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    Justice

    Affaire Brissot : Un mandataire pas comme les autres!

    Par L'Economiste | Edition N°:4625 Le 12/10/2015 | Partager
    Un acheteur et deux contrats de vente pour une villa
    Dépôt d’un faux à la Conservation foncière d’Anfa
    Querelle d’avocats et une tête d’affiche au programme

    George Brissot et son épouse Olga Fortunée le jour de leur mariage en septembre 1960 à Casablanca. Médecin de profession, George est né le 16 janvier 1917 à Fès. Marocain de confession juive à l’origine, il deviendra citoyen français. Son épouse, Olga Fortunée Reynaud est chirurgienne dentiste né le 17 août 1916 à Sidi bel Abbes (Algérie)

    L’un des accusés les plus en vue est à la barre. Polo noir et crâne à moitié dégarni, Mustapha Him  se présente devant les juges de la Chambre des crimes financiers de Casablanca. Il est 16 heures 30 mn en ce mercredi 7 octobre lorsque le président, Lahcen Tolfi, entame l’audition du quadragénaire fiché par la justice française comme «commerçant, né le 12 février à Tiznit, marié ayant 3 enfants, pas de condamnation judiciaire et en fuite».  Evidemment, il ne sera nullement question du CV judiciaire dressé le 14 juin 2012 par le Tribunal de grande instance de Paris dans une affaire de trafic de stupéfiant.
    La Cour d’appel de Casablanca est tenue à son tour d’examiner uniquement les faits reprochés par l’accusation et dans un tout autre dossier: association de malfaiteurs, faux et usage de faux, escroquerie et abus de confiance. Ce procès, soulignons-le encore, est devenu l’étendard de plusieurs victimes de spoliation foncière comme la famille Kimia, Ranieri, Reig et Melilli... Même si elles ne sont pas parties au litige (Voir notre enquête du 31 juillet 2015). L’affaire Brissot, du nom des défunts propriétaires d’une superbe et grande villa à la corniche casablancaise, démarre donc par le traditionnel questions-réponses.
    Le président Tolfi interroge l’accusé sur la société Romandie Parc: «Toutes les opérations transitent-elles par les comptes de l’entreprise de promotion immobilière?»
    «En principe, c’est le cas», affirme Mustapha Him en précisant qu’il n’en est «devenu actionnaire qu’en 2008» via le rachat des parts de Lotfi Benzakour. Egalement au banc des accusés, cet «ami de longue date» est l’acheteur présumé de la villa «Rêve de crabe». Him assure n’avoir eu connaissance de l’opération «qu’après la conclusion de la vente à 10 millions de DH et n’avoir (à l’époque des faits) aucune idée sur la situation financière de Benzakour». Invoquant des soucis d’argent, ce dernier a dû revendre le bien au même prix à son associé, Belgacem Laghdaïch.
    Tout l’enjeu est de savoir s’il y a eu d’abord cession de la villa en février 2007. Et si oui, démontrer ensuite qu’Olga épouse Brissot a réellement empoché la somme. Car l’accusation (parquet) reproche à Him et ses compagnons d’avoir entrepris des ventes croisées pour mettre la main sur le bien. Quel rôle a pu jouer l’auditionné? «Celui de mandataire de Benzakour», indique l’accusé  (voir encadré). C’est via ce mandat que Mustapha Him remet au notaire le contrat de vente, le certificat de propriété et celui des impôts. Il a soutenu en revanche qu’aucune pièce n’a été déposée par ses soins auprès de l’administration.
    Quel est l’intérêt de tels détails? Désamorcé toute éventuelle responsabilité en matière de faux et usage de faux. Quoique contestés dans leur globalité, il existe deux contrats de vente dont l’un porte une signature scannée. Comment s’est-il retrouvé à la Conservation foncière d’Anfa?
    «Je ne sais pas», répond calmement l’accusé à ses juges. C’est la même réponse formulée auparavant par le présumé acheteur, Lotfi Benzakour (cf. L’Economiste du 14 septembre 2015).
    Celui qui se présente comme mandataire confirme aussi qu’il est allé à la banque pour se faire payer sur les bons de caisse: 3 sur 5 d’une valeur de 2 millions de DH chacun.
    «Je ne les ai remis au CIH qu’à l’arrivée de leur échéance. J’aurais pu ne pas le faire. Ce qui démontre qu’il n’y a pas eu mauvaise foi de ma part», précise Mustapha Him. Ces fameux bons de caisse sont datés du 4 juillet 2007, leurs intérêts fixés à 3,5% et libellés au nom de Romandie Parc.
    - «Est-ce que l’un des actionnaires avait connaissance de ces titres?», demande le président de l’audience. Tout en prévenant son interlocuteur: «Ne vous laissez pas distraire...» par les vaines et ponctuelles escarmouches des avocats.
    - «J’ai déjà précisé n’avoir accédé à la société qu’en 2008», rétorque l’accusé.
    Son prédécesseur à la barre avait soutenu avoir présenté à son tour des bons de caisse. Selon les dires de Lotfi Benzakour, l’argent aurait été remis en mains propres à Olga épouse Brissot. La vieille dame «l’attendait dans la voiture». Il y a bien une manière de retrouver la trace des 10 millions de DH. On ne trimballe pas indéfiniment une telle somme dans un sac à main! Là n’est pas le plus important. Une autre tête d’affiche est très attendue. Egalement mis en cause, l’audition du gardien de la villa a de fortes chances de virer au grand déballage.

    Au-delà du «Rêve de crabe»

    L’un des accusés, Mustapha Him, se prévaut de sa qualité de «légataire» dans ce procès (voir ci-contre). George Brissot lui aurait légué ainsi qu’au gardien de la villa «tout» ce qu’il «possède en biens meubles, immeubles, droits sociaux tant en fonds et capitaux qu’en fruits et revenus...».  Face au juge, Him assure «n’avoir pris connaissance de ce testament qu’après la mort» de Dr Brissot. L’accusé avance aussi «être l’ami du couple avec qui il s’est lié d’amitié depuis les années 1990». Le présumé testament est daté du 7 septembre 2007. Contesté pour faux, il a été rédigé par le notaire El Arbi El Mouktafi. Lui-même poursuivi dans l’affaire Brissot au même titre que les bénéficiaires du testament en cause. La villa «Rêve de crabe» au cœur du procès ne représente finalement que l’infime partie d’une immense fortune. Dr Brissot, homme d’affaires aguerri, a été notamment propriétaire de la légendaire piscine Eden Rock. Son neveu, Gérard Bénitah, se déclare également bénéficiaire d’un testament rédigé à part et enregistré au consulat de France à Casablanca. Ses adversaires lui en dispute l’authenticité aussi bien au Maroc qu’en France. D’ailleurs l’avocat français de Him a été présent à la dernière audience. Me Emmanuel Mercinier nous confirme «l’existence de deux procédures au pénal contre Bénitah». Ce dernier  a déjà été acquitté dans cette affaire. Un premier jugement lui a également accordé la qualité de partie civile. Mais rien n’est pour l’heure gagné! Un 2e round se joue à la Cour d’appel de Casablanca.

    Faiçal FAQUIHI

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