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Affaire du petit Amine: «Je n’ai fait que corriger un enfant turbulent»

Par L'Economiste | Edition N°:2301 Le 20/06/2006 | Partager

. L’enfant de 6 ans a été séquestré, torturé et élevé avec des chiens. La loi prévoit des peines de 1 à 20 ans. Le procès de son bourreau, sa tutrice, reporté au 23 juin Horreur. Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier le sentiment de l’opinion publique après la connaissance du calvaire vécu par un petit garçon, des années durant, à Marrakech. Les images diffusées à plusieurs reprises sur les écrans de la télévision nationale font froid dans le dos. Comment un être humain peut-il infliger un tel sort à son prochain. Et comment surtout personne «n’a rien vu, rien entendu, rien dit». Pourtant Amine, 6 ans, a vécu pendant trois ans, dans des conditions indignes, sur le toit de sa maison en compagnie de chiens et de chats. «Mal soigné, sous-alimenté et maltraité». C’est le premier diagnostic de l’équipe médicale de l’hôpital Ibnou Zohr qui avait admis en urgence le petit Amine. La tortionnaire, sa tutrice, est aujourd’hui poursuivie en justice pour mise en danger et négligence selon les articles 459 et 460 du code pénal. Dans le rapport médical, on retrouve des mots crus et choquants comme «dénutri, sale, tête rasée par endroits, cicatrices d’anciennes morsures, griffures». Nul ne sait comment cet enfant a subi autant de blessures et a pu y survivre. Selon le rapport d’enquête, l’accusée, instruite et la cinquantaine passée, ne faisait que «corriger un enfant trop turbulent» (voir encadré). Elle reconnaît donc avoir séquestré et quasiment torturé l’enfant. Ecœurant! Aujourd’hui, l’affaire du petit Amine suscite de vives réactions auprès de la population marrakchie. Celle-ci s’est déplacée en masse, vendredi dernier, pour la première confrontation de l’accusée avec la justice. Au tribunal de première instance, tout un dispositif de sécurité a été déployé. Une centaine de personnes a réussi à entrer dans la salle en plus d’une quarantaine d’avocats représentant les associations qui se sont constituées partie civile. A l’issue de cette première journée, l’audience a été finalement reportée au 23 juin. Loin du tribunal, l’enfant a été transféré à l’hôpital militaire de Rabat «afin de le protéger et lui assurer un suivi médical complet», insistent les médecins. Amine a 6 ans. A cet âge, c’est la découverte de la vie avec ses joies et ses petites peines. Lui, n’en a connu que le pire. Pas de tendresse ni de câlins… seulement des coups et un rejet total. L’histoire de ce petit garçon est liée au passé de sa maman, mère célibataire qui, pour se marier, a abandonné plusieurs fois son enfant. D’abord à sa sœur, puis à une voisine, une vieille fille aigrie. Mais jusqu’à l’âge de trois, Amine a été élevé par sa tante, K., qui l’a choyé comme le mérite tout enfant. Mais elle a dû s’en séparer «n’ayant pas de quoi subvenir à ses besoins». Sans commentaire. Sa mère biologique remet alors Amine à sa voisine et amie qui «promet de lui donner la chaleur d’un foyer». Puis, la maman disparaît plus ou moins dans la nature et ne donnera plus de ses nouvelles. Seule la tante cherche parfois à le rencontrer. Selon elle, la nouvelle tutrice l’en a toujours dissuadée prétextant que «cela risque de perturber l’enfant». Ce qu’elle ne dit pas, c’est qu’elle craignait qu’on découvre le drame vécu par Amine. La mère adoptive a agi en bourreau, infligeant des sévices à la limite du tolérable. Pour se justifier, la tutrice dira «l’enfant devait rester juste le temps que sa mère biologique rapporte ses papiers administratifs pour le remettre à l’orphelinat. Elle n’est jamais revenue». Abandonné par sa mère, maltraité par cette tutrice de fortune, quel sort lui est-il réservé? Personne ne s’en est préoccupé. De plus, l’enfant né hors mariage n’a jamais eu d’état civil. Pourtant, la loi a changé et tout enfant naturel peut être inscrit sur le livret de famille de sa mère. . Sauvé in extremis de la mortA derb Lhajra dans la médina, à Bab Doukala, la maison où Amine vivait son calvaire est dans un état délabré. Elle a été mise sous scellé depuis peu, par ordre du procureur. Dans ce quartier, le voisinage, indigné, dit n’avoir jamais eu connaissance de l’existence du petit garçon. «Nous ne l’avons jamais vu», témoigne cette voisine. Il faut dire que sa tutrice n’était pas non plus très sociable. «Elle communiquait surtout avec les chats et chiens errants», rétorque cette autre femme au foyer. Elles n’en diront pas plus... La dame aurait manifesté depuis quelque temps des troubles psychologiques, négligeant son apparence. «Mais jamais ses animaux», indiquent de nombreux témoins. Placée en garde à vue depuis le déclenchement de l’affaire, la tutrice a été transférée au service psychiatrique de la prison Bou Lmharez mercredi dernier. En tout cas, une chose est sûre, sans l’intervention «tardive» des jeunes voisins du quartier, le sort du petit Amine aurait été ignoré encore longtemps. Jusqu’à sa mort. «La situation était in extremis, sinon cet enfant aurait succombé à cette malnutrition», affirme Dr Mohcine Tazi. «A son arrivée, l’enfant était terrorisé, replié sur lui-même», raconte le pédiatre qui l’a traité. «Il a été presque dressé», lâche ce médecin qui a tout au long de l’entretien tenté de rester politiquement correct. Les cicatrices sont abominables et les dégâts psychologiques le sont davantage. Amine ne sait pas parler correctement. Il souffre d’une dyslexie orale. Il pèse en effet 14 kg et mesure 96 centimètres. C’est la taille et le poids d’un enfant de 3 ans. Son tout petit corps porte de nombreuses lésions surinfectées, des ecchymoses qui évoquent morsures et griffures. Il a une alopécie du cuir chevelu, en plus de petites infections comme des panaris sur les orteils... Le bilan psychologique et psychomoteur est en cours de réalisation. Difficile de trouver des circonstances atténuantes pour la tutrice, la famille et le voisinage. Le petit Amine aura besoin de nombreuses interventions chirurgicales et esthétiques pour retrouver un aspect humain. Il présente notamment une déformation nasale due certainement à une résorption du cartilage nasal suite à une infection chronique. «La guérison des lésions extérieures demandera 3 à 6 mois de soins intensifs. Les blessures psychologiques probablement plus», explique Dr Mohcine Tazi, pédiatre à l’hôpital Ibnou Zohr. Et d’ajouter qu’avant tout «l’enfant doit se reposer, loin de la pression médiatique». De fait, il aura aussi besoin de beaucoup de soins pour se reconstruire et d’oublier ces années noires. Mais on peut difficilement oublier des choses aussi terribles, surtout quand elles ont marqué, tel un fer chauffé à blanc, la chair et l’âme.


Sanctions

Le cas Amine n’est pas isolé. On le sait. Beaucoup d’enfants abandonnés sont souvent maltraités. Combien de fois, on entend des gens dire d’un enfant «adopté» ou de leur petite domestique: «Nous l’avons pourtant sauvé de la rue, mais ould lahram reste ould lahram (enfant du pêché)». Tout cela pour «justifier» une maltraitance. Le problème des enfants maltraités n’est pas nouveau et n’est pas non plus spécifique au Maroc ou aux pays en développement. D’ailleurs, la Convention de la charte internationale des droits de l’enfant n’a été signée qu’en 1989 par l’assemblée générale de l’ONU et le Maroc l’a ratifiée en 1990. Cela ne veut pas dire pour autant que cette convention a mis fin aux violences sur les enfants. Pas plus que les mesures de sanctions prévues dans le code pénal. La loi marocaine consacre quatre articles (408 à 411) qui prévoient des peines de prison allant de 1 à 20 ans pour les auteurs de sévices. D’après le centre d’écoute et de protection de l’enfance maltraitée, 350 appels en détresse, dont la plupart concernent des agressions sexuelles, ont été enregistrés en 2005. Les statistiques en matière de maltraitance sur des enfants ne sont pas significatives. Car seuls quelques cas sont effectivement signalés.


Procès-verbal: Ames sensibles, s’abstenir de lire

Essayer de comprendre le comportement inhumain d’une femme contre «son fils adoptif» relève de l’impossible. D’autant plus que celle-ci déclare à tout bout de champ «qu’elle n’a fait que corriger un enfant turbulent». En témoignent quelques extraits de sa déposition enregistrée par la police le 2 juin dernier.■ «Lorsque sa mère m’a confié l’enfant, il était en bonne santé mais je soupçonnais qu’il était un enfant lépreux (…). Et parce que l’enfant était turbulent, je l’enfermais à la maison (…). Il n’a jamais eu l’occasion de sortir de la maison»■ «Je lui donnais 3 repas par jour, mais je pense que cela ne lui suffisait pas car, il avait toujours faim (…). Ce qui explique qu’il mangeait la nourriture des chats (…) et parfois leurs excréments (…). Ce qui a contribué peut-être à amplifier ses maladies de la peau…».■ «J’ai toujours utilisé la punition corporelle pour cet enfant parce qu’il était turbulent et qu’il n’écoutait pas mes ordres (…). Je le menaçais souvent de le jeter dehors et l’emmener à l’orphelinat (…). Je le frappais avec une tige , je l’étranglais parfois et le menaçait de le tuer s’il n’arrêtait pas ses bêtises.■ «Les lésions  sur le dos de l’enfant sont des cicatrices dues  à des punitions et des raclées que je lui ai administrées parce qu’il était turbulent».■ «Toutes les lésions sur le corps de l’enfant sont dues aux corrections que je lui ai données (… ). Son nez m’est apparu infecté et j’ai tenté de le soigner avec des médicaments, mais je ne l’ai jamais emmené chez un médecin. La maladie a fini par absorber une partie de son nez…».■ «Je n’ai jamais voulu de l’enfant (…). Avec sa mère, on s’était entendues qu’elle m’envoie les papiers administratifs de l’enfant  (état civil  et acte de naissance) pour le remettre à l’orphelinat». Badra BERRISSOULE

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