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Politique Internationale

Après son voyage controversé en Israël

Par L'Economiste | Edition N°:149 Le 13/10/1994 | Partager

Rédacteur en chef de L'Opinion, M. Khalid Jamaï s'est fait connaître par ses engagements en faveur de la Palestine, puis plus récemment par sa lettre ouverte à M. Basri, ministre de l'lntérieur et de l'Information. Invité avec un groupe d'intellectuels marocains par le Centre International pour la Paix au Moyen Orient, M. Jamai a été, à son retour d'Israël en butte à diverses avanies d'origines partisanes. Il raconte pour les lecteurs de L'Economiste ses contacts, israéliens et palestiniens, et analyse la situation politique du terrain. Au passage, quelques leçons de politique tout court...

- Avez-vous hésité pour répondre à l'invitation?

Hésité?... Vous savez, je fais de la politique, aussi je n'hésite pas. Je calcule. Donc, c'est une décision quand même importante. Ce n'est pas une décision que j'ai prise à la légère. Mais, depuis 20 ans, j 'ai milité pour la cause palestinienne. Et par conséquent mon objectif était pour l'instauration d'une paix juste et globale. Il y a près de 14 ans, j'ai fait paraître dans L'Opinion la première interview avec un général israélien ainsi qu'avec le chef du mouvement "Peace now"... Tout cela s'était fait avec l'accord implicite de l'OLP. Puis on a créé une association en France avec les Juifs sépharades... En fait, cette action ne date pas d'aujourd'hui, elle dure depuis longtemps. Nous croyons que, de toutes les manières, il fallait arriver à une solution, étant donné les rapports de force et la situation du Monde arabe. Donc pour moi, c'était quand même important d'aller là-bas, d'un côté pour voir Israël et d'un autre pour voir les territoires palestiniens autonomes. Pour voir si ça vaut le coup ou pas, si cette paix commence à se traduire dans la réalité, c'est cela l'important.

- Est-ce que cela a été utile pour vous?

- Ce serait facile de vous dire oui. Mais je ne veux pas vous donner une telle réponse parce que c'est l'avenir qui pourra en juger. Mais je dois dire que parfois il faut avoir le courage d'aller au-delà des convergences... Il faut prévoir ce qu'est l'avenir. Ce qui est important, c'est voir dans quelle mesure notre déplacement là-bas allait avoir un impact. Dans quel sens allait être cet impact? Qu'allons nous faire là-bas? Et qu'est-ce que nous allons dire là-bas?
Arrêter de maquiller les choses

- En tant que journaliste marocain, comment avez-vous réagi en arrivant sur un territoire quasiment interdit à la presse arabe jusqu'à il y a à peine quelques mois?

- Je voudrais d'abord briser un tabou : nous sommes des journalistes, nous nous devons donc d'aller sur le terrain. Il faudrait arrêter de maquiller les choses et tergiverser dans ces questions-là. Un journaliste n'est pas un décideur politique: voir les choses, écouter les gens et les voir est une chose très importante pour un journaliste. La recherche de l'information... pas pour l'objectivité, je n'y crois pas. Pour l'honnêteté. J'ai été sur place pour discuter et voir les gens et pas avec les responsables politiques. Le journalisme c'est d'abord l'investigation, car il y a des choses que les agences de presse ne nous disent pas. Il y a toute une atmosphère, le regard des gens, I'indiscible... Il y a des situations qui peuvent vous éclairer sur beaucoup de choses. Le voyage était motivé par plusieurs paramètres. J'ai décidé de le faire et je l'ai fait.

- Comment avez-vous été reçus par la population palestinienne?

- Avec beaucoup de gentillesse. Il n'y a pas un seul Palestinien qui nous a reproché d'être là.

- Vous avez été uniquement sur les territoires autonomes...

- A notre arrivée, nous avons été reçus par Shimon Pérès à 7h du matin et à 10h, nous étions à Gaza chez M. Arafat qui nous a accueillis en compagnie du directeur du Centre International pour la Paix, M. Oger Bronchtein. C'est en présence des Israéliens que M. Arafat a fait son discours dans lequel il nous a signifié que notre passage était très important pour la paix. Les choses étaient faites de telle manière que nous soyons reçus à parts égales par les deux parties.

Nous étions libres de contacter qui nous voulions. Ce n'était pas un travail de matraquage, il n'y a même pas eu de rencontre avec la presse. Nous n'avons pas été utilisés à des fins "propagandistes" .

- Et la population israélienne, comment réagit-elle?

- Nous n'avons rencontré aucune hostilité, ni d'un côté, ni de l'autre. Tout s'est très bien passé.

- Côté israélien, est-ce que vous n'avez pas été surveillés de façon "serrée"?

- Non, nous n'avions ni police, ni Mossad à nos trousses. Nous avons circulé en toute liberté, comme nous avons circulé en toute liberté à Gaza et Arriha. Lorsque nous avons vu les députés israéliens, un des députés a fait un discours en disant ne pas comprendre pourquoi Arafat n'a pas revu la chatte et que la sécurité d'Israël était toujours menacée, etc... Je suis intervenu pour lui dire que s'il y a une sécurité à assurer, c'est bien la sécurité palestinienne. Vous ne pouvez pas demander à M. Arafat de revoir la charte, parce qu'il a fait beaucoup de concessions vous ne pouvez pas lui demander de concéder d'avantage et c'est là qu'on ressent l'absence d'Abou Jihad... En fait, c'est ce discours que nous avons tenu là-bas. On leur a bien fait savoir que la paix n'avait pas été décidée par des sentiments, mais que c'était le résultat d'un changement sur un échiquier international. Nous avons aussi parlé de Gaza en disant: si le cas de Gaza n'est pas réglé, vous ne serez jamais en sécurité. Ça c'était un discours qu'il fallait tenir là-bas. Il fallait que nous leur disions que si nous sommes pour la paix, nous ne sommes pas pour n'importe quelle paix, et que nous restons du côté des Palestiniens.

Tensions à AI Qods

- Les enfants de la pierre , où sont ils passés? Le mouvement qui avait commencé de façon spontanée en 1987 a-t-il été définitivement mis aux oubliettes ou bien est-ce juste une trêve?

- Ecoutez, moi je n'ai pas eu l'occasion de voir ces enfants. Non. Mais la situation est très tendue, surtout a Al Qods et il ne faut pas se leurrer. Il y a actuellement une haute tension. N'importe quoi peut éclater à n'importe quel moment.

- Est-ce que la vision des Palestiniens vis-à-vis des Israéliens a changé? Comment sont leurs sentiments: haine, vengeance, indifférence...?

- Non, en fait c'est tout cela, plus de l'espoir. Tout est imbriqué. Ce qu'il faut dire, c'est que pour le Palestinien, rien n'a changé sur le terrain. Que ce soit à Gaza, à Ramallah, à Al Qods... Ils vous disent: l'accord d'Oslo, c'est un mauvais accord et on ne pouvait pas faire autrement. Mais le problème c'est que depuis un an rien n'a changé pour le Palestinien, c'est grave.

- Et l'espoir...?

- L'espoir, dans le sens où ils se disent "on espère que les choses vont changer". Mais jusqu'à maintenant, ils ne voient pas de changement dans leur vie quotidienne... A Al Qods, par exemple, je me suis fait contrôler par l'armée israélienne.

- Donc vous étiez quand même surveillés?

- Pas dans les autres villes. Mais à Al Qods, j'ai été contrôlé. Là-bas, les gens sont sur la dynamite... C'est pour cela qu'il faut aller vite, très vite même . Et pour revenir à la mission elle même, car ce qui était important, c'était d'entendre le petit Palestinien, celui là à qui on ne donne pas la parole. Paradoxalement, les Israéliens sont plus optimistes, parce qu'ils vous disent "nous, nous a vu le changement... et plus de 50% sont pour la paix"...

- Certains pensent que vous avez été manipulés par Israël.

- Cette positon, c'est comme si nous Arabes, nous étions incapables de mener une bataille dans ce style. Il faut aller dans le camp de l'autre. Et puis, ce n ' est pas parce que nous avons été là-bas qu'Israël a remporté la guerre!

Ce qui est important, c'est que les Israéliens se rendent compte que, du côté marocain, nous ne sommes pas dupes. En plus, pour les Sépharades, il y a tout un travail à faire. C'est une action commune. Il fallait quand même que nous nous rendions compte par nous-mêmes des contradictions au sein de la société israélienne, des mécanismes de contradiction qu'il y a... M. Arafat a serré la main à Rabin, les Palestiniens discutent, les Jordaniens et les Syriens aussi... Il faut être logique. En tant que Marocains, ce que nous pouvons dire aux Israéliens, c'est que si le peuple marocain est prêt pour une paix, il n'est pas

Les déçus de l'accord

- Mais Hamas était contre le processus de paix

- Non, pas Hamas. Ils sont prêts à coexister avec Arafat. Mais tout en étant contre, ils ne rejettent pas. Il vous disent actuellement "libérons une partie du territoire et on verra pour le reste ". Donc Hamas n'est pas ce mouvement extrémiste dont tout le monde parle. Le Jihad est plus extrémiste que Hamas, mais Hamas a une présence réelle. Ce sont des gens comme tout le monde qui vous disent "nous sommes contre l'accord, parce que I 'accord n 'a pas répondu à toutes nos exigences. Mais, on peut composer".

- Est-ce que l'OLP constitue une autorité sur les territoires autonomes?

- Elle commence.

- A cause du mouvement Hamas?

Oui, le mouvement la "respecte", mais il demande aussi le droit de continuer à résister à l'occupation. Les choses sont encore très ambiguës . Ce n'est pas une situation où vous pouvez dire "oui" ou "non". Il y a beaucoup de nuances... La société palestinienne est une société en "gestation". Même la société israélienne; elles ont toutes les deux des problèmes internes. En 1996 il y aura des élections en Israël et M. Arafat a les élections lui aussi. Donc les deux doivent manoeuvrer en même temps, I' un contre les colons et l'autre contre ses opposants. C'est ce qui fait que les choses deviennent parfois embrouillées. De plus les Palestiniens tiennent à jouir d'une véritable démocratie.

- La police palestinienne est-elle vraiment indépendante de l'armée israélienne?

- A l'intérieur de Gaza et Arriha oui, elle fait son travail.

- Et les Sépharades?

- Ce qu'il faut, c'est essayer de faire un travail avec les Sépharades, parce que tout se jouera à ce niveau là. 500.000 Juifs sépharades votent pour le Likoud, parce qu'ils ont été "négligés" par le Parti Travailliste, etc. Et par une sorte de répulsion, ils sont passés au Likoud. Donc aujourd'hui, il faut les refaire basculer dans le camp de la paix. Depuis I' accord de paix, le Monde arabe semble se laver les mains de cette histoire là. Alors que c'est maintenant qu'il faut donner des fonds, qu'il faut investir à Gaza notamment qui est une vraie poudrière, un vrai dépotoir!

Mariage catholique

- Est-ce que les gens parlent du sommet de Casablanca?

- Les Palestiniens sont conscients que la vraie bataille, c'est la bataille économique, ils ne veulent pas non plus devenir un satellite d'Israël.

Pour les Israéliens, cette conférence revêt une importance capitale, parce qu'ils savent que la bataille aujourd'hui est bien plus difficile que celle d'avant.

Les armes actuellement ne s'appellent plus kalachnikov, mais l'eau, la monnaie, l'investissement et le "brain trust". Ce serait cette bataille que les Arabes devraient mener. Et c'est à ce niveau qu'il faudrait trouver une entente. Surtout parce que les Israéliens ne peuvent pas se détacher du Moyen-Orient, ils sont inclus. Entre les Israéliens et les Palestiniens, c'est un mariage catholique: ils ne peuvent pas divorcer, ou alors ils aboutiront à un crime passionnel...

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