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    Chronique

    Victoire du FN ou faillite des autres?
    Par Mustapha Tossa

    Par L'Economiste | Edition N°:4665 Le 10/12/2015 | Partager

    Même après ses victoires répétitives,

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale (Ph. M. T.)

    le Front national provoque toujours des frissons dans la presse et au sein de la classe politique. Avec sa percée historique aux régionales, l'onde de choc fut difficile à contenir. Non pas parce qu'elle installe définitivement dans le paysage politique français une force qui produit sans complexe du racisme et de la xénophobie, mais surtout parce qu'elle impose aux autres formations politiques des remises en cause douloureuses et des ruptures imposées.
    Beaucoup d'encre a coulé pour expliquer de manière plus au moins savante les raisons d'un tel tremblement de terre. A commencer par une droite classique dirigée par Nicolas Sarkozy qui, en lançant le fameux débat sur l'identité nationale, a pavé le chemin à la banalisation du discours xénophobe du FN, jusqu'à arriver à l'attitude de François Hollande. Le premier, Nicolas  Sarkozy, a ainsi validé le corpus idéologique et son questionnement identitaire. Le second, François Hollande, a donné du crédit à sa posture et à sa thérapie sécuritaire.
    Les Français, qui prônent l'abstention comme un signe de défi aux différentes administrations de gauche et de droite qui se sont succédé, sans apporter de solutions miracles à leurs malaises sociales et économiques, semblent avoir déserté les urnes. Le FN a su mobiliser et agiter un noyau dynamique et en a  profité pour donner à l'extrême droite ses grandes percées. Il est vrai que la classe politique traditionnelle a beau dénoncer le côté imposteur et vendeur des chimères du FN. Cet angle d'attaque a montré ses limites, non pas que l'opinion est autiste à ce point, mais il paraît difficile de combattre un mirage prometteur des lendemains qui chantent par un échec qui enfonce le pays dans la déprime.
    Cette percée du FN aura un impact majeur sur les écuries partisanes qui se préparent à la grande bataille présidentielle. D'abord à droite. Un grand perdant est déjà montré du doigt. C'est Nicolas Sarkozy. Il était revenu en politique de manière prématurée pour deux raisons. Sauver l'UMP qui partait en lambeaux et faire barrage à l'irrésistible montée du Front national. Il ne réussit ni l'un ni l'autre. L'UMP a changé de nom pour devenir les républicains, mais elle n'a pas changé d'atmosphère où l'heure est aux guerres internes fratricides sur fond de courses à la primaire. Nicolas Sarkozy est certes le mâle de la droite, mais son autorité est contestée. Signe des temps qui ne trompent pas. Dans la bataille de l'entre-deux tours, aucun candidat à droite n'a souhaité sa présence dans ses meetings.

     

    On le fuit comme s'il était porteur de malchance. Un homme qui cristallise les défaites et le rejet. Sa stratégie de "ni retrait ni fusion" avait du mal à être acceptée par des acteurs locaux qui sentent bien le danger d'un raz-de-marée de l'extrême droite.
    A gauche, tout le monde est perdant. Manuel Valls, le Premier ministre en tête. Il était celui qui avait tenu le discours le plus critique à l'égard du Front national au point de proposer des fusions de listes pour faire barrage à l'extrême droite. La poisse de l'extrême-droite a sonné comme un désaveu de stratégie ou au moins un indicateur de son inefficacité. A gauche, Manuel Valls est devenu la grande icône anti-FN. Il est resté fidèle à sa stratégie jusqu'au bout. Dans un élan républicain, il a recommandé à ses troupes de voter, là où les socialistes sont en position de faiblesse, pour les républicains de Nicolas Sarkozy. Cette attitude ne fait pas l'unanimité et est source de tensions et de rupture.  Manuel Valls joue là une partie sensible de son devenir politique. Si les options qu'il propose montrent leur efficacité sur le terrain, il est certain que cela ferait de lui un homme incontournable quand il s'agira de redistribuer les rôles pour les prochaines batailles des présidentielles. Manuel Valls possède un avantage par rapport à François Hollande: le tournant sécuritaire imposé par les attentats n'était pas totalement étranger à son  tempérament et sa conviction. La métamorphose n'était pas aussi éclatante que celle qu'a opérée François Hollande sous la pression des événements.

     

    Inquiétude

    La progression du FN sur la scène politique française et son installation durable comme capable de gérer et de prétendre gouverner sont source d’inquiétude pour les Arabes et musulmans de France. Même si Marine Le Pen avait tenté d’expurger son parti de ses démons antisémites, ce qui lui a valu l’épique bagarre avec son père, Jean-Marie Le Pen, elle a gardé un discours extrêmement agressif  à l’égard des musulmans. Elle les confond volontiers avec les auteurs des attentats terroristes. Son entourage, notamment Marion Marechal Le Pen, n’est pas loin de penser comme le candidat républicain américain Donald Trump qui propose de fermer l’accès du territoire américain à tous les musulmans. A noter que jusqu’à présent les grandes instances qui parlementent régulièrement au nom des musulmans de France ont observé un silence hébété face à ces victoires du Front national. Certains justifient cette posture par le fait de ne pas accentuer le communautarisme musulman qui encourage les envolées du FN, d’autres pour dénoncer l’absence de structures équivalentes au Crif, conseil représentatif des institutions juives de France, qui a pris une position et appelé à bloquer le chemin au FN et à stopper son ascension.

     

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