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    Economie

    Agriculture : Les exportateurs inquiets du GATT

    Par L'Economiste | Edition N°:113 Le 20/01/1994 | Partager

    L'accord final de l'Uruguay Round, qui sera ratifié à Marrakech les 14 et 15 avril prochains, présente un "danger pour agriculture exportatrice marocaine, aux dires des professionnels. Pour eux, les aménagements obtenus par l'Europe sur le désarmement douanier annulent tous les avantages acquis par le Maroc précédemment. Appliquées telles quelles, les dispositions du GATT ferment le marché européen à la majorité des produits marocains.

    "Il ne faut pas que l'accord final de l'Uruguay Round soit aussi l'acte de décès de notre secteur", s'est exclamé le président de l'AMPEXFleurs lors de la cérémonie d'ouverture d'Exiflor 94. Il ne s'agit pas d'une métaphore, l'agriculture exportatrice marocaine, selon les professionnels, est en "danger de mort".

    L'Europe en général et la France en particulier ont mené des négociations très sévères avec les USA pour défendre leur politique agricole. Les aménagements obtenus leur permettent d'éviter le désarmement douanier. La protection de leur marché se fera par le biais de droits de douane ou de prix à l'entrée selon les produits. Les droits de douane proposés sont rarement plus élevés que ceux pratiqués actuellement et doivent disparaître au bout de 6 ans, avec un calendrier de désarmement progressif.

    Cependant, les exportations marocaines bénéficiaient d'avantages qui leur permettaient d'accéder au marché européen qui en absorbe près de 100%. Ces avantages sont multiformes : quotas, réductions sur droits de douane, etc. Les principes sont clairs : la production marocaine avait libre accès au marché européen durant la période de l'année où elle ne concurrence pas la production locale. En dehors de cette période, les droits de douane étaient progressivement élevés pour atteindre le standard. Mais en pratique, la majeure partie des exportations marocaines avaient lieu durant la période où le marché était ouvert.

    Les hasards du calendrier "naturel" et les précautions prises par les producteurs permettent l'adéquation entre la production marocaine et l'ouverture des marchés. De telle manière que les exportations marocaines, de manière globale, accédaient aux marchés européens et essentiellement français sans payer de taxe douanière. Or, selon les professionnels, seul cet avantage leur permettait d'être compétitifs. En illustration de ce phénomène, on peut citer 3 exemples significatifs :

    - La pomme de terre : ce produit bénéficie de deux contingents, l'un français et l'autre européen, respectivement de 50.000 et 40.000 tonnes. Les exportations effectuées hors contingent entre le 1er janvier et le 31 mars bénéficient d'une réduction des droits de douane de l'ordre de 40%. Le marché français était fermé à partir du 11 mai par l'application d'un prix minimum. Le marché allemand est, lui, fermé de juillet à décembre.

    Ces mesures permettaient à la production marocaine de pommes de terre de passer. Sur les 5 dernières années, les exportations marocaines ont atteint en moyenne 90.344 tonnes, soit quasiment le contingent. Les expéditions sont concentrées à hauteur de 92% entre le 1er janvier et le 30 avril. Le mois de mai ne concerne que les "queues" d'envoi. Car à partir du 10 mai, les maladies touchant ce légume se propagent. Le calendrier fixé par l'Europe "colle" donc au calendrier naturel.

    Les droits de douane proposés dans le cadre du GATT varient entre 15 et 21% selon les saisons. "Prohibitif", répondent les exportateurs, car actuellement et depuis plusieurs années le prix de vente moyen est aux alentours de 3 Francs français le kg. Le coût moyen à l'export serait de 2,80 FF le kg. Une si faible marge ne peut supporter des taxes douanières de ce niveau. D'autant plus que le rendement à l'hectare est très faible : 15 tonnes au Maroc contre 50 en France. Autre élément, les semences sont importées et subissent des augmentations régulières, ne serait-ce que du fait du glissement du DH.

    - La tomate : elle est aussi l'objet de deux contingents, l'un européen et l'autre français, non cumulables. Le contingent français est de 120.000 tonnes, l'européen est de 89.000 tonnes. Hors contingent, et de la même manière que pour la pomme de terre, le Maroc bénéficie de réduction sur les droits de douane. Là aussi les professionnels du secteur sont unanimes : "c'est la fermeture pure et simple de notre marché traditionnel". D'autant plus grave que le secteur est exsangue" : l'année a été très mauvaise, l'apaisement de la demande et la chute des cours ont fait très mal aux comptes d'exploitation.

    - Fleur coupée : c'est l'exemple du secteur stoppé en plein élan. Après un début très rapide, il est déjà en crise. Les avantages accordés aux pays concurrents gênent son évolution. Le quota accordé au Maroc est trop exigu, surtout si on le compare à celui d'Israël par exemple.

    La proposition du GATT prévoit l'instauration de droits de douane de 15, 18 et 21%, selon les périodes. Or, la production marocaine bénéficie actuellement d'exonérations et de réductions, surtout sur le marché français. Dans de telles conditions, la fleur coupée disparaîtra du catalogue des productions marocaines. Ce secteur est pourtant au même niveau que ses concurrents européens, mais l'incidence du fret diminue le handicap.

    Pour les exportateurs de denrées agricoles, le Maroc aura donc à négocier la survie d'un secteur fort utilisateur de main-d'oeuvre. Les arguments ne manquent pas : "notre production gêne rarement les productions européennes, puisque le "timing" est différent". En outre, l'aspect social du problème peut peser lourd dans la balance. Mais dans un contexte de libéralisation mondiale qui a justement donné le GATT, il est difficile de demander des "aides".

    Jamal BERRAOUI

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