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    Affaire des 100 millions de Dollars à Wafabank : Une escroquerie "impossible"

    Par L'Economiste | Edition N°:191 Le 03/08/1995 | Partager

    "Opération impossible", telle est la conclusion des différentes parties de l'affaire de la fausse attestation de blocage irrévocable de 100 millions de Dollars. Deux cadres de Wafabank ainsi que leur complice sont aujourd'hui incarcérés.


    L'audience du 31 juillet 1995 concernant l'affaire opposant Wafabank à deux de ses cadres devant la chambre correctionnelle du Tribunal de Première Instance de Casablanca-Anfa a été renvoyée au 7 août. Le but est de permettre à M. Khalid Lahbabi, directeur du Contentieux à Wafabank, personnellement cité à comparaître, d'expliquer au tribunal les mécanismes bancaires ayant servi à la falsification. Le procès s'est ouvert le 17 juillet 1995, puis renvoyé au 24 et au 31 juillet. Il est à rappeler que l'affaire porte sur une fausse attestation de blocage irrévocable de 100 millions de Dollars américains.
    Les délits qui sont reprochés aux deux cadres de Wafabank, Ali Amar et Issam Bargach, sont le faux et usage de faux en écriture bancaire, abus de confiance, escroquerie et corruption conformément aux dispositions des articles 129, 357, 359, 540 et 547 du Code Pénal (CP).
    M. Miguel Isern Frontera, titulaire d'un compte en devises à Wafabank, déjà sous surveillance pour émission de chèques sans provision, est également poursuivi pour complicité de ces chefs d'inculpation. A ces délits s'ajoutent, curieusement, les relations sexuelles hors mariage sur la base de l'article 490 du CP.

    L'affaire démarre véritablement le 11 juillet 1995, lorsque la Deutsch Bank adresse à Wafabank un fax dans lequel elle annonce avoir reçu une communication téléphonique d'une personne déclarant se prénommer "Ana", se faisant passer pour un collaborateur de Wafabank sans décliner son identité complète ni sa fonction. "Ana" demandait si la Deutsch Bank avait reçu une attestation de blocage de 100 millions de Dollars. Lorsque la banque allemande lui demande de décliner son identité, "Ana" raccroche précipitamment.

    Ni transfert de fonds, ni virement

    La Deutsch Bank signale par ailleurs avoir reçu par fax une attestation de blocage signée de personnes non autorisées à laquelle elle n'a pas donné suite, bien que l'une des signatures corresponde à l'une des personnes habilitées. Il s'agit de M. Amar qui avait "un pouvoir de signature limité à 100.000 Dollars, qu'il ne pouvait d'ailleurs exercer que conjointement avec un autre mandataire dûment habilité à cet effet", précise Me Bassamat Fassi-Fihri, en charge du dossier de la banque avec Me Asma Laraqui Hossini et Me Rokia Kettani.
    Ce fax reçu à la Deutsch Bank atteste que Miguel Isern Frontera dispose de la capacité financière de 100 millions de Dollars pour exécuter l'opération de change de Dollars américains contre des Lires italiennes à concurrence de 100 millions de Dollars. De plus, ces fonds seront bloqués du 13 au 21 juillet 1995 afin de réaliser la première tranche de l'opération.
    A la réception de ce fax à la Deutsch Bank et dont la copie a été communiquée à Wafabank. Celle-ci dépose le 11 juillet 1995 une plainte pénale auprès de la police judiciaire de Casablanca-Anfa.

    De sources sûres à Wafabank, "celle-ci avait décelé la tentative de falsification bien avant de recevoir copie du fax ou du document falsifié de son correspondant". En effet, le 26 juin 1995, les services de l'inspection de Wafabank ont découvert des fax tombés au niveau de la division Etranger concernant l'opération de 100 millions de Dollars. Il s'agit d'un message émis par M. Rodolfo Oechlin. Ce correspondant informe Wafabank en la personne de M. Bargach ou M. Amar que "pour ce qui concerne la transaction en Lires italiennes, on doit recommencer à nouveau avec la procédure" (sic). A ce message fax étaient jointes trois pièces proposant des détails et des modalités de l'achat de l'équivalent de 100 millions de Dollars en Lires italiennes.
    Un autre document était joint au message de M. Oechlin, rédigé en anglais, proposant un modèle de "confirmation irrévocable de l'accord par la banque et lettre de blocage des fonds".
    "Aucune plainte n'a été déposée à ce stade, car la banque a préféré laisser les inculpés exécuter cette falsification dans le but de découvrir l'identité de tout coauteur ou complice éventuel, surtout que cette opération ne pouvait, ni juridiquement ni matériellement, être exécutée, c'est-à-dire se traduire par un transfert de fonds", est-il souligné auprès de Wafabank.

    Disposer de la capacité financière

    Un dernier fax, indique pour sa part Me Aïcha El Karche, avocat des deux cadres inculpés, demande d'adresser la "confirmation des fonds et de l'accord". Ce document ne comporte aucune signature, à part un nom apparaissant pour la première fois, Abdelmajid Alaoui et celui d'une société, la CAAA International Trading PTY LTD. L'origine de ce fax demeure mystérieuse.
    "Lors de l'interrogatoire, les deux cadres ont immédiatement reconnu les faits en avançant qu'ils savaient pertinemment que ce blocage ne pouvait pas se matérialiser par un transfert de fonds et que la transaction était sans conséquences préjudiciables aux intérêts de Wafabank. Ils ont par ailleurs reconnu avoir été contactés par M. Miguel Isern Frontera, jouant le rôle d'intermédiaire dans cette opération, qui leur aurait versé la somme de 15.000 DH chacun", souligne la défense de la banque.
    Celui-ci, également arrêté, a reconnu que cette opération ne porte pas préjudice à la banque et qu'en tant qu'intermédiaire dans cette opération il percevait un pourcentage sur le montant.

    Opération impossible

    Pour les avocats des deux parties, une opération frauduleuse de cette nature est impossible et "d'office avortée" du fait de l'existence de plusieurs mesures de contrôle et de sécurité mises en place "tant au niveau interne que dans les rapports avec les correspondants bancaires étrangers", est-il précisé auprès de Wafabank.
    L'objectif de la manoeuvre reste mystérieux. Les observateurs pensent à du blanchiment d'argent, mais personne n'arrive à expliquer quel serait le mécanisme: peut-être créer une apparence de solvabilité, pour prêter ou emprunter de l'argent sale.
    Selon Me El Karche, "le cas Amar et Bargach ne manque pas de susciter des questions auxquelles il est difficile de répondre". A ce jour, souligne la défense des deux cadres, personne n'a subi de préjudice matériel. "Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions dont la palette est infinie".

    Meriem OUDGHIRI

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