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Analyse: Jusqu'où conduit l'isolationnisme agricole

Par L'Economiste | Edition N°:460 Le 10/03/1999 | Partager

· Les productions archaïques
handicapent les cultures performentes
· La politique marocaine n'a pas compris le véritable sens des
subventions europé-enne et américaine


Le fond de la question agricole est incontournable: les productions compensées ne sont pas compétitives au Maroc. Que la responsabilité en revienne à l'agriculteur ou à l'industriel transformateur, ou encore à tous les deux, ne change rien au fond de la question: des dizaines d'années de compensations, qui ont elles-mêmes succédé à des dizaines d'années de marché fermé, ont entretenu des procédés et des méthodes passéistes. Le résultat de cette politique en a été la perte totale de compétitivité.
Dans les années 70 et 80, alors que le monde entier se lançait dans la bataille de la productivité et de la baisse des coûts, la politique agricole marocaine a renforcé son isolement.
Il y avait trois très bonnes raisons pour le faire: les paysans sont pauvres, il faut les protéger; les marchés mondiaux des denrées peuvent être soumis à chantage politique, il faut une autosuffisance protectrice; les Européens et les Américains subventionnent, il faut le faire aussi, sinon ils vont détruire nos agriculteurs.
Ces trois observations étaient exactes, mais la politique agricole s'est trompée au moment où elle devait les interpréter.
Là où elle a vu des subventions, qui étaient et sont encore réelles, elle aurait dû se poser la question de savoir dans quel but. Il n'y avait rien de secret. Au contraire, les paysans américains et européens ont manifesté tous les ans depuis 20 ans pour dénoncer les baisses des subventions. Les manifestants faisaient part publiquement de leur désaccord avec la stratégie de la baisse des subvention qui venait soutenir l'accroissement de la productivité agricole.

Subventions pour élever la productivité


En effet, ces subventions servaient d'amortisseurs social et technique pour engager les producteurs vers davantage de compétitivité.
Mais au Maroc, la politique agricole s'est trompée de sens pour comprendre les politiques agricoles des grands producteurs.
Elle a retenu qu'il y avait des subventions notamment à l'exportation pour écouler des surplus. Elle a donc persisté dans sa politique de subventions, mais en leur donnant une toute autre connotation. Elles ont servi de politique sociale, pas de politique agricole. La première erreur était déjà grave, mais la seconde a démultiplié les effets de la première.
Donc 20 ans plus tard, le Maroc se retrouve avec des filières agricoles très en retard. Le blé est à 85 DH à Chicago, à 110 DH en Europe et à 250 DH au Maroc. De plus, la qualité n'est malheureusement pas au rendez-vous du prix: il y a même quelques livraisons de blé marocain qui se feraient à coup sûr classer "blé fourrager" si elles allaient sur le marché international! On dira pour se rassurer, que noyées dans la masse, ces livraisons font peut-être le goût si bon du pain de chez nous.
Le phénomène est le même pour le sucre: importantes pertes de compétitivité, creusement du différentiel avec le reste du monde, qualité médiocre, paysans mécontents.
Pour l'huile, il est encore plus incongru. Les subventions sur l'huile vont à l'importation de graines oléagineuses. La production marocaine est symbolique. Elle ne s'est jamais développée, bien que le climat soit en principe favorable à l'une d'entre elle, le tournesol et qu'internationalement les progrès techniques pour cette spéculation aient été considérables. Chacun sait aussi que la subvention a consciencieusement marginalisé la production d'huile d'olive.
Les résultats de cette politique agricole ont été désastreux parce qu'à aucun moment, il n'a été pris garde à cette remarque de simple bon sens: le Maroc a-t-il les moyens de se payer une stratégie isolationniste.
La question est d'autant plus agaçante que dans d'autres domaines agricoles (agrumes, nouveaux fruits et légumes...) la politique agricole a parfaitement su suivre le mouvement de son environnement et faire profiter le pays de l'exploitation de vrais avantages comparatifs.

Nadia SALAH

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