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    Mohamed Abdelaziz, mort d’un séparatiste

    Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4791 Le 09/06/2016 | Partager

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

    Le Maroc a tout à fait raison de considérer que la mort du chef du Polisario, Mohamed Abdelaziz, était un non-événement qui n'aura aucun impact sur l'évolution du dossier du Sahara. Et pour cause. L'homme, comme son organisation et sa fantomatique république, n'était qu'un homme lige de la sécurité militaire algérienne. Ce service qui continue d'être l'épine dorsale du pouvoir en Algérie, avait fait du soutien au séparatisme marocain dans ses régions sahariennes son fonds de commerce le plus juteux et sa raison d'être stratégique la plus ultime. Un faux nez disparaît, un autre repousse avec la même logique et le même parrainage  pour remplir les mêmes fonctions: maintenir la région sous la pression de la division, de la menace de la guerre.
    De son vivant et durant sa longue carrière de mercenaire marocain qui a fait le choix d'offrir ses services à l'armée algérienne voisine, l'homme n'a jamais eu une attitude d'indépendance dans la décision ou une marge de manœuvre dans le comportement. Il ne s'est jamais écarté de l'agenda écrit à Alger. A aucun moment il n'avait pris ses distances avec son employeur algérien poussant parfois le zèle et la caricature jusqu'à devancer les désirs de ses maîtres. Quand d'autres personnalités du Polisario, prises par un remords existentiel, ont préféré faire défection et rejoindre la patrie, lui Mohamed Abdelaziz est demeuré jusqu'à son dernier souffle un fidèle exécutant d'une politique d'hostilité à l'encontre du Royaume. Une politique méthodiquement exécutée au risque de plonger et de maintenir les camps des séquestrés marocains dans une infernale situation.
    Durant de longues années, Mohamed Abdelaziz avait incarné cette notabilité polisarienne qui a profité de la situation désastreuse des réfugiés des camps pour parrainer des trafics juteux, détourner des aides humanitaires internationales et jouer

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    Si la mort  de Mohamed Abdelaziz ne bouleversera pas dans l’immédiat l’issue de la crise au Sahara, elle impose à son successeur, qui sera choisi par les militaires algériens, de nouveaux défis (Ph. AFP)

    volontairement l'instrument d'une politique de division et de tensions.
    Il est vrai que sa disparition ne changera pas la physionomie du conflit et les rapports de force qui le régissent. Les nombreux portraits qui lui sont dédiés dans la presse font état d'une page qui se ferme et d'une nouvelle séquence qui s'ouvre avec de nombreuses interrogations. De l'aveu de nombreux observateurs,  le véritable changement proviendrait sans doute du tournant stratégique qu'Alger pourrait prendre sur le sujet si la guerre de succession pour trouver un remplaçant à Abdelaziz Bouteflika prenait une issue moins paisible et plus dramatique.
    Même si le pouvoir algérien a décrété un deuil de 8 jours pour dire adieu à un fidèle serviteur, personne n'est dupe de la propagande de ce pays destinée plus à mobiliser le noyau dur du pouvoir militaire qui serait tenté par une sorte de «révolution culturelle» sur le sujet. Même s'il a passé en toute conscience sa vie à servir les desseins de l'Algérie sur cette crise, Mohamed Abdelaziz avait raté l'occasion de rentrer dans l'histoire par la grande porte s'il avait accepté la main tendue par le Royaume de réaliser le rêve de l'autonomie et de la réconciliation nationale marocaine. Au lieu de cela, il est resté prisonnier des chimères et de logique de domination dictée par Alger. Si sa mort ne bouleversera pas dans l'immédiat l'issue de la crise au Sahara, elle impose à son successeur, qui sera choisi par les militaires algériens, de nouveaux défis.
    Le remplaçant de Mohamed Abdelaziz, quelle que soit son identité, aura à gérer une situation nouvelle dans laquelle trois éléments sont déterminants. Le premier est la colère de plus en plus incontrôlable qui gronde dans les camps dont les réfugiés ne veulent plus continuer à supporter cette misérable  vie qui les maintient hors du monde. Le second élément concerne les grandes percées diplomatiques du Royaume du Maroc qui a réussi à convaincre que l'autonomie proposée est la seule sortie de crise. Et la troisième est le risque pour des raisons politique et économique que la question du Polisario cesse de devenir une préoccupation centrale de l'armée et du futur pouvoir en Algérie. Autant d'éléments qui vont exercer une énorme pression sur le successeur de Abdelaziz et le pousser  à plus de réalisme là où son prédécesseur avait péché par une posture à la fois servile et chimérique.

    Embarrassantes interpellations

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    Jusqu'à ses funérailles, Mohamed Abdelaziz aura été un instrument problématique du jeu politique algérien dans la région. Non seulement aucune personnalité internationale marquante n’a participé à ces funérailles, laissant l’appareil algérien seul et dans un parlant tête-à-tête dans la gestion de cette disparition, mais le gouvernement algérien est allé jusqu’à censurer sa propre presse et l’empêcher de couvrir ces funérailles. Ainsi des journalistes d’Al Khabar et d’Al Watan, pourtant connus pour être des diffuseurs zélés de la haine anti-Maroc, ont été interdits de se déplacer pour couvrir cet événement. Une seule lecture s’impose pour expliquer ce geste. Le régime algérien ne souhaite pas exposer la situation des camps à des médias qui pourraient être tentés de poser d’embarrassantes interpellations sur la politique suivie par leur gouvernement en la matière. La seconde crainte est de voir cette presse donnée écho à des leaders sahraouis séduits par l’option d’autonomie proposée par le Maroc. Et dans une séquence sensible où l’appareil militaire algérien est en train de fabriquer le successeur de Mohamed Abdelaziz, ce risque médiatique a été perçu comme suffisamment important  pour l’écarter pour une lourde décision d’interdiction pure et simple.

     

     

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