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    Régions

    Chaouia: Pourquoi le secteur agricole doit se repositionner

    Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:4772 Le 13/05/2016 | Partager
    Réduire les superficies réservées à la céréaliculture
    Doter la région d’un périmètre irrigué
    Encourager les cultures à valeur ajoutée
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    Les agriculteurs de la Chaouia, principalement les céréaliculteurs, ne se font plus d'illusions. Ils savent déjà que cette année leur production sera très en dessous de la moyenne. Certains ont d'ailleurs déjà commencé l'opération de retournement du sol (Ph. JEH)

    Très fortes averses et pluies continues accompagnées de vents violents. La météo n’a pas été tendre ces derniers jours avec l’agriculture dans la Chaouia. Les épis ont été quasiment vidés de leurs grains et les tiges couchées. Les agriculteurs ne se font plus d’illusions: la récolte céréalière cette année sera bien en dessous de la moyenne des cinq dernières années, autant dire catastrophique.
    Aussi, la Chaouia peut-elle encore prétendre au titre de «grenier du Maroc»? Difficile de répondre, du moins dans l’immédiat, à cette question pertinente. Et cela pour plusieurs raisons. D’abord, il a été établi que cette région ne bénéficie d’une bonne et régulière pluviométrie qu’une année sur trois. Ensuite, la mécanisation s’y développe à un rythme très lent. Et enfin la parcellisation des superficies agricoles n’aide pas au développement d’une agriculture moderne.
    Amer constat dans une zone où la superficie agricole utile représente environ 60% de la superficie régionale et s’élève à 933.000 ha. Sa répartition spatiale met en évidence la nette prédominance de la province de Settat avec environ 62% de la superficie agricole utile totale de la région et la concentration des exploitations relativement grandes dans des zones homogènes bien définies.
    C’est connu, le secteur agricole est le principal employeur dans toute la Chaouia. Il emploie plus de 52,6% de la population active de la région. Il constitue ainsi un facteur principal dans la définition du cadre de vie des ruraux. La région dispose de 10% de la superficie agricole utile (SAU) nationale, mais celle irriguée est de seulement 2% de la superficie nationale. Sur seulement 1,4% de la superficie nationale, la province de Settat assure chaque année environ 15% de la production céréalière du pays. Les céréales occupent actuellement 80% de la superficie agricole utile totale de la Chaouia. Les caractéristiques du milieu naturel et l’évolution traditionnelle de l’agriculture font que cette culture domine largement les systèmes de production locaux. Or, si la céréaliculture permet de dégager des productions, souvent jugées comme étant adaptées aux conditions locales, elle ne peut jouer le véritable rôle économique qu’elle est censée assurer. Ainsi, en période de sécheresse, les productions importantes observées lors des bonnes périodes sont ramenées à un niveau de 3 à 10 fois inférieur et ce, durant plusieurs années. Ce cycle se poursuit immanquablement et les périodes de sécheresse ont tendance à devenir de plus en plus longues, avec les conséquences structurelles bien connues aujourd’hui.

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    Le chiffre d’affaires du secteur agricole devrait connaître une augmentation très importante passant de 3,110 milliards de DH en 2010 à 13,290 milliards de DH en 2020. Les journées de travail créées passeront quant à elles de 18.530 journées de travail en 2010
    à 24.460  à l’horizon 2020

    Alors, faut-il réduire les superficies céréalières et encourager les cultures à valeur ajoutée? C’est ce que semble dicter le bon sens en l’absence d’une réelle et véritable stratégie pour développer la céréaliculture dans le cadre des programmes de sécurité alimentaire. Certes, l'agriculture a toujours occupé une place centrale dans l'économie de la région Chaouia et la filière végétale reste largement dominée par les céréales en raison du climat semi-aride. En effet, 73% de la surface agricole utile (SAU) sont réservés à la céréaliculture. Mais cette situation ne peut durer longtemps. A titre d’exemple, pour la saison en cours, l’on s’attend à une campagne bien en dessous de la moyenne annuelle de ces cinq dernières années. Et pour cause, l’absence de précipitations régulières, au moment où les semis en ont le plus besoin. Une question: pourquoi les agriculteurs d’une région qui dispose d’importantes ressources en eau doivent-ils attendre chaque année la clémence du ciel? La région qui ne manque cependant pas de ressources en eau ne profite pas de son potentiel hydraulique en comparaison avec les autres régions. Les apports pluviométriques sont estimés à près de 7 milliards de mètres cubes par an et le barrage Al Massira (35 km au sud-est de Settat) compte parmi les plus grands au Maroc et en Afrique avec une capacité de retenue de 2,8 milliards de mètres cubes. En outre, la région est caractérisée par la présence de deux bassins hydrauliques. Le premier est celui de la Chaouia qui compte deux nappes principales (la nappe phréatique de Berrechid qui s’étend sur 1.500 km2 au sud de la ville de Casablanca et la nappe Chaouia-côtière qui s’étend sur 1.260 km2 sur le littoral). Le deuxième bassin est celui d’Oum Errabiâ. Ce dernier compte une nappe profonde qui s’étend sur 10.000 km2 et la nappe de Khémisset-Chaouia au sud de Settat (800 km2 environ).  Il faut dire que les contraintes, auxquelles fait face l’agriculture dans la région de Chaouia ne s’arrêtent pas là. D’autres, aussi importantes, lui imposent de revoir en profondeur toute sa stratégie agricole. En effet, il a été constaté une utilisation limitée des facteurs de production par rapport aux normes requises, une détérioration et dégradation des terres de parcours, l’absence d’intégration des filières de production et l’insuffisance de l’organisation des producteurs… Pourtant, la région dispose d’opportunités et de potentialités non négligeables. On en cite l’existence d’agrégateurs potentiels, notamment en aval des filières de production, l’abondance de terrains agricoles favorables à l’installation de cultures de terroir et d’autres à haute valeur ajoutée (cultures bio, plantes aromatiques et médicinales, cactus, arbustes fourragers…).  Pour remédier à cette problématique, le plan Maroc Vert pour la région a préconisé plusieurs actions ciblées: intensification et valorisation des céréales, de l’olivier, de la pomme de terre, des cultures bio… et aussi des projets d’infrastructures à la production animale (unités d’élevage avec insémination artificielle, engraissement, abattoirs). A ce titre, les investissements alloués dans ce cadre à la région ont été de 4,2 milliards de DH dont 1,2 milliard d’investissements publics. C’est très peu ont estimé en son temps les intervenants dans le secteur agricole au vu des potentialités de la région et aussi de ses besoins immédiats et futurs. Pas question non plus de construction d’un périmètre irrigué. Le barrage Al Massira doit continuer à desservir presque exclusivement les plaines des Doukkala loin d’une bonne centaine de kilomètres. Bizarre!

    Valeur ajoutée

    L’agriculture moderne dans la Chaouia utilise des techniques intensives. A ce niveau, il s’agit des cultures maraîchères, plus génératrices de valeur ajoutée et d’emplois rapportés à l’hectare (environ 28.000 DH et une soixantaine d’emplois par hectare), de l’arboriculture intensive et tropicale, des serres,… Mais on retrouve aussi les céréales à Berrechid avec une irrigation de pointe: le goutte-à-goutte. La valeur ajoutée est 8 à 10 fois supérieure à celle de la culture traditionnelle, d’où l’intérêt fondamental de réadapter les cultures aux possibilités.

                                                           

    Horizon 2020

    Quelque 295 projets, estimés à 8,79 milliards de DH, sont programmés a l’horizon 2020 dans le cadre du plan agricole régional. Les filières retenues sont au nombre de 7: la céréaliculture, le maraîchage, l’arboriculture (olivier et vigne), les viandes rouges, les viandes blanches, le lait et la cuniculture. D’ici cette date butoir, la valeur ajoutée de la filière végétale passera de 1,91 milliard de DH à environ 5,15 milliards. Dans la filière animale, elle sera de 1,39 milliard de DH contre 945 millions de DH actuellement. L’emploi projeté sera de l’ordre de 72.026 postes stables, soit une augmentation de 212% par rapport à la situation actuelle.
    Cependant, les pouvoirs publics envisagent d’aller plus loin encore. C’est ainsi qu’un plan de modernisation de la filière céréalière a été établi. Parmi ses objectifs, on peut citer principalement la réduction des superficies réservées à la céréaliculture de 681.700 hectares à 569.300 (soit -16%). Cela, dans le but d’étendre les surfaces projetées pour les filières à forte valeur ajoutée, notamment l’olivier dans les piémonts et les cultures fourragères dans les zones arides et connues pour la pratique de l’élevage extensif d’ovins. A travers ce plan, l’on veut améliorer la productivité et par conséquent augmenter la production. L’on ambitionne de passer de 760.000 tonnes actuellement à 1,074 million de tonnes à l’horizon 2020.
    Pour la filière animale, le cheptel est important: 272.500 têtes bovines qui contribuent à 11% de la production nationale. La région est également le berceau de races ovines performantes, notamment le «Sardi» et le «Jaune de Boujaâd» avec 1.784.600 têtes, soit 10,3% du cheptel national. En outre, la région est pionnière dans la filière avicole. Elle fournit, en effet, 28% de la production nationale de viande blanche et 24% de la production d’œufs (607 millions d’unités).

    De notre correspondant,
    Jamal Eddine HERRADI

     

     

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