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    Années de plomb: Bibliographie commentée
    L’horreur pour les militaires de Tazmamart

    Par Nadia SALAH | Edition N°:4802 Le 24/06/2016 | Partager
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    Publié pour la première fois en 2000, chez Tarik éditions/Paris Méditerranée, «Tazmamart Cellule 10» a été un grand succès de librairie au Maroc. Depuis, l’ouvrage d’Ahmed Marzouki est régulièrement réédité et a reçu plusieurs distinctions. Pris dans la tentative du coup d’Etat de Skhirat, Ahmed Marzouki est l’un des 28 survivants sur les 58 militaires emmurés à Tazmamart. A sa libération, il est encore harcelé par le mokkadem du quartier qui surveille ses visiteurs et tente de les dissuader de venir voir l’ancien prisonnier.

     

    Sans vouloir excuser, ni justifier les gestes des militaires félons, ni Ababou, ni Medbouh, ni Oufkir, il faut pourtant noter que dans les années 1960-70, autour de la Méditerranée, il y avait nettement plus de dictatures militaires que n’importe quelle autre forme de gouvernement: Un Royaume, le Maroc, trois républiques démocratiques, la France, l’Italie et Israël. Tout le reste était des régimes militaires plus ou moins durs. C’était dans l’air du temps: de l’autre côté de l’Atlantique, les Etats-Unis se sentaient libres d’organiser des coups d’Etat militaires dans toute l’Amérique latine!
    Que ce soit chez Franco, le plus ancien de tous, ou bien les allers-retours turcs entre régime civil et régime militaire, ces formes de gouvernement s’appuyaient toutes sur une même idée: sauver. Sauver le pays soit de

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    On ne peut pas parler de Tazmamart sans citer Christine Daure- Serfaty. Elle est peut-être la personne qui s’est le plus battue contre ce bagne. Son livre sorti en 1992 n’existe plus que d’occasion, si on a la chance de le trouver! Sous sa plume, à lire aussi un ouvrage co-écrit avec son mari, Abraham Serfaty, le plus célèbre prisonnier politique: «La mémoire de l’autre», sous format Kindle depuis l’année dernière.

    la pression communiste/socialiste, soit de la prévarication des civils, soit encore pour couper court aux risques d’éclatement ethnique de l’Etat-Nation.
    Au Maroc, les deux tentatives de prise de pouvoir par des militaires s’appuyaient peu ou prou sur des idées de ce genre, sans égard pour le désir de démocratie.
    Pour l’instant, les historiens n’ont pas encore fait leur travail d’exploration. A leur décharge, il faut rappeler qu’il n’y a toujours pas de loi d’accès aux informations, donc pas de possibilité légale d’ouvrir sereinement les archives. On citera néanmoins deux travaux répondant aux critères scientifiques, Stephen Smith dans «Oufkir, Un destin marocain» Calmann-Lévy 1999 et Michel Abitbol «Histoire du Maroc» Perrin 2009.
    Quoi qu’il en soit, aucun des accusés ne méritait ce qui leur a été infligé. Quelques-uns des militaires ont écrit leurs mémoires. Et donc enregistré leurs témoignages, qui serviront un jour à construire l’histoire.

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    Les mémoires communes des époux, Salah et Aida Hachad, avec le soutien de la plume du Pr Abdelhak Serhane, chez Tarik éditions (il existe un accès partiel et gratuit: http://kabazal.memoires.free.fr). Pilote de chasse, Hachad a fait partie du groupe des 6 attaquants contre l’avion royal en 1972. Kabazal est le nom d’un petit dispositif, bricolé avec une boîte de conserve, pour faire entrer un rayon de soleil dans la cellule. Aida Hachad a mis des années à localiser son mari. Elle était persuadée qu’il était vivant, alors qu’on lui avait annoncé sa mort. Comme Christine Daure-Serfaty, elle a réussi à mobiliser des soutiens extérieurs

     

    Mais pour eux, il s’agissait davantage d’exorciser 18 ou 19 ans d’enfer, le mot est à peine assez fort. Leurs conditions de détention dépassent l’imagination. Christine Daure-Serfaty, qui a le plus contribué à faire connaître l’existence de Tazmamart, disait elle-même que sa tâche d’explication était très difficile car les gens «n’arrivaient pas à croire que de telles choses fussent possibles». Elle ajoutait qu’elle-même avait mis du temps à y croire et à comprendre ce qui se passait. Son livre «Tazmamart: une prison de la mort au Maroc» est sorti chez Stock en 1992. Auparavant, elle a mobilisé le maximum de soutiens en France pour dénoncer le bagne. Parallèlement, des épouses de militaires ont mobilisé des réseaux sur les Etats-Unis. Même si Paris et Washington étaient les deux principaux alliés du Maroc, il a fallu longtemps pour que le palais reconnaisse l’existence de ce bagne. Le premier geste de l’IER, sous la houlette de Benzekri, avait d’ailleurs été de détruire ce fortin.

     

     

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