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Chronique

Manuel Valls, un rigide autoritaire?

Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4786 Le 02/06/2016 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

La violente crise sociale que traverse la France n’est ni nouvelle ni originale. Des contestations de cette ampleur qui ont menacé de bloquer le pays, la mémoire française récente regorge d’exemples tout aussi lourds, avec des négociations ardues et des sorties de crise spectaculaires. Et pourtant, il y a comme un parfum d’originalité dans la gestion politique de cette séquence française. Au cœur de ce dispositif, un homme, Manuel Valls, Premier ministre qui y joue à la fois sa survie et son destin. Il est vrai que la presse a pris un malin plaisir à lui opposer un autre leader devenu une icône reconnaissable à la célèbre moustache noir corbeau, Philippe Martinez, numéro un de la CGT, mais le locataire de Matignon se retrouve à gérer sur un temps relativement court une stratégie de survie et de rebondissement.
Sur le plan des images et des symboles, la tentation est forte d’opposer dans un combat fantasmé Manuel Valls, une homme issu de la gauche qui assume ouvertement son tournant social libéral et Philippe Martinez qui rappelle par sa posture, la tonalité de ses discours, jusqu’à son look, les rebelles de l’Amérique latine. D’ailleurs les Unes des journaux qui les opposent foisonnent pour indiquer  avec un raccourci la nature du combat politique et idéologique à l’œuvre. Et la question qui fait scintiller tous les forums aujourd’hui: Manuel Valls peut-il tenir sur sa position de refus de réformer la loi en question ou d’envisager de la retirer? Les paris sont ouverts et sont autant d’indications qui révèlent l’impatience et la pression. Peut-il encore rester? Doit-il partir? Finira-t-il le mandat Hollande dont la gouvernance se retrouve sur les rotules à un moment clef où le président sortant s’apprête à redemander la confiance des Français?

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Dans ses postures comme dans ses déclarations, Manuel Valls s’est montré intraitable au risque de faire ressortir ce caractère qui le fait tant ressembler à Nicolas Sarkozy, la rigidité à la place de la fermeté, la détermination qui se substitue à l’autoritarisme. La mémoire visuelle française est remplie d’images de coups de sangs éruptifs de ce fils d’immigré espagnol aussi avide d’envolées lyriques que de revers de situation.
Autant sur le débat sur la déchéance de la nationalité, François Hollande était en première ligne et incarnait aussi bien l’esprit de la proposition que la philosophie du retrait qui avait sanctionné une gigantesque levée de boucliers. Sur la loi de travail El Khomri, Manuel Valls est en première ligne et assume presque tout seul l’issue incertaine d’une telle réforme. Le 49/3 auquel il a eu recours pour la faire passer reflète son impuissance à convaincre. Son refus de changer et de céder les fameux articles polémiques reflète, selon ses détracteurs, sa rigidité. Sur cette loi, Manuel Valls a tout à perdre. Reculer, c’est mourir politiquement. Tenir, c’est se calcifier. Manuel Valls réagit sous une double pression. Celle des syndicats, quoique minoritaires mais de plus en plus intransigeants. Et celle de ses concurrents comme Emmanuel Macron qui guette le faux pas pour rafler la mise. Manuel Valls a autant à craindre du radicalisme opportun d’un Philippe Martinez, patron de la CGT qui profite de ce bras de fer pour tenter de redorer le blason du syndicalisme contestataire français, que des ambitions survoltées d’un Emmanuel Macron dont les dents longues et juvéniles rayent bruyamment en ce moment le parquet politique français. Manuel Valls pourra aussi craindre l’influence croissante d’un autre  homme comme Arnaud Montbourg qui aspire à investir sur les frustrations au sein de la gauche pour formuler une alternative destinée à peser sur les enjeux de 2017 et à configurer la vie et les rapports de forces à gauche dans la séquence d’après...

Trois lettres, un cauchemar

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Au cœur du tourbillon français, un syndicat, la CGT. Ces trois lettres constituent pendant cette grande crise l’esprit du cauchemar et du mauvais rêve qui n’en finit pas pour le gouvernement français. Ainsi les interrogations se multiplient: que cherche la CGT à travers ce rapport de force, cette stratégie de tension et cette radicalisation croissante? Un homme semble avoir fait sa religion sur le sujet, c’est Pierre Gattaz. Pour qualifier les comportements des militants de la CGT, il sort la grosse artillerie et tire au bazooka. «Voyous» «terroristes», ainsi sont qualifiés ceux qui depuis des semaines tiennent le pavé français pour protester contre la loi El Khomri. Cette sortie du patron des patrons n’est pas de nature à apaiser la situation. Manuel Valls a tenu à exprimer sa condamnation: «J’ai appelé chacun, dans ce moment où il y a des tensions, à être au niveau du débat et c’est pour ça que j’ai fermement condamné les propos de Pierre Gattaz»; et de rajouter: «Je suis très respectueux du patronat, bien évidemment (...) mais tout mot qui tend les rapports entre les organisations dans le débat public, dans le débat social, et entre les personnes n’est pas le bienvenu». La CGT et son chef Phillipe Martinez sont régulièrement accusés par les éditorialistes français de se servir de cette crise pour redorer le blason d’un syndicalisme de la constestation à la française naturellement en déclin à cause d’une mondialisation mal digérée. Ce combat qui tend à générer des comportements extrêmes est de plus en plus mal accepté par les dirigeants français. C’est d’autant plus grave que par un effet d’optique qu’ils lui reprochent de ne plus être aussi représentatif pour prétendre refléter les angoisses françaises.

 

 

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