×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Culture

    Aujourd'hui, que vaut l’accord d’Agadir
    Par Zakaria Abouddahab

    Par L'Economiste | Edition N°:2774 Le 12/05/2008 | Partager

    Zakaria Abouddahab est professeur de relations internationales à l’Université Mohammed V, Rabat-AgdalEntré en vigueur en 2007, l’accord d’Agadir vient enclencher un processus de libre-échange interarabe. Les quatre pays signataires de l’accord d’Agadir (Maroc, Tunisie, Egypte et Jordanie) sont les champions du processus d’intégration économique, encouragé par le Processus euro-méditerranéen de Barcelone. Ils offrent une constellation géopolitique diversifiée. . Potentiel bridé et schizophrénieSur le plan de la cohérence géopolitique, les membres constitutifs ne sont pas très proches. La géographie et l’histoire tantôt les rapprochent, tantôt les éloignent. Leur potentiel économique reste relativement faible. L’économie de rente ou la dépendance externe les accule à des rangs marginaux. Au plan de leur politique étrangère, les quatre pays sont modérés. Leur position à l’égard des grands conflits d’ampleur régionale, comme le conflit israélo-palestinien, reste dictée par la pondération.Il est aussi remarquable de constater que les quatre pays sont isolés l’un l’autre par des pays interposés (Algérie, Libye, Israël/Palestine). Cette dispersion géopolitique bridera probablement le potentiel intégrateur de l’accord d’Agadir.L’accord d’Agadir a un caractère «schizophrène» ou du moins dichotomique. En même temps, il est un accord méditerranéen, donc pro-occidental, et un accord arabe. Il se prête en effet à des expérimentations d’ordre géopolitique, chaque acteur le percevant en fonction de ses intérêts manifestes ou larvés. Plusieurs initiatives ou processus tournent autour de son orbite.L’Otan, qui a lancé dès 1994 le Dialogue méditerranéen, peut inscrire sa stratégie sécuritaire, entre autres, dans le cadre de l’accord d’Agadir. Depuis 2004, au large de la Méditerranée, l’opération «Active Endeavour» a été menée. Les navires de l’Otan patrouillent en effet en Méditerranée dans le cadre d’une opération de lutte contre le terrorisme. Dans cette optique, l’action de l’Otan est à inscrire dans le cadre d’une approche et d’une stratégie globales, où sont impliquées des institutions internationales comme les Nations unies, l’Union européenne ou la Banque mondiale. L’accord d’Agadir constitue un point de convergence géopolitique avec le dialogue méditerranéen de l’Otan. Cette rencontre ouvre, par transitivité, des perspectives de combinaisons géopolitiques euro-atlantiques.L’accord d’Agadir s’insère ainsi dans un réseau étoffé d’accords, de processus et d’initiatives, une sorte de nébuleuse juridico-institutionnelle (Dialogue 5 + 5, Projet d’une Union pour la Méditerranée...). Il s’inscrit dans le concept de sécurité globale, en lui apportant une dose commerciale, une entrée économique porteuse de vecteurs géopolitiques.. L’Algérie serait un «turbo»Le potentiel géopolitique que recèle l’accord d’Agadir est important, mais les freins «épistémologiques» qui peuvent ralentir son élan sont tout aussi multiples et complexes. Tantôt internes, tantôt externes, les obstacles pouvant brider l’effet annonciateur de l’accord d’Agadir sont nombreux. Ils tiennent au risque de l’immobilisme politique et la persistance de zones de conflictualité, en particulier le conflit relatif au Sahara. Comme le note Aymeric Chauprade, «au sein de l’Union du Maghreb arabe, la rivalité géopolitique fondamentale entre le Maroc et l’Algérie autour du Sahara l’emporte sur toutes les dynamiques de rapprochement» (Géopolitique. Constantes et changements dans l’histoire, Ellipses, Paris, 2003, p. 814).Si l’Algérie rejoint l’accord d’Agadir et se réconcilie avec le Maroc, suite à la résolution définitive du confit sur le Sahara, autour d’une approche prospective et stratégique, le moteur de l’intégration maghrébine, puis arabe «mettra le turbo». La tectonique de l’accord d’Agadir est d’une onde puissante, si des combinaisons géopolitiques intelligentes se réalisaient.Autant dire de la multitude de zones de turbulence que l’équipage de l’accord d’Agadir devra traverser, allant de la vulnérabilité sociale inquiétante, la dégradation écologique croissante, le potentiel de conflictualité régionale encore latent... Car, au-delà de la dimension économique de l’Accord, c’est bien la dimension humaine qui est la plus importante. Il convient donc de forger un concept de sécurité humaine et l’inscrire au cœur du dispositif de l’accord d’Agadir. Dès lors, une épistémologie de la Méditerranée arabe est nécessaire, exercice intellectuel préalable à toute démarche d’intégration sûre portée par des «artisans du futur». Comme le dit Hugues de Jouvenel, la prospective, comme la philosophie, est en effet «fille de liberté et de responsabilité».


    Maroc-USA, un cheval de Troie

    Les Américains ont été toujours intéressés par un partenariat stratégique avec les pays du Maghreb central, dans le cadre de l’Initiative Einzenstat. Celle-ci n’ayant pu se concrétiser, les Etats-Unis ont activé la démarche bilatérale. Résultat: un accord de libre-échange conclu avec le Maroc, en 2004, qui, par un effet domino pourrait être dupliqué dans les autres pays arabes méditerranéens, à commencer par les pays maghrébins. Cette démarche s’inscrit aujourd’hui dans le cadre de l’initiative de partenariat pour le Grand Moyen-Orient. Pour lui donner un contenu opérationnel, les Etats-Unis activent des instruments de shaping du type Millenium Challenge Account (MCA). Les Américains, dans le cadre du linkage, ont toujours su établir un dosage habile entre le politique et l’économique. L’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et la Jordanie (2000) ou entre les Etats-Unis et le Maroc (2004) sont au cœur de cette démarche. Or, il s’avère que le Maroc, au vu de l’accord qui le lie aux Etats-Unis, est tenu par une «clause de préférence» qui risque de s’entrechoquer avec l’accord d’Agadir. Pour certains produits, la clause de la nation la plus favorisée profitera en priorité à la première puissance du globe, à l’exclusion d’autres partenaires, dont ceux du processus d’Agadir.


    Spécificité géopolitique du Maroc

    Si l’Egypte est la plus ancienne nation arabe, le Maroc est la plus ancienne monarchie arabe. Dans ces deux pays, l’Etat-nation s’est donc constitué, il y a longtemps, par un processus de morphogenèse et d’ethnogenèse. Ces deux pays offrent une stabilité politique incontestable, la Tunisie et la Jordanie aussi. Ils n’ont jamais été secoués par une crise politique majeure.Le Maroc est le seul pays arabo-méditerranéen à disposer d’une façade atlantique. C’est également le pays le plus proche de l’Europe: 14 kilomètres séparent seulement le Maroc du point le plus proche de l’Espagne. Qui plus est, deux villes marocaines, Sebta et Mellilia, sont encore occupées par un pays européen, l’Espagne. C’est aussi le pays arabe qui dispose de la plus forte communauté à l’étranger : plus de trois millions, une sorte de diaspora.Si le Maroc reste largement dépendant du marché communautaire, il a fait montre ces dernières années, depuis l’entrée en vigueur des accords de Marrakech (OMC), d’une quête de diversification géoéconomique. Le résultat fut la conclusion de plusieurs accords de libre-échange avec des pays comme la Turquie, les Etats-Unis... Géopolitiquement, le Maroc cherche à exploiter le potentiel dont il dispose: une proximité géographique à l’Europe, une grande façade atlantique qui le prédispose à l’avenir à jouer un grand rôle en matière de navigation maritime, une profondeur géopolitique subsaharienne... On peut se réjouir de l’inauguration, en mars 2008, d’une liaison maritime directe entre le Maroc et la Tunisie, en attendant des jours meilleurs pour que l’Algérie s’inscrive dans la même démarche.

    Retrouvez dans la même rubrique

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc