont proches et que les contours de cet accord semblent dessinés. Sharon se présente comme un interlocuteur fort et déterminé, mais on sent aussi chez lui une volonté d’aboutir. Il est certainement à ce jour le mieux placé pour remporter les prochaines élections en Israël, principalement parce que les électeurs portent à son crédit non seulement le désengagement de Gaza mais aussi le retrait d’Israël du Sinaï. L’élection d’Amir Peretz (sur laquelle nous reviendrons) et la création du nouveau parti politique d’Ariel Sharon nommé Kadima ont été un véritable électrochoc pour la société israélienne. Cette prise de conscience est éminemment salutaire et elle lui donnera un souffle nouveau.C’est un immense bol d’air pur qui est donné à respirer à ce peuple qui a véritablement besoin de retrouver ses valeurs. On ne le dira jamais assez, il y a un grand désarroi dans la société israélienne. Les citoyens ont à nouveau envie de s’impliquer et de croire que leur destin peut échapper à cette succession de déceptions et de mensonges qui ont anesthésié leur désir même de croire à une nouvelle conjoncture sociale. La fenêtre qui s’est ouverte laisse entrer un peu d’oxygène et aussi un rayon de soleil.


Il y a tant à faire à Gaza

- Ne peut-on pas dire aujourd’hui que les choses vont mieux sur le terrain? On prédisait le chaos et l’anarchie à Gaza et pourtant cela ne va pas si mal! Abou Mazen est apparemment en train de reprendre le contrôle de la situation, sans confrontation. Que pensez-vous de son choix de négocier avec les militants? je pense que vous êtes en mesure de comprendre son choix?- C’est une très bonne question. Oui, je le comprends, mais je ne l’approuve pas du tout.Abou Mazen est un homme que j’apprécie beaucoup. Il est très agréable et d’une grande courtoisie. Ceci ne m’empêche pas de lui dire qu’il se trompe. Le Président palestinien doit assumer toute son autorité et se résoudre à démanteler les organisations terroristes dont il deviendra l’otage. C’est un chantage permanent qui ne prendra fin que lorsque ces milices seront une bonne fois pour toutes désarmées. Je suis persuadé que contrairement à son prédécesseur, il comprend cette nécessité absolue. Je pense qu’Abou Mazen, comme moi, cherche la paix. Quant à Gaza, les Palestiniens ont ouvert, il y a quelques jours, le poste frontière de Rafah. Je m’en réjouis. C’est un pas vers l’indépendance. Il y a tant de choses à faire pour améliorer les conditions de vie des habitants de Gaza. J’avais proposé aux Palestiniens d’utiliser la voie ferrée existante entre Gaza et Tulkarem avec leur propre train. J’ai aussi suggéré qu’ils construisent une liaison ferroviaire à destination de Tarkumia. Bien entendu, il ne s’agit pas de faciliter le transport d’armes ou d’explosifs à des fins criminelles. Mais je pense que les activités terroristes dans la région de Hébron peuvent être jugulées. Outre le port et l’aéroport qui sont des projets connus, il y a un projet d’usine de dessalinisation et un projet de centrale électrique.Un programme de construction à grande échelle peut être développé. Il faudra construire des routes, en un mot, faire de Gaza une grande métropole où le niveau de vie pourrait être celui d’un pays développé. Nous n’avons pas parlé du tourisme dont les ressources et le potentiel sont importants. Je suis prêt à apporter mon soutien à tous ces projets.

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc