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    Chronique

    Bachar El Assad, grand bénéficiaire du compromis iranien

    Par L'Economiste | Edition N°:4589 Le 17/08/2015 | Partager

    Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale

    IL y a un homme qui a dû sabrer le champagne le jour où les Iraniens ont signé leur compromis historique avec les Américains. C’est le président syrien Bachar El Assad. Ses médias ont célébré cette signature avec de grands éclats de bonheur et de satisfaction. Cette heureuse tonalité en provenance de Damas a cette singulière particularité, c’est qu’elle se contredit frontalement avec les évolutions militaires sur le terrain. L’armée régulière vit, de l’aveu même du président syrien, une période difficile. Le moral des troupes est au plus bas. Les pertes sont énormes et les abandons du terrain au profit de l’opposition armée dont Daesh est la matrice principale, sont significatifs.
    Et pourtant Bachar El Assad a toutes les raisons d’entonner cet air de victoire propre aux résistants et aux parias. Il se présente à son opinion et à ses alliés  comme le champion qui a su résister pendant quatre ans à la plus dévastatrice des coalitions. Celle-la même  qui a vu se conjuguer en un seul effet de souffle l’expertise militaire des Américains, le lobbying intensif des Européens et la hargne rancunière des pays du Golfe. Qu’il puisse encore tenir relevait déjà du miracle que certains avaient attribué à un mélange de machiavélisme hérité de son père et à une savante exploitation opportuniste du contexte international. Le voilà qui résiste à toutes les bourrasques, malgré les immenses moyens déployés pour le démanteler. Il est vrai que le véritable tournant de la crise syrienne est intervenu lorsque sous la protection et la médiation de Moscou, Bachar El Assad a promptement accepté de mettre son arsenal chimique sous contrôle international. Mais même cette démarche avait pour toile de fond le secret dialogue que l’administration de Barack Obama avait entamé avec les Iraniens dans le Sultanat d’Oman et dont le processus  allait être couronné par l’accord de Vienne.
    Les prémices de cet accord qui avait éclos dans la plus grande discrétion à Oman avaient servi de prétexte non revendiqué aux Américains pour abandonner l’option militaire contre la Syrie.
    La conclusion du compromis a éloigné définitivement le spectre d’une intervention militaire contre le régime de Bachar El Assad. On susurre dans les grands centres de l’analyse politique et sécuritaire en Europe qu’un accord aussi lourd aussi décisif que celui qui met fin à cette guerre froide entre Washington et Téhéran doit obligatoirement contenir des rubriques secrètes qui vont au delà de la simple inspection internationale, aussi ferme aussi minutieuse soit-elle, des sites iraniens pour vérifier leur volonté d’abandonner leurs tentations d’acquérir une technologie nucléaire à usage militaire. Parmi ces rubriques, figurent à n’en pas douter la protection des alliés.
    Les Iraniens n’ont pas passé au moins quatre années à défendre contre vents et marées leur allié Bachar El Assad pour qu’ils le lâchent maintenant qu’ils ont réussi à avoir l’attention et l’oreille des Américains.
    Cette nouvelle situation met certaines diplomaties en porte-à-faux. La France de François Hollande et de Laurent Fabius qui a bâti toute sa stratégie sur l’indispensable départ de Bachar El Assad en mobilisant et ses alliés en Méditerranée et les forces de l’opposition jugées modérées par rapport à l’organisation de  «l’Etat Islamique», se retrouve à pratiquer des circonvolutions diplomatiques qui en disent long sur son embarras. Les pays du Golfe, menés par l’Arabie Saoudite, qui ont mis tout leur poids dans la balance militaire, se retrouvent brusquement à revoir leurs calculs et à réécrire leur stratégie qui intègrent le maintien de Bachar El Assad au pouvoir. Il est vrai que de temps à autre, la diplomatie saoudienne ressort ses classiques antiennes sur le nécessaire départ de Bachar El Assad qui ne peut faire partie de l’avenir de la Syrie pour cause de meurtre de masse contre son peuple comme l’a récemment redit le ministre des affaires étrangères saoudien Adel Al-Jubair. Mais cela manque cruellement de conviction. La récente rencontre sous impulsion russe en Arabie saoudite entre le chef de la sécurité nationale syrienne, le général Ali Mamlouk, et le vice-héritier et fils du roi saoudien Mohammed ben Salman a été perçue comme un grand tournant susceptible de donner une autre physionomie à la crise syrienne et par conséquent au devenir de Bachar El Assad.

    Relation compliquée

    Les pays du Maghreb entretiennent avec la Syrie une relation compliquée qui a subi les soubresauts de la crise syrienne et les grandes hésitations de la communauté internationale face à ce problème. Aujourd’hui, une grande cacophonie marque la diplomatie tunisienne qui ne sait comment annoncer le retour des relations diplomatiques entre Tunis et Damas sans susciter l’ire de ses alliés européens et la polémique au sein même de la classe dirigeante tunisienne. En Algérie, l’approche paraît plus claire et plus cohérente. Cousinage de régimes militaires oblige, se sentant sous les mêmes coups de boutoir des radicaux islamistes, Alger a depuis le début vu d’un très mauvais œil cette opération de destruction du régime syrien auquel la communauté internationale s’apprêtait à se livrer. Pour le Maroc, après avoir un moment flirté avec ce mouvement  «des amis de la Syrie» que Paris voulait mettre en orbite pour influencer la décision internationale sur le sujet, la diplomatie marocaine, prudente, a pris du recul devant les hésitations et les sautes d’humeur des uns et des autres. Rabat semble attendre que la vision des uns et des autres soit plus claire pour prendre position. En attendant, le Maroc semble beaucoup plus préoccupé par le nombre important de Marocains au sein de Daesh que par le devenir du pouvoir à Damas.

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