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    Tribune

    COP22: Comment réduire la fracture et la facture climatiques

    Par Taoufiq BOUDCHICHE | Edition N°:4782 Le 27/05/2016 | Partager

    Taoufiq BOUDCHICHE est économiste et diplomate (Ph. T.B.)

    Malgré les incertitudes scientifiques entourant les effets possibles du changement climatique sur la planète, l’évolution vers de nouveaux modes de pensée face au «méga-risque» climatique fait son cheminement. Auparavant, le changement climatique s'inscrivait dans une tradition de pensée de protection de l'environnement produisant des discussions internationales opposant le droit au développement contre le droit à polluer et au clivage Nord-Sud opposant la responsabilité des pays du Nord dans le changement climatique aux droits à compensation pour les pays en développement.
    Dans le même temps, on note progressivement que le changement climatique pose des défis planétaires d’un genre nouveau qui ne pourraient être surmontés sans une coopération internationale de nouvelle génération agissant en levier du développement et de réduction de la fracture climatique entre pays développés et pays en développement. Les espoirs sont donc orientés sur la mise en œuvre efficiente de l'Accord de Paris lors de la COP22 en concrétisant notamment la  logique de «partage des opportunités de développement» en lieu et place d'une logique de «partage du fardeau des coûts» (dixit Laurent Fabius lors de la COP21).
    L'Accord de Paris en incarnant une forme de consensus diplomatique des 195 pays réunis lors de la COP21 à Paris représente une étape historique marquante dans le processus des négociations internationales sur le changement climatique en fixant, notamment, des objectifs ambitieux de limitation du réchauffement climatique entre 1,5 °C et 2 °C à l'horizon 2100 et des objectifs de financement en faveur des pays du Sud à hauteur de 100 milliards de dollars au minimum par an à partir de 2020. Il constitue de ce fait un signal politique fort pour engager l’humanité sur de nouvelles trajectoires de développement sobres en énergies fossiles contre une trajectoire actuelle qui conduit à une hausse de la température à l’échelle planétaire de plus de 3 °C, voire plus de 4 °C laquelle serait insoutenable en termes de dérèglements climatiques (accélération des phénomènes de sécheresse, d’inondations et de submersions marines, de feux de forêts, de migration climatique, etc.). L’actualité des incendies de forêts au Canada devenus incontrôlables et  engendrant le déplacement de plus de 80.000 personnes illustrent l’ampleur des risques climatiques. Une catastrophe naturelle peut annuler des décennies de développement. L’Accord de Paris poserait néanmoins des défis  majeurs de gouvernance climatique. Pour les pays développés, il conviendrait d'accélérer le basculement dès maintenant vers une économie «décarbonnée» tout en préservant le niveau de vie atteint. Pour les pays en développement, il s'agirait de mener des politiques d'adaptation au changement climatique  assurant à la fois  le progrès économique et social des populations et le rattrapage économique avec les pays développés. Au plan mondial, il conviendrait donc d’imaginer une coopération efficace en matière de financement, de renforcement des capacités et de transferts de technologies entre pays riches et pays pauvres sur une base permanente et équitable (justice climatique).  Le Maroc est concerné par ces problématiques au premier chef. D'abord, en tant que pays hôte de la prochaine COP,  notre pays sera au cœur des négociations internationales comme facilitateur pour la mise en œuvre des mécanismes et instruments de gouvernance climatique mondiale existants ou à créer (Mécanismes de transparence, Mécanisme international de Varsovie sur les pertes et préjudices, Fonds vert pour le climat, Fonds pour l'environnement mondial, etc.). Ensuite, en tant que membre du groupe africain, le Maroc devra en être le porte-parole et plaider pour adapter la coopération internationale aux spécificités du continent. Enfin, notre pays étant extrêmement vulnérable aux effets du changement climatique, est tenu de développer une gouvernance climatique nationale ambitieuse et exemplaire pour anticiper, contrer et gérer la menace climatique (stress hydrique en augmentation, fréquence de périodes de chaleurs et de froids extrêmes, aridité croissante de vastes régions du territoire, inondations et submersions marines, maladies émergentes, feux de forêts, vulnérabilité du littoral où sont concentrés plus de 60% des infrastructures urbaines et socio-économiques, etc.).
    Cette nouvelle gouvernance climatique devrait inciter à repenser dès maintenant les stratégies de développement selon de nouveaux paradigmes:
    1- Une centralité progressive du climat dans les stratégies de développement qui devraient se décliner en termes de sécurité humaine globale (sécurité alimentaire, sécurité sanitaire, sécurité territoriale en milieu urbain, rural,  etc.);
    2- Faire entrer l’économie dans l’ère de l’économie «décarbonnée» en accélérant le recours aux  énergies non fossiles;
    3- Développer une culture du «risque climatique» selon des approches modernes de résilience à la menace climatique au sein de laquelle le renforcement des capacités des populations et le développement humain serait d’un enjeu central;
    4- Intégrer le climat dans les approches territoriales du développement. Des plans climat par territoire (au niveau national, régional, local, etc.) devraient être généralisés;
    5- Encourager les modes de production et de consommation innovants sobres en énergie et à faible empreinte écologique (économie circulaire, économie collaborative, mobilité urbaine durable, etc.).
    6- Développer une diplomatie climatique de telle sorte à peser  sur les négociations internationales et tirer le meilleur avantage des opportunités qui seront négociées à l’échelle internationale en matière de finance climat, de transferts de technologies, de partage des savoir-faire et des connaissances et de gestion des risques climatiques.

    Les coûts du risque climatique: l’exemple de l’Afrique

    Le continent africain présente des caractéristiques de vulnérabilité très forte aux effets du changement climatique en raison du faible niveau de développement de la majorité des pays du continent combinée à une dépendance accrue des systèmes de production envers les ressources naturelles. Cette vulnérabilité se traduit par des coûts en termes de pertes économiques estimées à l’horizon 2030 entre 1,5 à 3% du PIB africain alors que le continent est peu responsable du réchauffement climatique (source BAD). Aussi, est-il vital qu’un renforcement des capacités d’adaptation des Etats africains au changement climatique soit opéré au plan international.
    Des programmes internationaux ont été engagés depuis plus de deux décennies  incitant à la mise en place de stratégies nationales d’adaptation pour la protection des écosystèmes (forêts, zones humides, ressources marines, etc.) mais dont la mise en œuvre se limite souvent à un catalogue de mesures sectorielles, largement dépendantes de la coopération internationale et de l’appui financier international, souffrant de l’absence d’une approche globale. Alors que les financements requis pour l’adaptation au changement climatique en Afrique sont évalués entre 10 et 20 milliards de dollars par an, les flux actuels de la finance climat vers l’Afrique se situent dans une fourchette de 50 à 100 millions de dollars par an seulement.  A l’horizon 2030, le coût estimé supplémentaire de l’adaptation au changement climatique en Afrique se chiffre entre 52 milliards et 68 milliards de dollars par an (source BAD). Or, les fonds internationaux disponibles à l’échelle mondiale sont estimés à seulement 10 milliards de dollars. Nous sommes donc loin du compte.

     

     

     

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