×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Economie Internationale

    Après 20 ans d'expérience, les leçons des zones franches

    Entretien avec un expert du BIT

    Par L'Economiste | Edition N°:506 Le 13/05/1999 | Partager

    · Les zones les plus instables parient sur la baisse des conditions de travail
    · Les zones réussies conservent des conditions normales


    Alors qu'il existait seulement une poignée de zones franches d'exportation il y a une vingtaine d'années, on en recense aujourd'hui plus de 850, employant 27 millions de personnes. Pour Auret Van Heerden du Bureau International du Travail (BIT), auteur d'une étude sur le sujet, cette explosion est le résultat de la nouvelle division internationale du travail, entre travail qualifié dans les pays du Nord, travail sous-qualifié dans ceux du Sud.

    - Toutes les zones franches ont-elles des conditions de travail très dures et les investissements volatiles?
    - M. Auret Van Heerden:
    Cela est typique d'une certaine catégorie de zones franches. De celles qui croyaient qu'il suffisait de baisser les normes du travail et le salaire minimum pour attirer les investissements étrangers. Mais d'autres, comme celles des Philippines ou de Singapour, ont réalisé le danger à attirer des investissements bas de gamme, comme les sous-traitants du secteur de l'habillement ou de la chaussure. Il y en a qui ne se préoccupent absolument pas des conditions de travail. D'autres appliquent au contraire le code du travail. Ce sont d'ailleurs celles-là qui attirent les meilleurs investissements étrangers.

    - De toute façon, ces zones profitent d'abord aux entreprises?
    - Dans la grande majorité, oui. Cela génère certes des emplois pour les pays. Ainsi en Chine, les zones franches emploient 18 millions de travailleurs dans les entreprises étrangères; au Bangladesh, ils sont plus de 2 millions à travailler dans le secteur de la confection. Mais, pour le reste, les résultats sont franchement médiocres, du moins pour les pays d'accueil. Il n'y a pratiquement aucun transfert de technologie entre les entreprises de la zone et le reste du pays. Au Mexique, Sony assemble la totalité des téléviseurs qu'il vend sur le marché américain. Or, pas un seul composant de sa production ne provient du Mexique. Tout est importé. Et réexporté. La greffe entre les zones franches et le reste du Mexique n'a pas pris.

    - Qu'est-ce qui empêche une intégration entre les zones franches et le pays d'accueil?
    - Les fabricants de téléviseurs des zones franches du Mexique reprochent par exemple aux entreprises mexicaines hors zone de ne pas respecter délais, qualité, volume et prix. Et celles-ci répliquent qu'elles n'ont pas les moyens financiers pour se moderniser.

    - C'est sans issue alors?
    - Il y en a une. Mais le débat dépasse largement celui des zones franches. Pourquoi? Parce qu'on voit bien que seuls les investissements publics, dans l'éducation par exemple, sont capables de générer des formations de haut niveau. Et si les Etats acceptent de mettre beaucoup d'argent pour développer ces zones franches tout en faisant un trait sur les impôts, de l'autre ils se désengagent de l'éducation et de la formation. Alors qu'ils devraient au contraire augmenter ce type de dépenses. C'est un débat complexe dans la mesure où, partout dans le monde, dans les pays riches comme dans les pays émergents, la mode est à la réduction des dépenses publiques.

    - Existe-t-il des zones qui ont réussi la greffe?
    - Il en existe. Lorsque le Costa Rica a voulu diversifier ses exportations de bananes et de café, il s'est tourné vers le fabricant de microprocesseurs Intel. Celui-ci a exigé de la main-d'oeuvre très qualifiée et de l'électricité bon marché. Les propositions des autorités du Costa Rica ont été suffisamment intéressantes pour qu'Intel décide finalement d'investir dans la zone franche du pays pour y fabriquer les processeurs Pentium.
    Je crois que c'est l'exemple d'une réussite. Intel a, non seulement créé 3.500 postes, mais il se fournit sur le marché local pour ensuite exporter. Pour Intel, l'avantage demeure celui des exonérations fiscales et une main-d'oeuvre bon marché, mais qualifiée.

    - Intel a pourtant les moyens de payer des impôts. Son investissement au Costa Rica n'est-il pas franchement amoral?
    - Beaucoup le pensent. Mais le cadeau fiscal est limité à cinq ans. Le cas Intel au Costa Rica explique autre chose, notamment le phénomène de la globalisation des entreprises.
    Il y a une double exigence: celle des pays qui souhaitent se développer et celle des entreprises transnationales qui souhaitent être le plus rentables possible. Les entreprises ont de plus en plus une chaîne de production à l'échelle mondiale. Et ces chaînes passent presque tout le temps par des zones franches. Intel, Motorola ou encore Dell Computer ont toutes la même stratégie.
    Ils font de la recherche aux Etats-Unis, ensuite ils produisent les composants dans des pays, comme la Malaysie ou le Costa Rica, où les coûts du travail sont faibles, mais avec un bon niveau d'éducation. Finalement, les opérations d'assemblage sont réalisées dans les pays dont le coût de la main-d'oeuvre est très bon marché et avec un niveau d'éducation faible. C'est une nouvelle forme de division internationale du travail.

    Propos recueillis par Vittorio DE FILIPPIS
    Syndication L'Economiste-Libération/France

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc