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Pour une décennie de la femme marocaine

Par Mohamed Saïd SAADI | Edition N°:4748 Le 11/04/2016 | Partager

Economiste, ex-ministre et promoteur du «Plan d’action pour l’intégration des femmes au développement», Mohamed Saïd Saadi est un ancien dirigeant du PPS. Il a enseigné l’analyse économique et le management à l’ISCAE et aux facultés de droit et des sciences économiques de Casablanca et Marrakech. Il est aussi activiste de la société civile et chroniqueur (Ph. L’Economiste)

La marche du Maroc vers l’égalité des sexes a réalisé d’importantes avancées durant la dernière décennie, et ce, grâce à la conjugaison des efforts du mouvement féministe marocain, des forces démocratiques et de l’engagement de l’institution monarchique. Ainsi, d’importants acquis ont été enregistrés sur les plans juridique, politique et social en faveur de l’égalité de genre et de l’autonomisation des femmes. Rappelons-en les plus importants: Nouveau code de la famille (NCF), code de la nationalité, révision partielle du code pénal, amélioration de la représentation politique au sein des instances de prise de décision, meilleure scolarisation des filles. Par ailleurs, les politiques publiques ont été étoffées par l’adoption de stratégies visant à intégrer l’approche genre dans les différents programmes gouvernementaux. Cette dynamique a été couronnée par la constitutionalisation en 2011 de l’égalité entre les hommes et les femmes en matière de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels.
Toutefois, des insuffisances notables sont apparues dans la pratique et ont réduit sensiblement la portée de ces acquis. Ainsi la mise en application du NCF n’a pas empêché l’augmentation inquiétante des mariages de filles mineures et de la polygamie alors que l’accès à la justice reste difficile pour les femmes issues de couches modestes. En outre, on a relevé la lenteur et l’absence de convergence des politiques publiques en matière d’égalité de genre.
Plus inquiétant encore est le manque de volonté politique chez le gouvernement islamo-conservateur de faire des droits des femmes et l’égalité des sexes un axe prioritaire de son action. Ceci est perceptible à plusieurs niveaux. D’abord, des retards importants sont enregistrés en matière de mise en œuvre des dispositions de la nouvelle Constitution, surtout celles relatives à la mise en place de l’Autorité de la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination et du Conseil consultatif de la famille et de l’enfance. Ensuite, le faible intérêt accordé à la question de l’égalité des sexes apparaît dans la déclaration de politique générale qui a consacré à peine une demie page à «la question de la femme». Il a fallu attendre l’année 2013 pour que le gouvernement actuel ressorte des tiroirs  «l’Agenda de l’égalité» dont avait hérité le gouvernement précédent. Cet «Agenda» a d’ailleurs été rebaptisé «Ikram» -pour lui donner une connotation religieuse-  et tronqué d’un de ses volets les plus importants, celui relatif à la diffusion de la culture de l’égalité.

Recul dans les classements mondiaux

Dans ces conditions, il n’est guère étonnant que le Maroc recule dans le classement consacré par le Forum économique mondial au Gender Gap, passant de la 129e place en 2011 à la 139e en 2015.
Pour renverser cette tendance régressive, il est important de changer de cap en vue d’insuffler une nouvelle dynamique à la marche du Maroc vers l’égalité des sexes. A cet égard, nous considérons que la proclamation de «la décennie de la femme marocaine 2016-2026» aiderait à fédérer les énergies et à mobiliser les forces vives de la nation pour réaliser un saut qualitatif dans ce domaine stratégique. Le choix de la décennie comme horizon temporel se justifie par l’ampleur des changements à initier et la nécessité de capitaliser les acquis pour accélérer la marche vers l’égalité des sexes.
Les propositions contenues dans le dernier rapport du CNDH sur l'égalité des sexes présentent les bases de la plateforme nécessaire pour donner corps à ladite décennie, quitte à l’enrichir par les apports des différents acteurs politiques, économiques et sociaux, notamment le mouvement féministe marocain et les organisations de la société civile. Nous souhaiterions quant à nous mettre l’accent sur certains changements que nous considérons indispensables pour réaliser le saut qualitatif recherché. L’autonomisation juridique des femmes doit être prioritaire; elle passe par une profonde mise à niveau du NCF qui devrait instituer l’interdiction du mariage des mineures et la polygamie. L’égalité en matière d’héritage, indispensable à l’édification d’une société basée sur la justice et l’équité, devrait devenir une réalité pour peu que l’on privilégie l’effort de réinterprétation et de recontextualisation des textes religieux (ijtihad).
L’égalité des sexes en matière de droits économiques, sociaux et culturels passe par l’adoption d’une politique économique expansive, loin des pratiques austéritaires qui sont appliquées par le gouvernement actuel, et la priorisation des secteurs socioculturels, notamment la santé et l’éducation. Nul besoin d’affirmer, enfin, que cette nouvelle approche fera du 8 mars de chaque année un moment fort pour évaluer les politiques publiques quant à leur contribution à la mise en œuvre de la plateforme décennale de l’égalité des sexes et initier les actions et mesures correctrices éventuelles.

Contre le patriarcat et les pratiques machistes

Autre mesure à mener, l’action sur les mentalités qui doit être promue grâce à une politique ambitieuse de diffusion de la culture de l’égalité et la lutte contre les stéréotypes sexistes. Un partenariat stratégique avec les médias pour les mettre au service de l’égalité des sexes est indispensable à cet égard. Il est également vital de cibler les hommes pour les sensibiliser aux valeurs d’égalité et d’équité et  faire d’eux un partenaire engagé contre le patriarcat et les pratiques machistes.

 

 

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