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    Analyser la conjoncture,un exercice à développer
    Par le Pr Mohammed GERMOUNI

    Par L'Economiste | Edition N°:2771 Le 07/05/2008 | Partager

    Mohammed Germouni est professeur et consultantUne conjoncture aussi sensible que celle qui caractérise l’activité économique mondiale d’aujourd’hui incite à se poser en particulier quelques questions sur la tâche complexe consistant à l’éclairer au mieux(1). Décideurs et initiés en mesurent en permanence l’importance et l’utilité. Car il s’agit d’identifier et de prévoir les enchaînements dynamiques de la période donnée avec un horizon de six à douze mois, en dégageant si possible le profil quantifié des principales variables économiques qui en résultent.Dans les phases de difficultés économiques réelles, comme celle que le monde traverse actuellement, elle semble encore plus sollicitée que jamais pour interpréter un tant soit peu un pan d’une réalité économique fluctuante, quand elle y parvient, et ce qui n’est pas toujours le cas. Le but étant d’aider à décider, à arbitrer, à agir comme chacun sait. Dans certains cas, l’hypothèse d’une politique conjoncturelle, globale ou sectorielle, peut s’avérer ainsi fondée.La formation des techniques actuelles de l’analyse de conjoncture économique est incontestablement le produit des évolutions enregistrées dans les contextes institutionnel, intellectuel et historique des régions concernées. On peut noter une diversité des traditions nationales avec leurs forces et leurs faiblesses. Ainsi, dans l’exemple du monde anglo-saxon, à l’image du cas des USA, la longue tradition des études empiriques des régulations des cycles conjoncturels est avérée. Une telle expérience repose sur l’élaboration minutieuse et patiente d’une méthodologie statistique rigoureuse, voire sophistiquée, pour mesurer les caractéristiques desdits cycles, et surtout permet de construire des indicateurs pouvant aider à situer la conjoncture du moment.A quelques nuances près, l’OCDE a repris à son compte notamment l’apport américain, en y adjoignant une série de batteries d’indicateurs cycliques harmonisés pour les principaux pays membres.. Le cas marocainDans un cas particulier, comme celui de la France des cinq dernières décennies, les informations sont fournies par divers indicateurs conjoncturels, le plus souvent sans référence aux cycles passés. L’approche y est plus comptable, privilégiant le respect des équilibres, et la méthode davantage qualitative. Au Maroc, l’expérience est à ses débuts, encore peu liée à l’analyse des cycles, et séparant l’économique du financier, imprégnée par la tradition française. La culture de compétition peu développée, l’insuffisante diversité des contrepouvoirs et des structures d’analyse concernées semblent avoir limité la portée des quelques synthèses produites ici ou là. La préoccupation conjoncturelle aura demeuré dans l’ensemble une grande absente dans la tradition des travaux d’analyse marocains, toutes structures confondues. La jeunesse de l’économie, ses caractéristiques structurelles auront été quelques-unes des raisons probables ayant freiné l’émergence d’une plus grande professionnalisation des enquêtes et diagnostics. Les notes des services spécialisés de la Banque centrale et les synthèses de l’Administration des statistiques, notables exceptions à relever positivement, auront permis par le passé à un public limité et initié de suivre périodiquement certaines évolutions et tendances du secteur des entreprises dites modernes. L’interprétation différenciée des diverses enquêtes de conjoncture, ici ou là, incite plus qu’à la modestie, tant l’analyse peut être controversée. Certes, la mise en forme temporelle a bénéficié d’une évolution généralisée à la fois de la méthode que des techniques de calcul, au cours des dernières décennies dans les pays avancés. En dépit du développement réel de la recherche en statistique mathématique et le soutien de nouveaux logiciels puissants, un diagnostic conjoncturel, comme il s’en fait des dizaines par mois, étriqué sans le «petit plus» du savoir-faire empirique. Pour terminer, il serait partial de ne pas faire remarquer qu’une fraction intéressante de la théorie économique moderne a utilisé des analyses de conjoncture comme un objet pertinent de leur réflexion. Celle-ci sera à l’origine d’une démarche jugée «h térodoxe» par rapport aux courants dominant la pensée. Mais, avec le recul, telle fut l’attitude de Friedrich Von Hayek, de Wicksell ou de Lord Keynes. Leurs sensibilités respectives aux donn es factuelles et empiriques les auront incontestablement aidés dans le choix des questions abordées dans leurs travaux et, partant, les avancées théoriques qu’ils ont fait accomplir à l’analyse. Leurs contributions de qualité, qui ont traversé les années, auront en tout cas aidé depuis à comprendre un peu mieux certaines conjonctures.


    Une conjoncture économique, qu’est-ce que c’est?

    La qualité du diagnostic d’une conjoncture se mesure notamment par le niveau de maîtrise de la dynamique en cours et de séparer de façon pertinente ce qui est considéré comme exogène dans le cas d’espèce. Ce n’est pas toujours une mince affaire avec l’évolution du cours du pétrole ou du dollar aujourd’hui, alors qu’ils font et défont la conjoncture.De Londres à Tokyo, en passant par New York, l’examen des données est devenu chaque jour plus rigoureux que par le passé, les intérêts en jeu dictant la ligne de conduite. Les résultas des travaux sont attendus, en certaines circonstances, de façon fébrile à Wall Street ou à la City. Les supputations ou le jeu de grand oracle sont battus en brèche. L’exercice de plus en plus difficile, méritant hommage, semble même avoir acquis dans les faits et, avec le temps, un statut de respectabilité chez les praticiens, même si certains chercheurs hésitent à le reconnaître. En période normale déjà, il n’est de prise de décision intéressant la sphère économique et financière que confortée par un examen quantitatif et lucide des données conjoncturelles.Il est vrai que, jusqu’à une date récente, l’analyse de la conjoncture a été longtemps considérée comme une discipline mineure. Plus proche du journalisme spécialisé et intelligent que de l’analyse économique rébarbative. L’examen des faits en temps réel, selon des délais brefs entre collecte de l’information économique et l’élaboration d’un diagnostic cohérent sur des mouvements en cours, a pu acquérir droit de cité au cours des dernières décennies. La sanction par les faits tombe également rapidement, d’autant plus que le vieillissement de tels travaux est rapide. Les nouvelles données réelles chassent les anciennes. Les interprétations statistiques de l’actualité économique et financière et l’élaboration de prévisions ont permis à l’analyse de la conjoncture de devenir dans les faits un des préalables à la réflexion économique moderne. En s’éloignant de certaines élucubrations spéculatives d’antan, les analyses modernes de conjoncture inscrivent l’essentiel de leurs observations et interprétations dans le cadre d’une grille conceptuelle claire et lisible.


    L’exemple du NBER aux Etats-Unis

     

    Le National Bureau of Economic Research, NBER, a été créé en 1920, pour disposer d’une évaluation objective des faits liés à certains problèmes économiques et surtout d’une interprétation impartiale.Il s’agit d’un organisme de recherche privé, à but non lucratif, non partisan, qui s’attache à améliorer la compréhension de l’économie américaine. Il dispose de bureaux à Cambridge, (Massachusetts) à New York et à Palo Alto (Californie). S’il s’abstient de faire des recommandations de politique économique, le Bureau cherche plutôt à fournir des analyses objectives aux décideurs. Son indépendance et son objectivité sont garanties par la diversité des directeurs de son conseil représentant des intérêts différents (entreprises, universités, monde du travail, organisations professionnelles comme American Economic Association ou American Statistical Association...). A cet égard, toutes ses publications doivent être approuvées par le Conseil. Pendant les 80 dernières années, le Bureau a fait œuvre de pionnier dans plusieurs domaines, comme la mesure du revenu national, la formation du capital, les cycles d’affaires, les indices des affaires et les indices économiques. C’est dans cette prestigieuse structure que le travail de Simon Kuznets, prix Nobel de 1971, sur la comptabilité nationale, la formation du capital et la croissance économique, s’est réalisé. Il en est de même des avancées effectuées sur l’économie monétaire et le comportement de consommation des ménages par l’autre prix Nobel, Milton Friedman, également associé au prestigieux Bureau.-------------------------------------------------------------------------------(1) Voir notre précédente chronique sur la crise en cours.

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