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Agriculture: L'arbre qui cache la forêt
L'ajustement viendra de l'ouverture des frontières

Par L'Economiste | Edition N°:1605 Le 19/09/2003 | Partager

. Du foncier aux mécanismes de soutien de revenus, les réformes structurelles sont inévitables. Les leçons de l'exemple mexicain Avec des rendements qui ont à peine évolué en trente ans, c'est peut-être par la pression extérieure que l'agriculture marocaine fera enfin sa “révolution”. Comme dans les années quatre-vingt, il a fallu le FMI et ses PAS pour mettre la discipline dans la gestion des finances publiques, c'est l'accord avec les Etats-Unis qui pourrait servir de levier aux réformes tant attendues dans l'agriculture. Le gouvernement est conscient “qu'il ne peut pas faire une omelette sans casser les œufs”. Il y aura donc un prix à payer sous forme d'ajustement. Toute l'équation est de pouvoir le minimiser. Les professionnels réclament déjà une transition pour s'adapter. “Le coût serait terrible si l'on ne tient pas compte d'une période transitoire d'au moins quinze ans”, prévient le président de la Fenagri, Mohamed Chraïbi, dans la dernière livraison de la revue de la Fédération. Il faudra procéder par une ouverture par palier, le temps que les réformes structurelles produisent leurs effets, suggère-t-il. La démarche officielle est plutôt différente: le Maroc soutient une approche graduelle, qui consiste à avancer par palier après évaluation périodique de l'ouverture. “Il faut observer les transformations avant d'aller plus loin parce qu'il y a des impondérables que l'on ne maîtrise pas”. C'est l'instruction qu'ont les négociateurs marocains.Mais entre le vœu des opérateurs marocains et les rapports de force dans la négociation, la réalité est sans doute bien différente. Les Etats-Unis sont partisans d'une démarche inverse, celle de l'ouverture immédiate. “Tout ce que peut faire le Maroc, c'est de limiter les dégâts”, confie avec réalisme un fonctionnaire qui fait partie de la délégation qui négocie l'accord de libre-échange. Ce qui est certain, c'est que le gouvernement est pris en tenailles. D'un côté, il ne peut se permettre une stratégie de big-bang sans mettre en péril l'équilibre social dans les campagnes (49 % de la population) et de l'autre, il tient à l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis dont il escompte des dividendes politiques. Les milieux officiels à Rabat mettent en avant le caractère “exceptionnel” de cet accord qui fera entrer le Maroc dans le cercle très fermé des pays liés par un traité de libre-échange avec l'Amérique. La volonté américaine d'accélérer les discussions est interprétée comme un signal politique envers le Royaume.Il y a quelques semaines, le gouvernement avait dépêché une équipe d'experts au Mexique pour s'enquérir de la manière dont ce pays a géré l'ouverture de son marché aux produits américains. Il n'y a pas de secret, tranche un membre de la délégation: libre-échange égal réformes. Le Maroc sait donc à quoi s'en tenir. La réflexion serait, semble-t-il, avancée sur la réforme des mécanismes de soutien de revenu des agriculteurs et sur l'explosive question foncière. Des pistes sont identifiées: dans le foncier par exemple, il faudra créer les conditions de sortie de l'indivision, toiletter la kyrielle de statuts, bref, redonner à la terre son rôle de facteur de production.Du périple mexicain, les experts marocains ont ramené “une pile d'enseignements intéressants”. Tous conviennent d'une chose: pour le Mexique, l'accord avec les Etats-Unis a poussé à la mise à niveau des instruments d'appui aux paysans. “ll a été un accélérateur d'un mouvement sans précédent de réformes structurelles”, observe, admiratif, un expert. Des réformes politiquement sensibles et qui n'auraient pas été engagées sans la pression de l'accord ont été faites, poursuit-il. Il en est ainsi de la réforme foncière qui a permis la privatisation des terres tribales, de la modernisation du système d'irrigation, mais aussi la réorientation de la politique de soutien de revenus des agriculteurs. Cet appui se fait désormais en amont plutôt que par le soutien des prix par des barrières douanières. Par ailleurs, le Mexique a procédé avec succès à la révision des mécanismes de financement de l'agriculture et à la modernisation de la chaîne des processus de la conservation foncière (immatriculation et processus de développement du marché foncier). . Au moins 6% de croissanceUne deuxième vague de réformes a touché les mécanismes d'appui au développement rural associant étroitement les élus et les associations professionnelles. Bref, le Mexique a réussi “une véritable réforme de sa politique agricole”. Mais comparaison n'est pas raison. Le revenu par tête d'habitant est 4 fois supérieur à celui du Maroc, mais il existe beaucoup de similitudes des deux côtés: atomisation d'exploitations, paysannerie importante, enclavement et vieillissement d'exploitations, dualité technologique, etc. Pour le Maroc, il faudra que le rythme des réformes soit soutenu en résistant aux pressions des lobbies, analyse un expert au ministère de l'Agriculture. Tout ce qu'a entrepris le Mexique forme un paquet de problèmes sur lesquels le Maroc bute depuis des années, du moins dans le processus de décision. L'équation est très simple: aujourd'hui nous sommes à 120% de droits de douane sur le blé. Le libre-échange impliquera une division par deux du prix du blé, c'est-à-dire une division du revenu net de l'agriculteur par quatre. Cela passe nécessairement par une mise à plat de la politique agricole. Il faudra faire attention à l'harmonisation et à la cohérence de l'ensemble: la baisse de droits de douane sur les produits de l'élevage implique, de facto, la révision des droits sur les produits d'alimentation du bétail. Comment financer toutes ces réformes? Tout dépendra de la vigueur de la croissance économique. Si en revanche, elle est soutenue (c'est-à-dire, à partir de 6%), elle dégagera des ressources et des marges de manœuvre pour accompagner les réformes. Elle permettra aussi d'accélérer la cadence de mise en œuvre et de réduire les délais de transition de la transformation sociale qu'induira forcément cette ouverture. Mais dans l'hypothèse d'une croissance molle, le Maroc ne disposera pas d'assez de ressources pour mener cette transition, explique un expert au ministère de l'Agriculture.Mais dans tous les cas, le choix est clair: “Les réformes sont incontournables; le statu quo serait une option suicidaire économiquement et même sur le plan social”. Ne rien faire signifie accroître la paupérisation des ruraux, déstabiliser l'équilibre social et affaiblir un ressort important du PIB. On sait donc ce qu'il reste à faire.


Attention aux éléments imprévisibles!

Le cas USA-Mexique a plus d'un intérêt pour le Maroc, car c'est le premier accord de libre-échange sur l'agriculture entre un pays du Nord et un autre du Sud. Dans le domaine agricole, le traité de libre-échange entre les Etats-Unis et le Mexique était assis sur des hypothèses optimistes de l'évolution des cours mondiaux de produits de base. De part et d'autre, on était convaincu que l'accord multilatéral de Marrakech allait introduire une discipline qui contribuera à réduire les primes de pénétration des marchés, permettre de dégager des ressources de manière à assurer des conditions de concurrence les plus loyales possibles entre deux agricultures aussi éloignées de part et d'autre du fleuve Rio Grande.Au final, les marchés ne se sont pas comportés comme on l'espérait: la remontée des prix sur les marchés mondiaux et une stabilisation des cours des produits agricoles attendues de la libéralisation des échanges internationaux s'est avérée une prévision erronée. Côté mexicain, la dynamique enclenchée par l'Alena, les accords de Marrakech et la rénovation de la politique agricole américaine s'est estompée. L'exode rural a repris de plus belle vers les grandes villes. Mexico, la capitale avec ses 12 millions d'habitants, en est le principal pôle d'attraction. Cette pression démographique exacerbe les problèmes sociaux avec son lot de problèmes de sécurité. Ce scénario-cauchemar, le Maroc n'en veut pas. C'est pourquoi, le gouvernement tente de s'entourer du maximum de précaution. L'enjeu est dans la dimension sociale, voire culturelle de l'agriculture. Le processus de transformation sociale dans ce secteur n'a rien à voir avec une requalification des emplois dans l'industrie. La reconversion d'un ouvrier est bien plus aisée que celle d'un fellah. Ce processus ne peut être soutenu que par l'investissement en infrastructures dans le monde rural, l'électrification, l'accès à l'eau potable, la scolarisation et les programmes d'alphabétisation des adultes, etc.Globalement, le Maroc a démontré qu'il savait gérer les périodes de sécheresse qui, jadis, étaient génératrices de tensions sociales. Les programmes de lutte contre les effets de la sécheresse ont permis de contenir l'exode rural. C'est un socle sur lequel on peut s'appuyer pour préparer cette transformation sociale que le libre-échange agricole va amener.Abashi SHAMAMBA

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