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    Reportage

    Au Vietnam, «l’eau c’est la patrie, le riz c’est de l’or»

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4740 Le 30/03/2016 | Partager
    Grâce à son savoir-faire ancestral, le pays est le 2e exportateur mondial du riz
    La riziculture, un levier de développement pour trois quarts de la population active
    La terre cultivable appartient à l’Etat, ce qui permet de faire pression sur les paysans
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    Au Vietnam, du nord au sud, de la baie d’Halong, merveilleux paysage de mer émeraude, au delta Mékong qui, après un parcours de plus de 4.000 km à travers l’Asie, se jette dans la mer de Chine méridionale, les rizières tissent des paysages miroitants. «L’eau est la raison d’être de ce monde…il est synonyme de patrie». «Grâce à l’eau, chaque parcelle de rizière devient parcelle d’or», dit un dicton vietnamien

    Dans la cacophonie ambiante, on glisse, on se frôle, on s’esquive, et on ne s’arrête pas. Quelle est la source de cette formidable énergie, à la fois bouillonnante et tranquille? Inutile de chercher plus loin, puisque toute l’énergie tient dans la paume d’une main. Elle danse au bout de deux baguettes. Elle est toute entière dans un bol de riz. Avalé entre deux livraisons, partagé sur le bout d’un trottoir, ou au coin d’un carrefour, il est le moteur de la vie, l’âme du Vietnam. Pour les vietnamiens, la forme de leur pays ressemble à une palanche, comme celle qui sert à transporter tous leurs produits. A chaque extrémité de la tige en bambou, imaginez deux énormes paniers de riz. L’un est le delta du fleuve rouge au nord. L’autre représente le

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    Le riz, incontournable, omniprésent, même dans les prières... Ici un paquet de riz en offrande dans un temple

    delta du Mékong au sud. La jonction entre les deux paniers remonte à une dizaine de siècles. «Nous allons partager ce pays en deux…vous aurez tout ce qui se trouve au-dessus des nuages, et nous posséderons tout ce qui se trouve en-dessous», disaient les vietnamiens aux tribus montagnardes. Du delta du fleuve rouge, berceau de la nation vietnamienne, s’amorça au début du 10e siècle cette descente vers le sud qui se termina au 18e siècle, aux rives du delta du Mékong.
    Dans ce pays de 90 millions d’habitants, le riz est la céréalière nourricière de tout un peuple. Il occupe plus des trois quarts de la population active. Du charme colonial à Hanoi, passé impérial à Hué, quiétude et histoire à Hoi An jusqu’au dynamisme de Hô Chi Minh-Ville, un point commun: le riz. Un aliment qui se récolte non loin des centres urbains, grâce à ce qu’on appelle, ici, l’agriculture familiale et de société. En 2015, la superficie rizicole au Vietnam a totalisé 4,03 millions d’hectares. Ce qui a permis de produire plus de 45 millions de tonnes de riz

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    Sur la route vers le magnifique site de Hoa Lu aussi appelé le «Ha Long terrestre», le relief rappelle celui de la fameuse «baie du dragon» avec de nombreuses collines calcaires recouvertes d’une végétation luxuriante. Une succession de criques naturelles reliées entre elles par des tunnels creusés par les érosions, à l’image de tout le pays

    (selon les données du ministère vietnamien de l’Agriculture et du développement rural). Ainsi, le pays est le 3e producteur mondial du riz, après la Chine et la Thaïlande. Il est son 2e exportateur après la Thaïlande et devant les USA. Sa culture représente plus de 90% de la production vivrière. Notons que ses cultivateurs ne bénéficient ni de caisse de retraite, ni de cotisation sociale, et plus du tiers d’entre eux vit sous le seuil de la pauvreté, à moins de 2 dollars par jour. Ils ne peuvent même pas s’associer en coopérative. Puisque  toutes les coopératives agricoles ont été liquidées en 1982. Aujourd’hui, en vertu des lois en vigueur, la terre cultivable appartient à l’Etat. Elle est confiée aux agriculteurs pour un délai de vingt ans renouvelables. Une politique qui permet à l’Etat d’imposer sa volonté aux paysans en cas de besoin.
    Mais pour ne pas être emporté par son souffle, le Vietnam doit évoluer. Avec des outils sans âge, mais une détermination sans faille, il se lance dans le nouveau défi de la mondialisation et n’oublie pas la leçon des paysans des rizières.

                                                               

    Le grenier à riz menacé

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    En traversant le pays, du nord «communiste» au sud «capitaliste», le constat est frappant. Le peuple vietnamien vit grâce à l’agriculture et le commerce de proximité qu’elle procure. Le delta du Mékong produit, à lui seul, la moitié du riz du pays. Ce n’est pas un hasard s’il est surnommé le grenier à riz. Grenier qui est désormais menacé par la sécheresse et la salinisation qui s’aggravent. D’où l’appel récent des spécialistes pour protéger cette région des dangers qu’elle encourt, surtout après la chute de la production de plus de 700.000 tonnes en 2015.  Ainsi, la sécheresse et la salinisation deviennent un gros problème non seulement pour cette région, mais aussi pour l’ensemble du pays, car elles menacent la sécurité alimentaire nationale. Pour y remédier, toute la région doit se mobiliser à la construction et à la consolidation des barrages pour endiguer les remontées d’eau de mer au sein des zones rizicoles importantes, comme le quadrilatère de Long Xuyên et la Plaine des Joncs. A terme, le Vietnam devrait travailler avec ses pays voisins, la Chine, le Cambodge et la Thaïlande, en vue de définir des mesures homogènes pour garantir les ressources d’eau douce du Mékong, ainsi que pour mettre en place des actions de lutte contre la sécheresse et la salinisation à un niveau régional. Ce serait peut-être un autre angle de débat lors de la COP22, prévue en novembre prochain à Marrakech.

    Youness SAAD ALAMI

     

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