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    Chronique

    Quand l’axe Riyad-Alger prend feu

    Par Mustapha TOSSA | Edition N°:4762 Le 29/04/2016 | Partager

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres, destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.). 

    N'était-ce la déplorable image qu'offre l'Algérie actuelle à travers un président malade qui s'accroche contre toute logique au pouvoir, la guerre froide que se livre Algériens et Saoudiens aurait pu accaparer les grands titres de l'actualité arabe. N'était-ce l'incertaine guerre de succession ouverte pour trouver un remplaçant à Bouteflika qui écrase l'actualité et les attentes algériennes, ces tensions auraient pu dominer toute autre préoccupation. Cette confrontation politique entre ces deux pays prend des allures d'une rupture de plus en plus clivante. Les raisons de la colère entre Riyad et Alger ne manquent pas. Elles sont certes d'ordre idéologique et anciennes, mais aussi conjoncturelles.  Dans les années noires de la guerre civile algérienne, les militaires algériens avaient souvent coutume de pointer d'un doigt accusateur l'Arabie saoudite comme un pays qui encourage les postures terroristes.
    Des divergences diplomatiques béantes sont apparues entre les deux pays. L'opération de restauration de la légitimité au Yémen, pilotée par l'Arabie saoudite, a été le déclencheur des hostilités. Dans sa guerre contre l'influence iranienne sur son flanc sud au Yémen, Riyad avait mobilisé ses alliés arabes. Tous ont presque répondu à cet appel à la fois politique et guerrier sauf l'Algérie qui s'est dissimulée derrière deux raisons. La première est que la charte de la Ligue arabe est largement suffisante pour résoudre les conflits arabes, ce qui équivaut, pour les Saoudiens, à un refus où l'insolence le dispute à la légèreté. L'Algérie justifie aussi sa non-participation à la

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    Des divergences diplomatiques béantes sont apparues entre les deux pays. Et c’est surtout l’opération de restauration de la légitimité au Yémen, pilotée par l’Arabie saoudite, qui a été le déclencheur des hostilités (Ph. AFP)

    coalition arabe par sa doctrine de non-intervention militaire extérieure défendue récemment sans succès à Riyad par l'envoyé spécial de Abdelaziz Bouteflika, le conseiller ministre d'Etat Tayeb Belaïz. Tentant de justifier cette position, les médias algériens ont eu recours à cet argument: «Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a réaffirmé  que les positions de l'Algérie vis-à-vis de certaines questions sensibles que connaît la scène arabe sont sous-tendues par son legs historique quant à la non-ingérence dans les affaires internes d'autres pays, et ne sont pas, contrairement à ce qui pourrait être perçu, une opposition à des partenaires arabes».
    D'ailleurs, le principe même de cette doctrine montre ses limites mensongers quant à la relation de l'Algérie avec son voisin marocain. Alger ne trouve aucun scrupule à armer les séparatistes du Polisario à les préparer à une guerre d'usure contre le Maroc alors qu'elle prêche à l'international une neutralité et une non-implication militaire comme dogme et ligne de conduite. L'Algérie, pacifique à l'égard de tous les pays mais belligérante à l'encontre du Maroc.
    La seconde raison qui a embrasé la colère saoudienne concerne le refus algérien de cibler le Hezbollah et de le cataloguer comme une organisation terroriste dans le cadre des réunions de la Ligue arabe. L'Arabie saoudite avait fait de cette décision une thérapie décisive pour affaiblir l'astre iranien

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    La visite du secrétaire  d’Etat algérien chargé des Affaires maghrébines, de l’Union africaine et de la Ligue arabe, Abdelkader Msahel à Damas, dimanche dernier, la première à ce niveau depuis le début de la crise syrienne en 2011, fait partie de ce bras de fer entre Riyad et Alger (Ph. AFP)

    qui s'active dans de nombreux pays pour contrer son influence à travers une déstabilisation rampante. Avec cette crise autour du Hezbollah, l'heure de vérité avait sonné. La relation entre Riyad et Alger ne pouvait plus se cacher derrière des apparences trompeuses et de solidarités artificielles. Les deux pays, aussi arabes et musulmans soient-ils, sont en confrontation directe. Leurs divergences historiques sur les prix du pétrole et les volumes de production de l'or noir ont servi de plateforme à leurs divergences politiques. Pour l'Arabie saoudite, Alger a choisi de soutenir son concurrent iranien et ses protégés dans la région. La visite du secrétaire  d'Etat algérien chargé des Affaires maghrébines, de l'Union africaine et de la Ligue arabe, Abdelkader Msahel à Damas, dimanche, la première à ce niveau depuis le début de la crise syrienne en 2011, fait partie de ce bras de fer entre Riyad et Alger. Dans ce contexte, les deux pays sont dans une logique d'affrontement diplomatique direct potentiellement explosive. Cela va se traduire dans les forums régionaux et internationaux par un bras de fer entre les deux capitales. Les crises syrienne, yéménite ou irakienne ainsi que les relations entre les pays arabes, risquent d'en subir les conséquences. L'Algérie a fait le choix d'apporter sa sympathie à la concurrence iranienne. Riyad a pris acte de cette position qualifiée de foncièrement hostile.

                                                                 

    Guerre d’image

    L’air est tout aussi saumâtre entre Paris et Alger. Pour ses «soins périodiques», pour reprendre le communiqué de la présidence algérienne, Abdelaziz Bouteflika a été transporté d’urgence à Genève. Cette fois la polémique ne s’est pas allumée sur l’état de santé  du président agonisant mais sur sa destination médicale. Pourquoi la Suisse au lieu de la traditionnelle France? Ce changement s’explique par la très méchante humeur algérienne à l’encontre de la France suite à la publication par le Premier ministre français Manuel Valls sur son compte twitter d’une photo de Bouteflika, le regard vitreux, absent et hagard, les lèvres pendantes sur un visage de cire et la posture mettant en lumière son grand handicap. Cette photo a fait l’effet d’une bombe.
    L’opinion algérienne, habituée aux ciseaux de la censure et de la communication sous contrôle, n’en revenait pas. Certains médias et responsables algériens accusent Valls d’avoir sciemment voulu exposer la maladie présidentielle pour mieux souligner la vacance du pouvoir.  D’autres sont allés jusqu’à pérorer sur une petite rancune française pour se venger des contrats non signés entre la  France et l’Algérie et qui devraient couronner la visite de Valls comme l’installation de l’usine Peugeot renvoyée sans délicatesse aux calendes grecques.

     

     

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