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Chronique

La finance participative est-elle subversive?

Par Abderrahmane LAHLOU | Edition N°:4805 Le 29/06/2016 | Partager

près une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education et la Formation. Il est expert auprès du Groupe Banque Mondiale pour le programme e4e au Maroc, et expert agréé auprès de la BID. Il réalise également des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en management, économie et éducation, et professeur visiteur dans des universités françaises (Ph. A. L.)

Lors des multiples rencontres avec les hommes d’affaires, lors des centaines de contacts avec des TPE et PME à l’occasion d’une enquête nationale, et  lors de nombreux débats d’échange avec la population marocaine, à aucun moment je n’ai eu le ressentiment que cette finance pouvait déstabiliser le système bancaire et financier national, ni qu’elle devait nécessairement substituer son image militante à l’image affairiste de la finance conventionnelle. Tout au plus, les milieux bancaires concèdent ci et là que cette finance, par un meilleur partage des produits du financement bancaire entre les acteurs et l’arrimage aux actifs tangibles, peut apporter une éthique qui fait défaut à la financiarisation excessive des économies capitalistes. Après trente années de labeur pour ouvrir la voie à la finance islamique au Maroc, à laquelle le législateur a préféré l’appellation moins ardente de Finance participative, j’ai la conviction aujourd’hui que les remparts dressés à l’époque face à son arrivée étaient de deux ordres.
Le premier tenait à la perception
allochtone de cette industrie, assimilée intuitivement, mais aussi historiquement aux pays du Moyen-Orient et particulièrement ceux du Golfe. Un secteur oligopolistique dont les décideurs n’assimilaient pas le concept et dont ils ne maîtrisaient pas les arcanes ne pouvait y voir qu’une incursion étrangère et une perte de parts de marché conséquente. La France s’étant taillée la part du lion avant que la politique des champions nationaux ne soit initiée entre les années quatre-vingt-dix et deux mille, cela aurait fait encore plus de désordre dans un secteur en restructuration. Qui pouvait alors courir ce risque aux conséquences incalculables?
Le second était de nature idéologique et politique. Dans les années quatre-vingt, qui avaient connu les premières demandes d’agrément de banques islamiques, qui plus est, venaient toutes deux de l’Arabie saoudite, les relations du pouvoir avec les mouvements islamistes étaient loin d’être apaisées. Ces derniers représentaient encore une menace pour un régime à peine remis des blessures de la décennie précédente. Qui n’aurait pas fait le lien entre l’existence de banques ainsi appelées islamiques et une marque d’islamisation politique de la société, voire du monde des affaires? Seule une poignée de militants sincères, universitaires, économistes, praticiens de la finance et Foqahas de leur état, insistaient à se départir de ces sombres pensées et à prôner la nécessité que le Maroc franchisse le Rubicon et rejoigne les cinquante autres pays musulmans et autres pays européens qui ont autorisé cette nouvelle finance. Entre 1985 et 2007, les colloques, publications spécialisées, audiences avec les ministres et gouverneurs de la Banque centrale s’enchaînaient pour défricher le terrain. Aujourd’hui que le fruit est à maturité, qu’est-ce qui a vraiment changé? La Banque centrale et les banques inscrites ont tout simplement compris que cette industrie qui leur semblait ésotérique et fermée n’était point inaccessible. Elles se sont alors initiées avec succès à son concept, à ses contrats et ses applications dans le monde. Un transfert de know-how réussi.
De leur côté, pas question pour les banques de rater cette opportunité de marché qu’elles espèrent profitable, qui par une banque dédiée, qui par des guichets de produits. Une présence active sur ce nouveau marché, bien que pondérée, de par les business plans négociés avec le régulateur. Sur les onze institutions prétendantes aux agréments, dix d’entre elles sont nationales, même si certaines se sont associées à des banques islamiques internationales.

Bank Al-Maghrib en ligne de front

Appuyant le gouvernement, la Banque centrale s’est faite fort de s’aligner à cette tendance mondiale et de faire profiter le pays d’un souffle nouveau et d’une meilleure bancarisation des entreprises et des particuliers. Elle s’est profondément investie dans ce projet national et structurant, par l’imprégnation et la maîtrise des techniques bancaires participatives.En maestro, elle entreprit  la formation de ses équipes, la préparation des textes avec le SGG, le leadership d’une action laborieuse de mise en conformité de la législation fiscale et la mobilisation puis l’accompagnement des Foqahas, désignés par un ministère des Habous engagé et réactif, pour l’examen des textes réglementaires et contrats. Elle s’est montrée forte de son autonomie et jalouse de ses prérogatives dans ce chantier. Si elle a péché au début du processus par une communication parcimonieuse, c’est surtout elle qui occupait le terrain, au-devant d’un gouvernement politique plutôt en retrait, et livré aux vindictes de groupes parlementaires, notamment du PJD, impatients de voir la mise en œuvre du projet qu’ils ont voté en 2014.
Le régulateur bancaire a été rejoint par le régulateur des assurances, la nouvelle ACAPS, qui a annoncé en début de mois, des dispositions encourageantes pour l’incontournable assurance Takaful. Cependant, les opérateurs du marché financier attendent le parachèvement des textes relatifs aux Sukuk, une autre loi promulguée en 2013 et qui attend son décret d’application, suspendu à la décision du ministère des Finances et de l’Autorité des marchés (AMMC). Quant à nos experts militants de la première heure, ils ne rejoindront pas les vestiaires, le match n’étant pas terminé. A défaut de constituer une association des anciens combattants, ils devront plutôt s’activer à l’accompagnement du lancement: éducation du marché, information de l’opinion publique et sensibilisation des décideurs, études d’impact et baromètres d’activité. Loin de toute fanfare, ils seront tout à fait dans leur rôle de société civile.
Les principaux acteurs étant alignés sur les starting-blocks, les préparatifs s’achèvent. Aux uns et aux autres, une autre gestation est sur le point de livrer ses résultats en juillet: l’enquête nationale sur les attentes des PME vis-à-vis des futures banques, menée par ABWAB Consultants.

L’évitement de la politisation

Plus rien ne doit gâcher la fête, surtout pas les calculs politiques. Si le mérite de la conduite du projet Banques participatives revient de droit à Bank Al-Maghrib, quoi de plus naturel que les dividendes de ce relais de croissance pour l’économie financière reviennent au gouvernement, dont il a approuvé les textes et qu’il a défendus au Parlement? Mais ils reviendront à tout le gouvernement, dans toutes ses composantes partisanes. Les parties prenantes gagneront à décrisper le baptême. Le PJD, avec qui le futur bébé présente le plus un air de famille, référentiel oblige, a appris à se faire discret pendant toute la gestation et s’est gardé d’en revendiquer la paternité. En contrepartie, le pays a beaucoup à perdre à retarder la naissance, par évitement de la politisation, qui est en soi une politisation. Si les équipes de la Banque centrale sont prêtes, la gestation ne devra pas dépasser les limites techniques, par crainte d’une quelconque récupération partisane de l’évènement. Avec des acteurs politiques mûrs, des électeurs qui ne sont pas dupes, les risques de fuite de dividendes me semblent limités. En face, les attentes des particuliers en mal de bancarisation et celles des entreprises en mal de financement sont fortes. Ils ne voient en ce projet qu’une seule chose: un tremplin d’inclusion financière, tout comme les banques prétendantes y voient principalement un business rentable. A chacun son rôle.

 

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