×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Economie

Analyses : 1985-1994 : Dix ans de budget

Par L'Economiste | Edition N°:208 Le 14/12/1995 | Partager

L'interventionnisme de l'Etat est fort


L'élaboration du budget actuel est délicate. Pris entre une assiette fiscale faible et la nécessité des dépenses sociales, l'Etat est tenté par les dérapages. Il tournerait alors le dos à 10 ans d'ajustement où le déficit a été réduit et l'inflation maîtrisée.


"Le Maroc ne peut pas se permettre un déficit important. Nous continuons encore de subir les conséquences de la politique laxiste menée durant la période précédant le PAS", fait remarquer un analyste. Les pouvoirs publics ont assimilé la leçon depuis quelques années. L'équilibre budgétaire demeure ainsi une des grandes priorités. Le programme de stabilisation mis en oeuvre dès 1983 a permis de ramener le gap à des proportions moins importantes. La baisse avait cependant commencé à s'amorcer dès le début des années 80. Le déficit du Trésor était alors passé de 16,2% du PIB en 1981 à 11,3% en 1982 pour atteindre 8,1% en 1983(1) . Cette tendance régressive s'est confirmée durant toute la période 1985-1994 avec cependant une pointe de 7,7% en 1986. Pour ces dix années, la moyenne s'est établie autour de 4%, le niveau le plus bas ayant été atteint en 1992, année au cours de laquelle le taux s'est fixé à 2,3%. La rigueur budgétaire est surtout perceptible au niveau des soldes budgétaires qui ont connu une forte réduction, se limitant à une moyenne d'environ 7 milliards de Dirhams sur la période 1985-1994, contre 10 milliards sur les quatre années antérieures.

Déficit budgétaire et inflation


Ce recul du déficit s'est accompagné d'une meilleure maîtrise du budget. En réduisant ses ambitions, l'Etat a aussi cherché à mieux définir ses objectifs en terme quantitatif. Le recul du déficit public s'est en effet accompagné d'une relative amélioration du taux de réalisation des dépenses prévues. Le rapport des charges effectives sur les prévisions de la Loi de Finances est ainsi passé de 84,3% en 1985 à 94,2% en 1994. Il est tout de même à noter un écart important pour les années 86 et 87 où un écart important avait été enregistré avec un taux de 66%. Côté recettes, le taux de réalisation se place bien au-dessus de 95% depuis le milieu de la période 1985-1994.
Le recul de l'inflation peut être considéré comme une autre satisfaction de la décennie étudiée. Son évolution a suivi à peu près la même pente que le déficit budgétaire. Elle est désormais circonscrite en dessous des deux chiffres depuis 1985. Il a même flirté avec le plancher de 2%, s'établissant respectivement à 2,8, 2,1 et 3,1% pour les années 1987, 1988 et 1989. Cependant, une tendance à la stabilisation autour de 5% est sensiblement perceptible depuis 1992, année où elle a atteint 5,7% avant de s'installer à 5,1% pour 1993 et 1994.
En tout cas, une certaine corrélation entre le déficit budgétaire et le niveau de l'inflation est perceptible même si, paradoxalement, au plus bas niveau de déficit budgétaire de 1992 correspondait une remontée de l'inflation qui s'était établie à 8,3%, taux plafond pour les dix années étudiées. Dans cette logique, on peut supposer que le financement du déficit se fait par des moyens inflationnistes, source de conséquences négatives sur la compétitivité de l'entreprise.

Dépenses de fonctionnement


Nonobstant la maîtrise du déficit et les obligations de la politique libérale, l'Etat est demeuré omniprésent au cours de cette période. L'interventionnisme n'a pas cessé. Les dépenses publiques ne sont jamais descendues en dessous de 25% du PIB. D'ailleurs, il est à noter que depuis 1992, dernière année du PAS, une légère recrudescence se fait sentir. Le rapport est passé de 28,3% durant cette dernière année à 29,9 et 31,1% pour 1993 et 1994. De manière absolue, les dépenses ont même plus que doublé, passant d'un peu plus de 37 milliards de Dirhams à 89 milliards. Cette évolution résulte en partie de la résistance à la baisse des charges de fonctionnement qui représentent en moyenne 67% des dépenses effectives. Elles ont atteint 40 milliards de Dirhams en 1994 contre 18 milliards 10 ans plus tôt. Les pouvoirs publics sont en fait partagés entre le souci de la rationalisation de leurs dépenses et les contraintes de l'équilibre social, se traduisant notamment par le maintien de la subvention de certains produits de base.
Autre observation, la part des investissements publics dans la FBCF (formation brute de capital fixe) est aussi restée pratiquement entre 30 et 35%, excepté en 1991 où elle a plongé à 28%.
L'Etat a continué donc d'être premier opérateur économique et principal employeur. Faute de pouvoir disposer de ressources suffisantes et plus diversifiées, le contribuable est rudement mis à l'épreuve. La pression fiscale(2) a globalement progressé, marquant toutefois un repli depuis 1992, sans pour autant descendre en dessous de 30%.

Alié Dior NDOUR.


L'investissement fait les frais de la rigueur


De l'observation des statistiques de cette décennie (1985-1994), il ressort que le Budget de l'Etat est particulièrement étouffé par deux postes.
Premier élément: les dépenses de fonctionnement. La rigueur n'a pas ralenti la croissance de ces charges. Les contraintes de l'équilibre social limitent la portée de la politique de réduction des dépenses. L'Etat est confronté à l'obligation de la création d'emplois, au maintien des subventions de certains produits de base et dans une certaine mesure à la revalorisation des traitements des fonctionnaires. Du coup, ces dépenses ont considérablement gonflé, passant du simple au double sur les deux extrémités de la période étudiée. Globalement, elles drainent plus de 60% des dépenses ordinaires et représentent en 1994 14% du PIB. Globalement, le poids des salaires est considérable. Ils comptent pour plus de 60% du total des dépenses. Pour la seule année 1993, ils captaient plus de 72% du budget de fonctionnement

En revanche, les dépenses d'investissements ont fait les frais de la rigueur. En valeur absolue, elles sont passées de 8 milliards de Dirhams en 1985 à 19,2 milliards en 1994 et ne représentent en moyenne que la moitié des dépenses de fonctionnement. Leur part dans le PIB a relativement stagné entre 1985 et 1994 passant de 7 à 6,7%. Résultat: une certaine détérioration s'est fait ressentir du point de vue des infrastructures et de la santé notamment.
Second élément: l'Etat reste lié aux exigences de la dette. Les remboursements au titre de la dette publique (amortissement et intérêts) ont considérablement augmenté, passant de 16,5 milliards de Dirhams en 1985 à 29,7 milliards en 1994. En moyenne, un peu plus de 21 milliards de Dirhams sont déboursés annuellement, durant la période 1985-1994, pour faire face aux échéances. Depuis 1986, ces remboursement couvrent totalement le besoin de financement global dont ils représentaient plus de 100% en 1994, contre 70% en 1985. Au total, les versements mobilisent plus du tiers des ressources publiques. Les contraintes continueront de peser sur les finances publiques et drainent des fonds nécessaires au financement des investissements sociaux notamment. De fait, il est noté que l'élaboration du budget repose sur la capacité de remboursement de l'Etat qui est par ailleurs obligé de recourir davantage au financement interne.

Alié Dior NDOUR.



  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc