×
  • L'Editorial
  • régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Le prix de L’Economiste pour la recherche en économie, gestion et droit
    Culture

    Années de plomb: Bibliographie commentée
    Les Bourequat, une vengeance des militaires ou abus commercial?

    Par Nadia SALAH | Edition N°:4800 Le 22/06/2016 | Partager
    livres_000.jpg

    Plus célèbre que le livre de son frère, celui de Ali-Auguste Bourequat est sorti chez Michel Lafon dès 1994. Amazon en propose encore quelques exemplaires d’occasion. Ni Ali-Auguste ni Medhat René, ni les autres membres de leur famille ne disent pourquoi ils ont été incarcérés, au secret en 1973. Il est hautement probable qu’ils ne le sachent pas: il n’y a eu aucun procès.

    Dans l’abondance des livres traitant de la prison sous les années de plomb, ceux des frères Bourequat tiennent une place à part. En fait, leur mère, une Alaouite, et une de leurs sœurs ont eu aussi à subir des mauvais traitements. Personne ne sait exactement ce qui est arrivé à cette famille tuniso-ottomane très en vue à Rabat depuis au moins deux générations, quand brutalement trois des fils sont enlevés. Ils ne seront jamais jugés. Ils affirment ne pas connaître les motifs de leur emprisonnement. Il est hautement probable que ce soit la vérité.
    Quoi qu’il en soit, ils passent d’une vie de grands privilégiés aux pires des cachots, dont aucun n’est une prison officielle.
    Ils ont été détenus pendant dix huit ans dont tout ou partie (dix ans, onze ans?) à Tazmamart. Les versions diffèrent. Si l’on rapporte ce qu’ils ont subi aux sévices infligés aux militaires détenus aussi à Tazmamart, le traitement des Bourequat a été considérablement plus dur. Peut-être à cause de l’isolement plus sévère. Avant leur incarcération, la famille était proche des souverains, Mohammed V et Hassan II.

    frere_bouriquat_000.jpg

    Plus dur et plus poignant que celui de son frère cadet, le livre de Midhat-René Bourequat a eu nettement moins de succès. Les libraires du Maroc en ont encore quelques exemplaires et il est disponible dans les grandes maisons de vente en ligne.

    Dans les années 60 et plus encore au tout début des années 1970, les frères ont été des intermédiaires pour faciliter des affaires commerciales. Ils bénéficiaient eux-mêmes de passe-droits que n’avaient pas les entrepreneurs ordinaires de cette époque. Le plus curieux est qu’il s’agissait de passe-droits très voyants, dans les secteurs du luxe, si l’on en croit ce qu’ils ont raconté eux-mêmes dans des entretiens réalisés il y a quelques années. En ont-ils abusé? Ce qui ne justifierait cependant pas des peines d’emprisonnement, même dans de «bonnes» conditions. En tout état de cause, l’administration marocaine mettra fin aux passe-droits (réellement occultes ou seulement inventés?) sous la houlette du jeune haut fonctionnaire Hassan Abouyoub à la fin des années 1970, avec les célèbres listes d’importation A, B et C: il les a rendues publiques.
    L’un d’entre les frères Bourequat ne pense pas que leurs affaires commerciales soient en cause. Il est persuadé que la punition vient des militaires, à qui il aurait «fait de l’ombre». Il a affirmé à notre confrère Tel Quel avoir voulu dénoncer un coup d’Etat en préparation, ce qui aurait entraîné la plus terrible des vengeances: l’enfermement sans trace.
    Qui peut savoir? Il n’est même pas certain que l’accès aux archives (dont le texte n’est toujours pas voté) éclaire ce dossier, qui n’a peut-être pas de traces écrites.

     

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc