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    Au cœur de la «Camorra» des sables

    Par L'Economiste | Edition N°:2639 Le 26/10/2007 | Partager

    . La mafia des pilleurs de sable règne sur un marché juteux. Les autorités laissent faireIL est 20 heures en ce 22 octobre. Nous sommes sur l’autoroute Tanger-Rabat à hauteur de l’échangeur Sidi-Allal-Tazi. Plus précisément à Douar Oulad-el-Mehdi, à 30 km au nord de Kénitra. Entre l’autoroute et l’océan, les dunes de sable sont visibles. Les camions aussi. Tous les véhicules étaient feux éteints. Je décide de m’arrêter et d’éteindre les feux aussi. Les camions accèdent à une vaste carrière, à quelques 500 mètres de la plage. Quelques instants plus tard, deux véhicules ressortent chargés de sable et se dirigent vers l’autoroute. Les camions étaient pratiquement à une dizaine de mètres. Seule une barrière nous sépare. Nous nous en inquiétons un peu. Nos différentes interlocuteurs nous ont pourtant averti tout au long de l’enquête : attention, vous prenez des risques. Mon collègue photographe déclenche néanmoins une rafale de flashs. Là, les camions accélèrent mais ne quittent pas la piste qui est en réalité un cul-de-sac. Nous les prenons en filature. Au bout de quelques mètres, les conducteurs s’arrêtent. Nous aussi. L’un des deux camions rebrousse chemin. Le deuxième chauffeur s’adresse à des pelletiers qui surgissent de la carrière. Un petit groupe menaçant se dirige vers nous, cerne notre voiture. Ils tentent d’obstruer le passage le temps que le deuxième camion s’éloigne. Sur les conseils de mon accompagnateur, j’appuie sur l’accélérateur et force le passage… Le pillage de sable a toujours été monnaie courante dans le Gharb. L’anarchie au bord de l’autoroute (zone en principe interdite du PK 75 au PK 90) et face à l’échangeur de Sidi-Allal-Tazi a commencé il y a 8 mois environ. Mais il se trouve que le phénomène s’est exacerbé depuis l’enclenchement de la campagne électorale (fin août/début septembre) devant la cécité déconcertante des autorités. La surexploitation s’intensifie à 5 km de Sidi-Allal-Tazi et se poursuit 10 km au-delà jusqu’au douar de Sidi-el-Hachmi-el-Bahraoui. Le réseau routier et autoroutier développé, en plus des routes secondaires 2 et 3 du Gharb, permet aux pilleurs de se volatiliser en si peu de temps. Les camions allant au Nord empruntent l’autoroute depuis l’échangeur, alors que ceux destinés à Kénitra, Rabat, Casablanca optent pour les routes secondaires. Il existe bien une commission provinciale chargée du suivi des carrières. Seulement les contrôles inopinés de cette commission ne sont autorisés que de 8 heures du matin à 17 heures, alors que le pillage se fait le soir. Pas avant ni après. Les instructions sont fermes. C’est comme si une main invisible faisait tout pour faciliter la tâche de la mafia des sables!En tout cas, cette flexibilité du timing du contrôle laisse une importante manœuvre au trafic de pilleurs entre le coucher et le lever du soleil. Par ailleurs, pour limiter le nombre de voyages par camions de sable autorisé, les autorités ont mis en place un bon de sortie. Or il se trouve que même les pilleurs s’emparent dudit billet qu’ils gardent pour plusieurs chargements. «Les pilleurs prennent un bon à 6 heures du matin et continuent à piller avec toute la journée», témoigne un agent d’autorité. La logique, selon lui, veut que la Gendarmerie garde le bon à chaque contrôle. En fait, poursuit la même source, le contrôle de camions de sable est le poste le plus rentable! «A chaque passage, le camionneur doit acheter la route. Le tarif du droit de passage est connu de tous: 100 DH par passage !» A Kénitra uniquement, l’on évalue le volume d’extractions de sable à plus de 27 millions de mètres cubes, toutes extractions confondues. «Depuis la période électorale, la région a connu des pics de pillage et un laxisme inquiétant des autorités locales à Ouled-Mehdi et dans la commune rurale de Ben-Mansour en particulier», dénonce une source proche de la commission préfectorale chargée du suivi des carrières de sable à Kénitra. En tout et pour tout, une centaine de camions opèrent dans la clandestinité et l’impunité totales avec en moyenne 2 à 4 voyages par jour! Les camionneurs venus du Nord font 2 voyages par jour, alors que ceux du Gharb en font 4 en moyenne. Ce qui correspond en volume à l’équivalent de 5.000 m3 par jour. En valeur, des professionnels du sable parlent d’une recette et d’un bénéfice net d’au moins 600.000 DH/jour sur toute la zone. Une manne! En fait, les chiffres avancés sont largement en-dessous de la réalité, car un seul camion réalise au moins 10.000 DH de recette/jour. C’est dire que l’enjeu est grand pour les exploitants. En principe, la capacité de chargement d’un petit camion, dit solo, est de 5 m3. Mais en réalité, ici les bennes de camions sont transformées par des carrossiers de fortune et adaptées pour charger 12 m3, soit l’équivalent de 18 tonnes par… camion. Non loin des carrières clandestines, le sable pillé est écoulé dans des dépôts de vente de matériaux de construction. En gros dans le Gharb, il est commercialisé entre 70 et 80 DH le m3. Boosté par l’essor immobilier, ce sable est très prisé. Sa spécificité rugueuse et ses gros grains en font une denrée précieuse pour l’activité BTP avec l’avantage d’être utilisé directement sans être tamisé, explique un exploitant de carrière autorisée dans le Gharb. Cependant, prévient un ingénieur ex-LPEE, «ce même sable a été testé dans des laboratoires. Il en résulte qu’il comprend une forte teneur en sel. Ce qui provoque des fissures et des creux visibles sur les façades en plus d’effets de corrosion sur l’armature (ndlr: béton armé)». En dépit de cela, ce matériau d’apparence banale et inapproprié à la construction est devenu prisé ces derniers mois. A telle enseigne qu’il est commercialisé à Kénitra, Salé, Rabat, Casablanca… Mais c’est le Nord, dit-ton, qui rafle la part du lion. Boosté par un marché de l’immobilier en pleine expansion dans le Nord, le sable du Gharb est très prisé à Tanger-Tétouan, Larache, Ouezzane, Sidi-Kacem, Jorf L’melha, Souk Larbaâ, Sidi-Yahia, Sidi Kacem, Mechraâ Belqsiri, Dar-el-Gueddari… Le boom immobilier fait que le sable pillé, quel qu’en soit le volume, est écoulé en un temps record, tellement la demande est forte. A Casablanca, le sable du Gharb est vendu entre 200 et 300 DH le m3. De sources sûres, les pilleurs sont en train de prendre d’importants marchés immobiliers. De grands groupes immobiliers spécialisés notamment dans le logement social s’approvisionnent de la filière du Gharb. Dans la capitale du Détroit, l’on consomme plus ce même sable, car les carrières clandestines du Nord (Boulksibate) ont été fermées. Du coup, le sable du Gharb atteint parfois 300 à 350 DH le m3 à Tanger-Tétouan. Et c’est tout bénef! «Le pillage de sable a toujours été monnaie courante dans le Gharb. Le phénomène s’est exacerbé depuis l’enclenchement de la campagne électorale devant la cécité déconcertante des autorités«Amin RBOUB

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