×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste

International

Asie du Sud-Est
Un nouvel équilibre est en train de naître
De notre envoyé spécial au Japon, Nouaim SQALLI

Par L'Economiste | Edition N°:2416 Le 06/12/2006 | Partager

. Les essais nucléaires nord-coréens chamboulent la région. Une course à l’armement mais sans conflit idéologique. Les Etats-Unis n’ont plus le poids qu’ils avaientRien ne va plus en Asie du Sud-Est après les essais nucléaires de la Corée du Nord, et cela perturbe beaucoup la vie politique japonaise. La stabilité régionale longtemps préservée entre les pays de la région est plus que jamais menacée. Les gouvernements du Japon, de la Corée du Sud et de la Chine sont soumis au bon vouloir du leader nord-coréen Kim Jon Ill. En attendant, les trois pays font de leur mieux pour se prémunir contre ses humeurs du moment. Ils sont en course pour se doter des capacités militaires nécessaires pour contrer ses missiles balistiques. Serait-ce le début d’une «guerre froide» dans la région? «Nous ne sommes pas dans ce cas de figure, puisqu’il n’y a pas de conflit idéologique entre les parties prenantes», indique d’emblée Masahiko Ishizuka, analyste stratégique au Centre japonais de la presse étrangère (FPC).Preuve en est: les trois pays réalisent entre eux une grande partie de leurs échanges commerciaux. La Chine, par exemple, a détrôné les Etats-Unis pour devenir le premier partenaire économique du Japon. Parallèlement à cette «course à l’armement», les trois pays essaient de préserver leurs intérêts stratégique chacun à sa façon. Comme d’habitude le Japon s’est allié aux Etats-Unis, son mentor politique, et affiche une position plutôt dure envers ses voisins socialistes. Le gouvernement de Shinzo Abé est un partisan de l’application de sanctions économiques et politiques à l’encontre du régime nord-coréen. Il a rapidement joint l’acte à la parole en interdisant l’entrée et la sortie des citoyens nord-coréens et même l’attelage des bateaux en provenance de ce pays dans ses ports. Le Premier ministre Abe a également réinséré le ministère de la Défense dans son cabinet en remplacement de l’ancienne Agence d’autodéfense (issue de la reddition après la Deuxième Guerre mondiale). Serait-ce une rupture avec la politique pacifiste du Japon ? «Pas du tout, malgré ce changement la nouvelle institution militaire garde la même organisation de l’Agence d’autodéfense», commente l’expert.Ces «punitions ne dérangent en aucun cas le régime d’Ill. Il compte sur le soutien forcé de ses deux voisins du Nord et du Sud; c’est du moins ainsi que le Japon analyse la situation. «Il s’agit d’abord de la Chine qui ne peut laisser tomber son allié historique dans la péninsule coréenne». C’est elle d’ailleurs qui lui fournit une grande partie de ses vivres. Cela ne l’empêche pas de critiquer même durement les ambitions nucléaires nord-coréennes. Mais pas au point de soutenir les sanctions américano-japonaises. «Cela conduirait des milliers de nord-coréens à pénétrer clandestinement le territoire chinois pour échapper à la famine», explique Ishizuka.Cette position, selon notre expert, est valable pour la Corée du Sud. «Bien quelle continue à croire au rêve de l’union ou de la réunification, avec son meilleur ennemi du Nord, Séoul ne veut pas être envahie par des milliers de réfugiés désœuvrés». Le «rêve» devient de plus en plus difficile à réaliser à la suite des derniers évènements, bien que les peuples des deux pays continuent d’y croire dur comme fer. «Le fossé se creuse de plus en plus entre les deux Corées et la volonté des citoyens ne peut convaincre les dirigeants qui tiennent chacun à leur politique respective» note Ishizuka.Face à cette résistance, les Etats-Unis n’arrivent pas à imposer leur verdict dans la région comme ils l’ont fait longtemps et comme ils continuent de le faire ailleurs. Les sanctions draconiennes qu’ils ont proposé ne sont pas à l’ordre du jour des négociations en cours. Peut-on dire que Kim Jong Ill joue de son chantage nucléaire pour drainer plus d’aide humanitaire vers Pyongyang? «Le dirigeant nord-coréen n’a pas de politique claire; il décide en fonction de ses impressions personnelles et ponctuelles», indique l’analyste du FPC Il faut aussi tenir compte de la position ambigue de la Russie sur cette affaire, reconnaît notre expert. Il est difficile de situer Moscou parmi les pro ou parmi les anti-sanctions. Mais elle veut toujours prendre part aux négociations pour préserver son poids ne serait-ce que symbolique dans la région. On a très peu en tête la géographie et encore moins l’histoire asiatique, qui est aujourd’hui la région qui monte sur le plan économique et donc stratégique. Non contents de rassembler les peuples les plus nombreux de la planète, ils ont leur propre vision du monde, un monde qui n’est pas occidental et qui suit de moins en moins les prescriptions américaines. Certes, ils doivent leur croissance, vieille d’un siècle pour le Japon, de 40 ans pour la Corée du Sud, de 10 ans pour la Chine, au modèle capitaliste incarné par les Etats-Unis, mais ils ont une autre culture et une autre histoire. Les Coréens, avant l’ère du Meiji (sorte de mise à niveau intervenue à la fin du XIXe siècle, étaient dominants: leurs pirates razziaient les côtes japonaises et enlevaient femmes et enfants. La haine qui en a découlée est encore présente dans l’esprit nippon, même si, au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’armée japonaise a décimé le quart, bien lire le quart, de la population coréenne!Sans le gendarme américain, qu’on n’écoute plus, comment vider ces vieilles haines? Problème plus immédiat: la philosophie politique de Séoul, quels que soient les gouvernements en place, entretient l’idée de réunification, depuis la coupure du pays il y a 50 ans. Mais aujourd’hui la différence de niveau de vie est telle entre les deux Corées que ceux du Sud ont eu peu peur d’être envahis, donc appauvris, par des « hordes de va-nu-pieds». Pyongyang en joue, mais il a une autre carte plus forte. Séoul, le cœur scientifique et industriel de la Corée du Sud, est à 50 Km de la frontière, soit 3 minutes avec un missile, lequel peut être nucléarisé… Donc Séoul ne peut pas suivre son mentor américain quand ce dernier recommande la dureté, comme le fait l’administration Bush. L’incompréhension va donc grandissant, même si la DMZ, la zone démilitarisée entre les deux Corées, est sécurisée par les soldats américains. L’explosion économique n’aime pas la survivance de ces poches de haine, de contentieux et de dispute héritées du Moyen Age ou de la Guerre froide. Mais pour l’instant, on ne voit pas quelle sera la solution.«Ancien journaliste, Masahiko Ishizuka a été entre 2000 et 2006 un des éditorialistes du Nihon Keisi Shinbun, journal économique du Japon. Un des plus grands journaux économiques au monde avec un tirage quotidien de 3,5 millions d’exemplaires. Il publie actuellement des articles analytiques en anglais pour le compte du Centre de la presse étrangère de manière à faire mieux connaître le tissu japonais«

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc