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    Tribune

    Mettez plus de désordre dans votre management!
    Par Abdelmounim BELALIA

    Par L'Economiste | Edition N°:4617 Le 30/09/2015 | Partager

    Abdelmounim Belalia est professeur de management et stratégie, responsable du Centre d’études et de recherches en gestion de l’ISCAE (CERGI). Ingénieur, docteur en management stratégique, il a été enseignant-chercheur à l’université Paris Dauphine. Il a aussi travaillé dans un cabinet de consulting à Paris spécialisé en management du changement

    En management, il est toujours question d’organisation, d’agencement et d’ordre. Bien gérer suppose la capacité à structurer les attributs organisationnels dans le temps et dans l’espace. L’entreprise reste par ailleurs une organisation; l’étymologie du mot en dit long sur la prégnance de l’ordre dans le management des entreprises. Pourquoi accorde-t-on donc autant d’intérêt à l’ordre? Le désordre n’est-il pas victime des idées reçues?
    Depuis le jeune âge, l’enfant apprend à bien organiser ses cahiers dans le cartable, à faire sa chambre dès que le désordre commence à s’installer et à planifier ses heures de devoirs et ses heures de loisirs. La question qu’on ne se pose jamais est la suivante: qu’est-ce qui arriverait si on ne prenait pas ces mesures? Pourtant, une étude aux Etats-Unis a montré que les gens moins organisés passent moins de temps à rechercher leurs documents sur le bureau que ceux qui sont organisés. Le salarié désordonné passerait en moyenne 36% moins de temps que ses collègues à rechercher un papier ou document. A l’inverse de toutes les idées reçues, empiler les documents en vrac devant soi permet de les garder à portée de main et à les retrouver plus facilement. Einstein incarnait ce désordre avec cette phrase amusante: «Si un bureau désordonné dénote un esprit brouillon, alors que dire d’un bureau vide?».
    Une autre étude publiée par une équipe de chercheurs allemands met l’accent sur la corrélation entre le désordre des collaborateurs et leur productivité. Les plus désordonnés vont droit au but sans s’encombrer des détails d’organisation. Cette même étude va plus loin et aborde le domaine du marketing en considérant que des produits présentés en vrac et sans rangement seraient plus attractifs pour le consommateur et inciteraient plus à l’achat compulsif.
    Il ne faut pas oublier que le désordre a été souvent à l’origine de grandes inventions qui ont changé le monde. Pasteur revenant de vacances longues d’été a inoculé à des poules une vieille souche de vaccin anticholérique. Alexander Fleming a laissé son laboratoire en désordre et au retour il constate l’existence d’une moisissure sur l’une de ses boîtes, ce qui va donner lieu à l’invention de la pénicilline.
    Le désordre dans l’entreprise peut aussi être une source de pouvoir entre les mains de celui qui s’avère moins organisé! Ce dernier est le seul à se retrouver dans son désordre, voire dans le désordre des autres car ses schémas de pensée sont adaptés aux situations moins structurées. Il est au moins sûr que son patron ne puisse pas le renvoyer car personne ne peut le remplacer et retrouver ses documents après son départ.
    Au niveau des organisations, celles ordonnées apparaissent plus propices au développement de la bureaucratie. A force de vouloir tout organiser, les procédures et la paperasse prennent le dessus sur l’efficacité et la performance. Le taylorisme en est un exemple. Poussé à l’extrême, il rend les organisations rigides en limitant la capacité de création des acteurs. Les cercles qualité généralisés à partir des usines Toyota constituent un deuxième exemple. Bon nombre d’entreprises qui ont suivi ce modèle dans le cadre des démarches de TQM (Total Quality Management) se sont retrouvées emprisonnées dans la bureaucratie et l’excès des procédures.   
    Il ne faut pas non plus oublier que l’ordre a un coût dans les entreprises. La grande part des investissements internes va aux plans de restructuration, aux démarches d’organisation et aux programmes de rationalisation des ressources et des pratiques de gestion. Cela sans compter le temps investi pour la réalisation de ces projets qui mobilisent le personnel pour des milliers d’heures de travail. Les entreprises investissent dans l’ordre et l’organisation sans calculer les coûts par rapport aux bénéfices réels tirés. Cette réalité ne va pas changer tant que les managers lient la performance à la lutte contre le désordre.
    Au terme de cet article, le lecteur a le droit de se poser la question sur une thèse du désordre défendue par un professeur qui enseigne les sciences de l’organisation. En réalité, cette conception revient à un professeur de management à la Business School de l’université de Columbia à New York, qui s’appelle Eric Abrahamson. Elle correspond à un livre publié aux Etats-Unis et traduit par la suite en plus de 22 langues dont une version française publiée sous le titre «Un peu de désordre = Beaucoup de profit(s)». J’ai choisi de partager cette vision iconoclaste et différente avec les lecteurs non pas pour les encourager au désordre mais pour inviter à réfléchir au moins à trois enseignements. Le premier est une invitation au rejet de la pensée unique et des idées reçues; les entreprises, les organisations et les sociétés se développent aussi en raison d’acteurs qui ont osé remettre en cause les systèmes établis. Le deuxième se rapporte à la place du désordre dans notre vie. Certes il en faut comme il faut de l’ordre. Toute la question est dans le dosage qui fait qu’une organisation évolue sur la base de structures claires et bien définies tout en donnant aux acteurs la capacité d’action et de création. Le troisième enseignement fait appel à une vision holiste de l’organisation. Cette dernière se développe grâce à une stratégie, une organisation et des pratiques et comportements qui donnent sens aux choix et orientations prises. L’ordre peut concerner la stratégie et l’organisation qui laisseront d’une façon délibérée une place au désordre dans les pratiques pour stimuler la créativité et l’innovation dans l’entreprise…

    Mélanger les salariés pour créer de la valeur

    Même au niveau de la gestion de l’espace, les entreprises ont appris à regrouper les salariés par fonction en mettant par exemple la fonction marketing au même étage. Cela relève du diktat de l’organisation qui fait que les bureaux doivent être organisés dans l’espace à l’image d’un organigramme avec des fonctions séparées et clairement visibles. Pourtant, mélanger les salariés peut être source de combinaisons créatrices de valeur. Mettre les spécialistes de marketing avec ceux de la production peut engendrer de nouvelles techniques de ventes ou de nouveaux concepts de production qui correspondent plus aux attentes des clients. Dans un autre niveau, les réseaux d’entreprises, les clusters ou les zones industrielles qui regroupent des entreprises de secteurs d’activités différents donnent en général de meilleurs résultats. Les entreprises cherchent des clients, des fournisseurs et des partenaires qui, en général, ne sont pas issus du même domaine d’activité. Le mélange des genres a donc des vertus pour les organisations!

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