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    Analyse

    Une agence de régulation pour le cannabis?

    Par Ali ABJIOU | Edition N°:4742 Le 01/04/2016 | Partager
    Les spécialistes plaident pour le lancement d’une réflexion élargie
    Le cannabis touche à la fois au social, à l’économique et même aux droits de l’homme
    En transformant la plante en dérivés utiles, les premiers gagnants seraient les cultivateurs du Rif
    regulation_cannabis_042.jpg

    La production de cannabis européenne, pour usage médical et industriel est aussi élevée que celle du Maroc, même si la superficie est six fois inférieure, à cause de variétés à plus fort rendement (Ph Herrer)

    Quelle différence entre un joint et une cigarette normale? Rien ou presque, selon les partisans de la régulation du cannabis. Dans le cas du tabac, il s’agit d’une activité dont la culture, la production et la consommation sont régies par la loi, ce qui permet de contrôler son extension et éviter les dérapages. «Cela devrait être le cas de même pour le cannabis», affirme Abdellah Ounnir, professeur universitaire à la fac de droit de Tanger, surtout en ce qui concerne la consommation. Pour ce dernier, qui intervenait lors du colloque international sur le cannabis qui s’est récemment tenu à Tanger, la consommation de haschich relève de la liberté individuelle de chacun et devrait être de la sorte dépénalisée. Ce qui, selon lui, aiderait à désengorger les prisons marocaines dont une grande partie des détenus sont liés à des affaires de consommation de drogue.
    Une réflexion de la même sorte anime depuis plusieurs années divers pays en ce qui concerne le haschich, principal dérivé du cannabis. En France par exemple, le Conseil économique, social et environnemental avait déjà appelé en 2015 à entamer une réflexion sur le sujet des peines liées à la consommation de cette drogue. En effet, la France est l’un des plus grands consommateurs de cannabis de l’Europe et l’un des plus répressifs aussi.

    culture_cannabis_rif_042.jpg

    La culture du cannabis varie d’année en année en fonction des disponibilités en eau mais aussi en fonction de la lutte contre les plantations engagées par l’Etat. Actuellement, la superficie se situe entre 40.000 et 50.000 hectares, le nombre de personnes vivant de cette culture controversée n’est pas connu de manière précise, mais il pourrait atteindre le demi-million de personnes, dont 40.000 cultivateurs. L’essentiel des recettes, plus de 120 milliards de DH issu du trafic de la résine de cannabis, irait dans les poches des barons, trafiquants, les cultivateurs ne recevant qu’une infime partie de ce pactole. La carte ci-dessus, est utilisée dans chaque rapport traitant de la culture du cannabis au Maroc. Elle date de plus de 10 ans et n’a pas été réactualisée, mais elle donne une idée des estimations de superficie dédiée à cette culture.

    Mais la répression a montré ses limites. Dans d’autres pays où le pas de la légalisation a été franchi, les choses ont l’air de bien se passer, même si l’expérience est considérée comme étant de trop courte durée. C’est le cas de l’Uruguay par exemple qui a décidé d’une régulation de l’activité de culture et de consommation du cannabis à la suite d’un large consensus national.
    Au Maroc, il reste du terrain à défricher avant d’arriver à dégager une position commune sur le sujet. Ce n’est que récemment que l’on a commencé à voir ce thème, autrefois banni, surgir sur la scène publique. Les partis de l’Istiqlal et le PAM ont été les premiers à avoir pris la peine de s’y intéresser. Le PAM avait même «osé» en 2014 organiser une réunion à Bab Berred, au fief même de la production de cannabis avec les cultivateurs de cette plante.
    C’est un tout autre décor qui apparaît quand on s’approche de ces travailleurs. Le terme le plus usité pour décrire leur situation à l’époque et même aujourd’hui est liberté surveillée. «Nous nous considérons en liberté surveillée perpétuelle», affirment ces cultivateurs dont certains ont assisté au colloque organisé à Tanger. En effet, ceux qui s’adonnent à la culture du cannabis voient la menace de se voir arrêtés, peser sur leurs têtes telle une épée de Damoclès: «Il suffit d’une dénonciation anonyme et les forces de l’ordre se mettent en marche», font-ils observer. Les dénonciations visent même ceux qui n’ont jamais pratiqué cette culture, devenant ainsi le moyen d’extorsion par excellence dans la région.
    «Le cannabis n’est pas seulement le problème d’une région, mais celui de l’ensemble des Marocains», martèle Ilyas El Omari, président de la Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. L’objectif est, selon lui, de lutter contre la drogue, et non contre les cultivateurs du cannabis qui ne devient drogue qu’après transformation, et dont les autres dérivés multiples sont, eux, «Halal».

    Baraka ouvre la première brèche

    Le Conseil économique, social et environnemental marocain a été le premier à prendre position dans le cadre de la réflexion sur la régularisation du cannabis. Pour le CESE, «La Région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima ne peut continuer à ignorer, pour son développement, les potentialités qu’offre la culture du cannabis», confirmant de manière officielle la légitimité de la réflexion entamée par la Région concernant cette plante. D’autant plus que plusieurs pays d’Europe sont en train de revoir leurs positions sur le sujet et qu’en cas de légalisation, des débouchés importants pourraient s’ouvrir pour la région et pour le Maroc en général.

    L’appel de Tanger pour la dépénalisation

    Les participants au colloque international sur le cannabis et les drogues qui s’est tenu à Tanger ont fait un appel pour la dépénalisation de la consommation de cette drogue. Ils ont aussi demandé à ce que la culture de cette plante ne fasse plus l’objet de poursuites si elle se réalise dans le cadre d’un environnement contrôlé. En outre, lors de ce colloque, plusieurs participants ont émis un vœu pour la création d’une agence nationale pour le développement de cette culture et son contrôle à l’exemple d’autres pays, en Amérique latine notamment. Enfin, un appel a été fait au Roi afin de lancer une réflexion officielle de la part du CESE et du Conseil national des droits de l’homme.

     

     

     

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