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Entreprises

APOTEX, "enfant terrible" de l'industrie pharmaceutique canadienne arrive au Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:32 Le 04/06/1992 | Partager

Le premier partenariat maroco-canadien en matière pharmaceutique introduit Apotex, spécialiste des produits dits génériques. C'est l'arrivée d'une multinationale particulière qui touche le marché dans son point sensible, le prix.

Comme le tank, il s'appelle Sherman. Son avocat ne sait pas si "le tank porte son nom, ou si le nom du tank lui a été donné". Barry Sherman est le patron d'Apotex, Société canadienne de produits pharmaceutiques, qui met en ce début Juin, ses médicaments sur le marché marocain avec des ambitions affichées. Coïncidence, au même moment, Apotex remporte, après une bataille scientifico-juridiciaire, le droit de fabriquer et de commercialiser le fameux AZT, palliatif, à défaut de traitement, contre le SIDA. C'est un événement important en soi, mais significatif de la stratégie de l'entreprise canadienne, et qui permet de comprendre pourquoi Apotex peut perturber le marché marocain.
Burroughs Wellcome croyait exploiter une molécule, la Zidovudine, connue sous le célèbre sigle AZT. Le "marché" du SIDA lui était assuré, en monopole, grâce à un brevet, pendant 20 ans. En 1989, Apotex engage une procédure au Canada, rappelant que l'AZT était en fait mise au point dans les années soixante, lors de recherches sur le cancer. Faute d'application immédiate, plusieurs laboratoires l'ont stockée au lieu de la breveter. La bataille juridique ayant été gagnée, Apotex pourra désormais commercialiser l'AZT, à travers le monde, 40 à 50% moins cher que Wellcome sous sa forme "générique". Et "l'enfant terrible" canadien n'en est pas à son premier caprice. Il est déjà venu piétiner les plates-bandes du célèbre suisse Hoffman-Laroche sur un traitement des infections urinaires, qu'il vend désormais moins cher.

D'une manière ou d'une autre, Apotex qui a été créée en 1974 réalise 700 millions de Dollars de chiffre d'affaires, fabrique plus de 200 produits au Canada, qu'il commercialise sous le nom générique de la molécule, c'est-à-dire sous l'appellation scientifique, et pas commerciale. Au grand dam de l'américain Merck, du suisse Sandoz, du Britannique Glaxo. Il faut dire que la législation canadienne lui a ouvert la voie. D'abord les soins maladie sont couverts à 100% et l'Etat a tout intérêt à ce que des médicaments à bas prix soient mis sur le marché. Elle permet de "copier", en fait de resynthétiser les molécules 7 ans après leurs mises sur le marché (10 ans si les principes actifs sont importés). Le délai est de 20 ans, ailleurs, en Amérique et en Europe. Et même si ce délai de 20 ans a été imposé au Canada, depuis Janvier, par les accords du GATT Apotex, continuera sa stratégie des génériques, désormais appelées "interchangeables" outre Atlantique. Il en fait même son "cheval de Troie" pour pénétrer les marchés étrangers.

Après l'Europe, la zone Afrique-Moyen Orient l'attirait. Surtout que son "argument commercial", le faible prix, est déterminant dans des pays à faible pouvoir d'achats. Erick Roche, Directeur des projets internationaux d'Apotex Canada affirme que "les prix des médicaments ne dépendent pas que des coûts. Le prix est celui qui peut être porté par le marché en fonction de la rareté du médicament de sa diffusion". Il réfute l'idée selon laquelle les prix des différentes spécialités thérapeutiques sont élevés car ils supportent le coût de la recherche-développement. Même si l'investissement en R-D est important en valeur absolue sa charge serait, en moyenne, inférieure à la charge commerciale. Autrement dit les plaquettes de présentations luxueuses, les échantillons de promotion, et les notes de frais des visiteurs médicaux coûteraient, selon E. Roche plus cher que l'investissement scientifique.

Le Maroc paraissait comme une "tête de pont" pour conquérir 13 pays, ceux du Maghreb, 3 d'Afrique francophone, 3 du Moyen-Orient. Il manquait un partenaire local. Il l'a trouvé dans le groupe Fadip"En fait, nous sommes allés les chercher. Mais avec un dossier bétonné sur les perspectives marché du Maroc et du Maghreb", avoue M. Es-Saâdi, dirigeant de Fadip. Celui qui se définit comme le "plus ancien des non-pharmaciens de l'industrie pharmaceutique", ne pouvait rester cantonné aux shampoings et dentifrices. Même ces produits, il les classe dans "l'hygiène" (presque médicale) bucco-dentaire ou capillaire. Il les distribue en pharmacie et rappelle fièrement leurs qualités. Mais les antibiotiques et les anti-inflammatoires lui manquaient. Apotex lui en apporte une large gamme. Fadip-Pharma, filiale pharmaceutique de son groupe qui devait fabriquer sous licence, moyennant royalties à des "commettants", se transforme en Apotex-Maroc. La firme canadienne y détiendra 15%. La famille Es-Saâdi, et des pharmaciens, marocains, portent le reste. Apotex en retirera les fruits de son actionnariat, des royalties. Elle apporte en retour les matières premières, les procédés ... "un transfert de technologie".
L'usine du groupe Es-Saâdi, Sophyderm de Temara, recevra 20 millions de Dirhams d'investissements pour être conforme aux fameuses, normes GMP (Good Manufacturing Practises) dont s'énorgueillit l'industrie pharmaceutique. A ses installations pour les produits liquides et pâteux, seront ajoutées une aire de productions des formes sèches (comprimés) et de répartition de poudres antibiotiques. Près de 120 personnes, dirigées par des pharmaciens produiront 22 produits sous 60 formes dans un premier temps. Plus tard 60 autres formes seront introduites.

Des investissements lourds dans un marché, qui interviennent, sur un secteur pharmaceutique, qui, loin d'être en expansion, stagne, en volume depuis quelques années.
Si donc Apotex n'arrive pas, pour bénéficier d'une expansion du secteur, il faudra qu'elle empiète sur les parts de marché actuelles. Et M. Es-Saâdi, qui entend bien rester en bons termes avec ses "confrères" se contente de reconnaître une ambition:"en vitesse de croisière, au bout de la quatrième année, notre objectif est de 10% du marché marocain". Surtout qu'il partage certaines de leurs préoccupations, notamment, quant à l'ouverture des frontières. L'industrie pharmaceutique a aussi grandi à l'ombre des protections. Les produits fabriqués localement sont interdits d'importation. La protection aujourd'hui est remise en cause par la vague de libéralisation. Le partenaire marocain d'Apotex admet, dans un langage imagé qui lui est propre "que l'Etat enlève le climatiseur". Il conçoit mal que les entreprises marocaines soient jetées dans "une mêlée de Rugby", alors que les Etats européens subventionnent les leurs."D'un autre côté notre secteur pharmaceutique reste atomisé, et notre compétitivité incertaine. Le libéralisme devrait être modulé à nos potentialités". L'étape préliminaire, est une meilleure concentration du tissu industriel et surtout une meilleure assise financière. Sur ce plan, il s'attend à ce qu'une contrainte légale, soit levée: le capital des industries pharmaceutiques doit encore être détenu en majorité par des pharmaciens. Ce qui peut inhiber des augmentations des ouvertures de capital. L'autre ouverture pourrait être dans la communication. "Le plus ancien non pharmacien de l'industrie pharmaceutique", homme de marketing par vocation, pourrait contribuer à "ouvrir" un secteur encore enfermé dans des habitudes de "secret", héritées du temps des apothicaires, de leurs arrières-salles d'officines, et des remèdes miracles. A défaut, les rumeurs souvent non fondées, s'installent sur la qualité des produits, leurs prix, les profits.

Khalid BELYAZID

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