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Analyse

Modèle de croissance
«Nous sommes dans un non-modèle!»

Par Safall FALL | Edition N°:4793 Le 13/06/2016 | Partager
La croissance reste vulnérable aux facteurs exogènes
Entre 2010 et 2014, l’économie n’a créé en moyenne que 50.000 nouveaux emplois/an
6% sur 20 ans pour inverser la machine
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Pour l’économiste Hammad Kassal, le modèle de croissance souhaité nécessiterait une refonte  du  capitalisme national et du tissu des acteurs, une remise à plat du système éducatif et de la formation et une profonde réforme de la justice, de la fiscalité. Ces chantiers sont autant importants que l’éradication de la corruption et surtout la régénération en profondeur de la classe politique (Ph. L’Economiste)

- L’Economiste: Plusieurs voix au niveau national mais aussi des ONG internationales critiquent les limites du modèle de croissance marocain. Quelles sont, à votre avis, les sources de vulnérabilité?
- Hammad Kassal:
Tout d’abord, il faut admettre que le Maroc a réalisé durant les 15 dernières années des avancées considérables sur le plan économique et social et ce, malgré une conjoncture nationale et internationale mouvementée et hostile. Il faut être aveugle pour ne pas voir les grands chantiers structurants  qui ont vu le jour depuis la fin des années 90 et qui ont permis au Maroc  de se décloisonner par rapport au reste du monde. Le dernier de ce chantier  est la plus grande centrale solaire thermodynamique du monde.
Malgré ces avancées, le pays reste vulnérable et très exposé aux chocs extérieurs, principalement en ce qui concerne le taux de croissance économique qui n’a pas dépassé une moyenne de 4 à 4,5%.
A ce rythme, il est très difficile à l’économie nationale d’absorber la masse de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail et qui sont dans leur grande majorité  faiblement qualifiés. C’est-à-dire à faible productivité.
Si le Maroc n’arrive pas encore à décoller et à réaliser un saut qualitatif en matière de création de richesses, c’est en grande partie à cause du modèle de développement suivi depuis les années 80 (phase PAS). Ce modèle a complètement délaissé l’industrie, qui était en phase de maturité en faveur d’un modèle basé sur la sous-traitance internationale, consommateur de main-d’œuvre bon marché et très peu créateur de valeur. Ce modèle a mis en avant une classe de notables (textiles, habillement, immobilier...) qui ont profité de l’ouverture de l’économie pour faire du négoce et s’enrichir facilement grâce aux AT (admission temporaire) au détriment d’une classe d’entrepreneurs née avec le mouvement  national. On est passé donc d’un modèle dont l’industrie constituait une composante non négligeable vers un modèle purement rentier qui a été renforcé au cours des années par la manne immobilière.

- Le contenu emploi de la croissance peine à décoller. Quels sont les plus gros boulets qui  grippent la machine? Ou le mal est plutôt dans le modèle de croissance en lui-même?
- La théorie économique nous apprend que chaque point de croissance crée en moyenne 25.000 emplois bruts, dont on déduit les emplois détruits par la fermeture ou la restructuration des entreprises. Quand vous réalisez 2% de croissance, vous avez plus de destruction que de création d’emplois. Dans ce cas, vous augmentez le stock des jeunes chômeurs et vous renforcez l’économie informelle et la précarité.
Entre 2010 et 2014, l’économie marocaine n’a créé en moyenne, chaque année, que 50.000 nouveaux emplois (nets). Au Maroc, moins de 2% des jeunes obtiennent des diplômes très qualifiants qui leur garantiront un niveau élevé d’employabilité. Et vous ne pouvez pas développer une économie performante créatrice de richesses sur le long terme  avec  98% de jeunes mal ou peu qualifiés, dont la productivité reste très faible par comparaison à des pays qui sont au même palier de développement que le Maroc.

- Le gouvernement arrive en fin de mandat pour soulever le débat du modèle économique.  Peut-on dire que nous étions, jusque-là, dans  un modèle  d’improvisation?
- Nous sommes dans un «non-modèle». Ou mieux encore, dans  un modèle où cohabitaient plusieurs petits modèles dominés par l’économie de rente. D’un autre côté, le modèle de croissance est tiré par la consommation intérieure dopée par l’endettement et satisfaite en grande partie par des importations légales et de contrebande.
Si on veut dépasser le mimétisme actuel, notre pays doit investir énormément dans le capital immatériel et réaliser une croissance régulière et soutenable d’au moins 6% pendant 15 à 20 ans.

- Plusieurs réformes jugées «audacieuses» ont été entreprises par le gouvernement en place (décompensation des produits pétroliers...). Faudrait-il aller plus loin (gaz butane, sucre, farine, etc.), en n’occultant pas les retombées sur le pouvoir d’achat?
- Le gouvernement actuel pouvait faire beaucoup mieux pour les raisons que tout le monde connaît, mais il a perdu beaucoup de temps dans des querelles entre ses composantes avec plus d’intentions que d’actions.
Les réformes de la Caisse de compensation sont plus la conséquence d’une conjoncture favorable qu’à l’audace du gouvernement. De plus, c’est le FMI qui a imposé ces réformes pour permettre au gouvernement de bénéficier d’une ligne de caution et de revenir sur le marché de l’endettement international. Pour ce qui est des autres produits (sucre, farine, etc.), une fois la conjoncture favorable, ils seront décompensés. Dans beaucoup de cas, la politique incitative se révèle contre-productive.
Pour ce qui est des grandes réformes, comme la retraite, la fiscalité, la justice  et l’environnement des affaires (la concurrence, la lutte contre l’économie de rente, la corruption…), le gouvernement n’a pas fait des percées remarquables.o
Propos recueillis par
Safall FALL

 

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