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Affaire Laâfoura-Slimani: Péripéties d'une arnaque

Par L'Economiste | Edition N°:1723 Le 11/03/2004 | Partager

. L'entrepreneur irakien Mohamed Wahib entendu par le juge d'instruction . Lovat agissait au nom de Slimani Le juge d'instruction près la Cour spéciale de justice (CSJ) a procédé, il y a une dizaine de jours, à l'audition de Mohamed Wahib dans le cadre de l'affaire qui l'oppose à l'ex-président de la commune des Roches Noires et de la Communauté urbaine de Casablanca, Abdelmoughit Slimani. Il sera auditionné une seconde fois la semaine prochaine.L'été dernier, Mohamed Wahib avait déposé, près le procureur du Roi du tribunal de première instance de Casablanaca-Anfa, une plainte pour “dommages financiers” subis, contre Abdelmoughit Slimani et Jean-Victor Lovat. Diligentée par la Brigade nationale de police judiciaire (BNPJ), l'enquête a établi la culpabilité de Slimani et de Lovat dans des actes qui ont causé des préjudices financiers à Mohamed Wahib. C'est dès 1981 que le parcours de la famille Wahib a commencé au Maroc. Taoufik Wahib était venu représenter son pays, l'Irak, au Congrès des entrepreneurs arabes. Il fut séduit par le Maroc, par sa stabilité politique et son potentiel économique. Il crée trois sociétés dont “Soad Maghreb Investissement. S.A”. Cette entreprise spécialisée dans les équipements sanitaires et la plomberie a été créée en 1984 et son siège a été établi à Casablanca, sur le Boulevard El Fida. “Soad Maghreb Investissement” importe ses produits haut de gamme de Pologne, d'Italie, de France et même de Chine. Mohamed Wahib, rejoint son père Taoufik. Son premier contact avec Jean-Victor Lovat et Abdelmoughit Slimani remonte au début de 1994 sur le chantier de l'ensemble immobilier Oulad Ziane. “Là, nous avons rencontré des responsables du ministère de l'Intérieur et un représentant de Abdelmoughit Slimani. Le secrétaire général du ministère de l'Intérieur nous a dit que le projet Oulad Ziane est un projet que suit de très près le ministère de l'Intérieur et qu'il est exécuté sous la responsabilité du président de la commune des Roches Noires, Abdelmoughit Slimani”.“C'est le début de notre collaboration. Nous fournissons à Hélvética des matériaux de constructions, des produits pour la plomberie et des articles pour l'équipement des salles de bain”, indique Mohamed Wahib. Après deux années de coopération commerciale avec Hélvética, Mohamed Wahib commence à se poser des questions. “Je me demandais pourquoi Slimani et Lovat faisaient livrer à Agadir les produits commandés initialement pour Oulad Ziane à Casablanca”, affirme Wahib. Les matériaux sont livrés sur le chantier du Tivoli, un hôtel quatre étoiles en construction. “C'est l'hôtel de Driss Basri et de son beau-frère Slimani, nous dit Lovat”, indique Wahib.En 1995, Taoufik Wahib se rend alors à Agadir pour y rencontrer Lovat. Ce dernier lui propose de se joindre à lui et à Slimani pour créer une grande entreprise de construction sous la dénomination “Soad Maghreb-Hélvética-Canadian”. Le capital de la nouvelle société s'élève à 10 millions de DH: cinq millions pour “Soad Maghreb Investissement”, quatre millions pour Hélvética et le reste pour une société canadienne que possédait Slimani. Taoufik Wahib et Jean-Victor Lovat rejoignent Slimani à Casablanca. Ce dernier les reçoit dans son bureau à la commune des Roches Noires. “L'argent est remis le même jour vers 20 h, au président de la commune des Roches Noires chez lui, dans sa maison, chez Haja Guelzim, sa femme”, dit-il. Mais cinq mois après, la société n'est toujours pas créée. Au cours de la première semaine de septembre 1995, une réunion se tient entre les “futurs associés”. “Lovat m'informe que Abdelaziz Laâfoura, alors gouverneur de la préfecture d'Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, va passer à Hélvética un nouveau marché. Il s'agit de la construction du siège de la commune d'Aïn Sebaâ” (marché 30/cas/95), rapporte Wahib. Hélvética prend effectivement le marché. Lovat se tourne vers Mohamed Wahib et lui demande de lui livrer des matériaux. Ce qu'il refuse de faire. “Excusez-moi, Lovat, vous avez atteint votre plafond. Vous nous devez déjà 13 millions de DH et on ne peut continuer ainsi”, rétorque Mohamed Wahib. Mais Jean-Victor Lovat le rassure et lui confie qu'il aura toutes les garanties auprès de Wafabank (agence Hassan II à Agadir). Un marché nanti est déposé auprès de cette agence et comme Mohamed Wahib est le fournisseur d'Hélvética, il est décidé de lui réserver 40% des recettes de ce marché par un ordre de virement définitif et irrévocable. Le montant est destiné à honorer les chèques émis par Hélvética au profit de l'entreprise “Soad Maghreb Investissement”. Mais Hélvética se rétracte. Or, l'irrévocabilité de l'ordre premier rend toute rétraction impossible. Le directeur de l'agence à l'époque, Fouad Maghous, en réfère à Younès Tijani, responsable juridique de Wafabank. “L'entreprise a le droit de revenir sur ses premiers engagements”, lui répond-il. Les sommes versées par la commune sont alors virées sur le compte de Lovat. C'était un marché de près de 13,6 millions de DH. “Soad Maghreb Investissement” doit en toucher 5,30 millions de DH. Au total, “Soad Maghreb Investissement” présente à l'encaissement, le 29 décembre 1995, des chèques d'un montant de 40 millions de dirhams. “Avisé par l'agence, Lovat vient me voir et me dit textuellement: “Vous allez avoir de sérieux problèmes avec Driss Basri qui, si jamais il apprend cela, va vous expulser du Maroc”, déclare Wahib. “Le lendemain, c'est au tour de Slimani de tenter d'arranger les choses par Lovat interposé. Nous le rencontrons le 1er janvier 1996”, poursuit Wahib. Au cours de cette rencontre, Jean-Victor Lovat lui aurait déclaré “qu'il était au Maroc depuis plus de 7 ans et qu'il avait déjà expatrié 12 millions de dollars”. “Après une deuxième rencontre avec Lovat, le 30 janvier 1996, nous comprenons qu'il n'est pas prêt d'honorer ses engagements. C'est alors que nous prenons la décision de porter l'affaire devant la justice”, ajoute Wahib. Mais, avant, il convient, avec son père, de rencontrer Abdelmoughit Slimani qui les reçoit dans son bureau au siège de la Communauté urbaine de Casablanca. “Ce jour-là, il nous accueille juste après l'ambassadeur de Grande-Bretagne venu lui rendre une visite de courtoisie. Slimani se porte garant de Lovat et nous invite chez lui tout en nous demandant d'oublier les 5 millions de DH versés au titre de notre part dans la société qui aurait dû être créée en association avec Lovat et lui-même”, affirme Wahib. “En contrepartie, il nous propose entre1.000 à 2.000 hectares de terres irriguées par pivot dans la région de Settat”, ajoute-t-il. “Ce sont des terres fertiles, la main-d'oeuvre est abondante et vous n'êtes pas loin de Casablanca, nous a-t-il dit”, affirme Wahib. La proposition est refusée par Wahib qui, dès le lendemain, dépose plainte près le procureur du Roi à Inezgane contre Lovat pour émission de chèques sans provisions d'un montant de plus de 12 millions de DH. Six mois après, en l'été 1996, une “réunion de la dernière chance” se tient avec Lovat. Taoufik Wahib en sort convaincu qu'il a perdu son argent. Il est décédé, moins d'une semaine après, à la suite d'une crise cardiaque.“J'étais décidé à aller jusqu'au bout et j'ai continué à faire le pied de grue, avec notre avocat, devant le bureau du procureur d'Inzegane. Et ce n'est que 14 mois plus tard que le sieur Lovat daigna répondre à sa convocation”, rapporte Wahib. Il reconnaît dans le P.V que “Wahib était bel et bien son fournisseur principal et que les chèques étaient authentiques”. “Mais, je ne sais pas pourquoi Wahib est pressé”, aurait-il déclaré dans sa déposition devant le procureur. “Ce sont 17 chèques sans provisions représentant une somme colossale que me doivent Lovat et sa fille Valérie”, affirme Wahib. Concernant cette dernière, Mohamed Wahib rapporte qu'elle n'a jamais été inquiétée. Quant à son père, il a certes été poursuivi mais en état de liberté. “Depuis, il ne s'est jamais présenté aux audiences bien qu'il ait reçu les convocations à temps”, ajoute Wahib. Le tribunal de première instance d'Agadir le condamne néanmoins à 4 ans de prison ferme, au payement du montant global de tous les chèques et à rembourser les 500.000 DH de frais engagés par le plaignant. Ce jugement a été cassé en appel: la durée d'emprisonnement a été ramenée à 6 mois et l'amende à 50.000 DH, avec le maintien du payement des montants des chèques”. “Nous attendons toujours l'exécution du jugement”, souligne Wahib.


Matériaux publics livrés sur chantiers privés

Les matériaux n'étaient pas livrés uniquement sur le chantier du Tivoli. “On nous demandait également de livrer au 6, rue Ahfir, à côté du complexe Dawliz à Casablanca, où six villas étaient en cours de construction sur ce qui aurait dû être un espace vert”, indique Wahib. “On laissait également les matériaux dans un dépôt à Casablanca appartenant au frère de Slimani et sur le chantier d'une villa qui était en construction entre Marrakech et le barrage Sidi Rahal”, affirme Mohamed Wahib. Cette villa était en construction pour le compte d'une personne qui occupait un très haut poste de responsabilité en 1996 à Agadir. “Après, ce fut au tour de Nador. Le siège de la province était en construction. Les matériaux partaient de Oulad Ziane à bord des camions d'Hélvética”, dit-il. “Les ensembles d'habitations El Yassamine à Aït Melloul recevaient également des matériaux des chantiers de Oulad Ziane. Lovat construisit même une maison de bienfaisance à Inzegane qui, depuis, porte le nom de “Haj Lovat”, continue-t-il. C'est que Jean-Victor Lovat avait fait croire à tout le monde qu'il était devenu musulman et qu'il a effectué les rites du haj.


Similitudes

Deux plaintes ont été déposées à quelques jours près, contre Abdelmoughit Slimani. Celle de Jean-Victor Lovat et celle de Mohamed Wahib. L'une et l'autre accusent l'ex-président de la commune des Roches Noires de les avoir “trompés” en recourant à des “procédures savamment étudiées”. Les deux plaignants dénoncent les pratiques de Abdelmoughit Slimani pour détourner des deniers publics (malversations, falsifications de documents administratifs et financiers…). Les deux plaintes mentionnent Le Tivoli, un hôtel 4 étoiles qui appartient à Slimani (et non à Basri). A ce propos, cet hôtel aurait fait l'objet au cours de la première quinzaine d'octobre 2003 d'une tentative de cession d'actions. Ce dernier est détenu par Slimani, son épouse et ses enfants. C'est au nom d'un ancien employé de Slimani que le transfert d'actions allait être effectué. L'opération a échoué. Sa construction aurait coûté 194.014.690 DH. Comme tous les matériaux de construction, de sanitaire et de plomberie étaient prélevés “gracieusement” sur ceux destinés au projet de Oulad Ziane, il y a lieu de s'interroger sur la véracité d'un tel montant. Idem pour l'hôtel Oasis construit par Jean-Victor Lovat à Agadir. Son promoteur avance le chiffre de 140 millions de dirhams. La différence en coût des deux unités hôtelières (Le Tivoli et l'Oasis) ne serait que de 54 millions de dirhams. Selon des professionnels des secteurs du tourisme et du bâtiment, ces sommes ont été “exagérées et gonflées dans un but quelconque”. Aujourd'hui, l'Oasis est proposé à 20 millions de DH en liquidation judiciaire sans trouver preneur. «Lovat vient me voir et me dit textuellement: Vous allez avoir de sérieux problèmes avec Driss Basri qui, si jamais il apprend cela, va vous expulser du Maroc”, déclare Wahib«.Jamal Eddine HERRADI

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