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    Justice

    Affaire George Washington Academy
    Le parquet demande un complément d’enquête

    Par L'Economiste | Edition N°:3508 Le 14/04/2011 | Partager
    Vasseur gagne son procès contre l’école américaine
    Prosélytisme: Le plaignant sera entendu par la police
    Des parents d’élèves créent une association indépendante

    Bienvenue à George Washington Academy. La collaboration avec l’ambassade des USA sur la sécurité de tous les établissements américains d’enseignement s’est renforcée depuis les attentats de septembre 2001. C’est-à-dire bien avant que l’école ne fasse l’object d’une plainte pour prosélytisme

    POUR eux, «je suis la femme à abattre»! Voilà comment Karine Vasseur, une anglophone de nationalité française présente sa bataille contre George Washington Academy (GWA). Cette quadragénaire, aux yeux bleu éclatants, vient de gagner son procès contre l’école américaine située au km 5,6 de la route d’Azemour.
    Le tribunal de 1re instance de Casablanca lui a accordé des dommages-intérêts de 30.000 DH et a reconnu que son licenciement pour faute lourde est abusif. Vasseur, conseillère en éducation, compte faire appel.
    La direction de GWA a reproché à Vasseur d’avoir «divulgué» des données confidentielles. A qui? A Mouhcine El Meliani, un ex-parent d’élève, vendeur de voitures de luxe, et considéré par l’école comme le créateur d’un site «diffamateur», Enfants du Maroc: Luttons contre le prosélytisme (L’Economiste du 19 avril 2010).
    Il a été créé le 13 mars 2010 juste après que GWA s’est retrouvée sujette à de graves soupçons d’activité évangéliste. Vasseur rejette de son côté d’être la complice d’El Meliani. Chose qu’elle démontrera à la justice. Sa preuve: un e-mail envoyé par une assistante de direction du nom de Katy Reid. Cette correspondance électronique a atterri dans toutes les messageries des collaborateurs et des parents d’élèves.
    Sauf que «l’assistante a omis de les transmettre en mode caché», soutient Vasseur. Une option d’envoi qui signifie en fait «copie carbone invisible» (Cci). Les adresses saisies par l’expéditeur du mail dans le champ Cci «ne sont pas visibles dans la copie des autres destinataires du mail contrairement au copie Cc», explique l’informaticien Hachem Kdouri.
    Vasseur admet par ailleurs qu’elle avait accès au fichier contenant les noms et adresses des parents ainsi que les notes des élèves. Mais avec une «autorisation expresse» de son employeur… Elle explique aussi que toutes les communications à GWA se font via Internet. La psychologue d’école en déduit qu’une «mauvaise manipulation» aurait pu aussi «causer une fuite des données». Le tribunal l’a en tout cas remise dans ses droits. Mais GWA compte l’attaquer au pénal pour «vol de matériel informatique». Un de leurs avocats, Me Réda Oulamine, est resté injoignable.
    Son contrat à durée indéterminée a été rompu pour un toute autre motif: «Je me suis opposé à la direction», précise la ressortissante française.
    Sa mésaventure professionnelle remonte à bien avant le 24 mars 2010, date à laquelle elle a été licenciée. De par sa fonction elle était amenée à être en contact direct avec les élèves en difficulté et leur parents. C’est de là où «je suis tombée sur le cas de Omar Ighirri». Un élève brillant mais dont l’état psychologique était détérioré.
    Il était carrément question de «conversion religieuse». La conseillère prend rendez-vous avec le directeur, Dr. Crane, et l’informe du cas Ighirri. Dans cette réunion auquel Vasseur sera assistée par Tim Melki, elle demande à la direction «d’interdire à certaines personnes, dont Miss Dayer, d’arrêter tout contact avec Omar». Sa requête restera lettre morte. Tout s’enchaîne…
    Le lendemain de son licenciement, Vasseur se pointe au Consulat de France à Casablanca. «Ne prenez pas d’avocat. Ne parlez pas aux journalistes. Restez chez vous». Tels sont les directives des diplomates français, rapporte-elle. Et pour cause, six de leurs ressortissants salariés à la GWA sont suspectés de prosélytisme. Vaut mieux donc garder profil bas. Les parents, dont l’avocat est Me Mustapha Ramid, portent plainte pour prosélytisme. L’affaire est toujours en instruction. Autant dire qu’elle est au stade de l’enquête du point de vu procédural. En attendant, la George Washington Academy est juridiquement blanche comme neige. Le père de l’enfant, Abdelkader Ighirri, nous affirme qu’il sera entendu cette semaine par la police judiciaire: «le procureur général ayant demandé un complément d’enquête».
    L’homme pour qui «la vie n’est plus un fleuve tranquille» n’a aucune idée sur le contenu de ce complément d’enquête. Un an après avoir déposé plainte, son enfant âgé de 12 ans au moment des faits est toujours suivi par un thérapeute. Ighirri «espère en découdre devant les tribunaux pour avoir au moins le cœur net». Certaines personnes de son entourage lui ont reproché d’avoir mandaté Me Ramid. Son appartenance au Parti justice et développement (PJD) dérange. Mais le père d’Omar le présente comme un avocat «qu’on n’achète pas». Le souci majeur des parents «est de protéger» leur fils, un fils qu’ils estiment être une «victime»…
    L’école américaine a évidemment sa version des faits. Une version qu’elle défendra le 16 avril 2010 dans son siège et devant la presse. Deborah MacArthur, présidente depuis 2007, expliquait que «vu notre environnement multiculturel nous enseignons les bases des religions monothéistes… C’est une norme internationale d’éducation». A George Washington Academy, 30 nationalités se côtoient. Lorsque par ailleurs un enfant de 12 ans se pose des questions sur sa propre foi, «c’est aux parents d’y répondre». L’école s’est dite même prête à apporter son aide à la famille Ighirri.
    Comment prouver qu’un enfant a été manipulé? Voilà l’une des questions sur laquelle les experts devront se prononcer si jamais le procès a lieu.
    Amine Benjelloun est prudent: «l’expertise est lourde et difficile» affirme ce pédopsychiatre à Casablanca et enseignant à la faculté de médecine de Marseille. «Tout le monde n’est pas manipulable. Certains sont en revanche fragiles pour des raisons personnelles, familiales ou environnementales…». Il explique que «les mots manipulateurs vont entrer en résonnance avec l’histoire et la personnalité de l’enfant». C’est-à-dire toucher là où il faut. Dès lors «l’adulte peut mener l’enfant là où il veut». Il devient ainsi objet du pervers. Dr. Benjelloun cite le modèle typique du pédophile. Cette démarche peut être dupliquée sur l’identité religieuse: «le sentiment de religiosité se met en place très tardivement chez l’enfant et l’adolescent». L’idée «est de tenir compte du milieu dans lequel il vit pour ne pas le mettre en contradiction». L’expert cite un article fondateur écrit en 1932 par le psychanalyste Sandor Ferenczi: «La confusion des langues entre l’enfant et l’adulte». Ce disciple et contemporain de Freud y expose les fondements de ses théories sur le trauma. L’enfant et l’adulte parle de la même chose mais pas de la même manière. Il y a une interprétation des mots (et des symboles) qui est différente. C’est de là d’où peuvent naître les dérives.


    Une hausse à justifier


    L’AFFAIRE de la George Washington Academy a eu d’autres suites. Better Together l’association «officielle» des parents d’élèves concentre les critiques. Et pas seulement chez ces derniers. Karine Vasseur, ex-conseillère d’éducation à la GWA, la présente comme une entité qui «s’occupe à faire des gâteaux et les petites fêtes». Manière de dire que Better Together se contente d’organiser des activités parascolaires. Ce qui n’a pas découragé plus d’une centaine de parents d’élèves de créer entre septembre et octobre 2010 l’Association indépendante des parents d’élèves de George Washington Academy (AIPE-GWA). L’augmentation des frais d’inscription va plus que jamais crisper les relations avec la direction. Celle de l’année scolaire 2011-2012 va atteindre les 10%. Un collégien par exemple paiera 140.000 DH par an au lieu de 95.000. Dans une correspondance, datée du 7 avril 2011, le conseil d’administration adopte le principe d’une hausse budgétaire annuelle de 10%. Leur proposition d’aide financière aux familles se limite à celles qui «sont à jour de leur paiement de frais de scolarité et cherchant une aide à court-terme…». La date limite des réinscriptions est fixée pour le 29 avril. Sauf que l’AIPE-GWA conteste l’augmentation. «GWA refuse de nous répondre. Ils ne veulent pas montrer les comptes pour des motifs inconnus», explique Meki Lahlou, SG de l’association. GWA est détenue par Global Education, une association à but non lucratif. Sachant qu’elle détient une autre entité, Global Education Servises… La démarche de l’association indépendante consiste à pousser GWA à justifier l’augmentation des frais de scolarité. Ce qui amènera quelque part l’école à rendre publics ses comptes. Du moins pour ses «partenaires»: les parents d’élèves. Officiellement, GWA explique vouloir «recruter des professeurs de qualité». Une pétition électronique circule. Mais certains «parents refusent de la signer craignant une réaction négative de la direction».


    Faiçal FAQUIHI

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