×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Attentat de Charlie

    «Ce qui nous somme»
    Combattre l’indifférence à la vie

    Par L'Economiste | Edition N°:4589 Le 17/08/2015 | Partager

     (…) Le vingtième siècle n’aura-t-il pas été entièrement voué à l’Indifférence à la vie,

    Du premier coup édité au Seuil, Driss Chraïbi Jaydane, celui de son premier livre, «Le jour venu», porte le nom du grand Chraïbi, celui du «Passé simple».

    à l’apprentissage du consentement meurtrier? Et, si l’on ose l’idée d’un assassinat — industriel — de la Mort, à sa banalisation… Une banalisation à laquelle est venu, très vite, s’ajouter un savant mélange des genres. (…) Ce nihilisme, ce consentement meurtrier, cette indifférence à la vie, qui permettent non seulement de concevoir, mais d’accepter, sans révolte aucune, et si vite, la vulnérabilité et la mortalité de l’Autre. Possibilité donc, d’une véritable géographie de la souffrance, d’une nouvelle et récente impossibilité, affichée, avouée, et savamment dictée, de refuser qu’une douleur, qu’une mort, les dise et les vaille toutes (…)
    Que peut-on penser de l’accommodement, de l’accoutumance, lorsque les Guignols de l’Info s’amusent à nous montrer un Oussama Ben Laden racontant comment  «on coupe une main, puis, on coupe une autre et c’est à chaque fois le même geste» (…) Que penser, aussi, de monsieur Sylvestre (NDLR: Le capitaliste froid des Guignols), riant très fort de la mort de populations entières d’Africains, et s’écriant, hilare, que «C’est ça, le downsizing!». Devant un tel mélange des genres  auquel on donne le nom d’humour (…)  ne serait l’apanage que d’une minorité, mais voulue comme une majorité. Que peut-on penser? (…)
    Oui, la Culture en tant qu’elle est ce qui fonde notre condition d’humains, séparés de nous-mêmes et du Monde, et donc voués à aller les uns vers les autres, en cherchant un sens à et en ce Monde…

    Rassemblement de symboles lors des manifestations pro-Charlie à Paris. «Ne s’étonnera-t-on pas que la commémoration des crimes contre l’Humanité ne se conçoive plus sans un concert pour nous unir autour de l’idée que nous n’oublierons jamais… le nom du chanteur! «Les cérémonies, cimentent mais aussi, dit l’auteur, risquent de préparer le «consentement meurtrier»

    N’est-ce pas dans ce but unique, que nous avons inventé le langage, que nous avons inventé l’art, les traditions, les religions, n’est-ce pas cette condition qui est tout ce qu’est la Culture? Cette chose miraculeuse et savante, qui porte en elle tous les secrets de la préservation de la Vie. Ainsi la Culture est-elle le moyen le plus sûr, au fond, pour continuer d’aimer la vie. (…)

     

    Combattre l'accoutumance

    Alors? Combattre (…) pour que ne nous soit pas ôtée toute la compassion ou rendue inutile la dénonciation que commandent le meurtre d’un Chinois qui se fait tirer une balle dans la nuque, celui d’un homosexuel ligoté que l’on précipite du haut d’un immeuble, celui d’un humain condamné à brûler sur une chaise. Combattre pour qu’il ne soit plus permis de trouver banals, drôles, courants, le démembrement, la famine, le terrorisme… La Fin de l’Homme.
    Les dénoncer, ces formes généralisées de l’accoutumance, de l’accommodement, du consentement actif ou passif à la haine, à la violence, à la cruauté, à l’irruption du Mal. Les dénoncer. Et surtout, refuser de les séparer, tous ces meurtres. Combattre, pour l’empêcher, l’indifférence à la vie.

    Ce que je dois…

    «IL n’est pas de critique de la violence, pas de dénonciation de la cruauté qui, dès lors qu’elles restent partielles et partiales, ne portent comme leur ombre, le risque d’un consentement, actif ou passif, implicite ou explicite, à cette même violence et à cette même cruauté, pour peu qu’elles adviennent ailleurs et autrement»; Le Consentement meurtrier, Marc Crépon; éditions du Cerf 2010.
    (…) dans ce beau livre d’éthique, on devra accepter (la définition) «tout accommodement avec la mort violente, toute accoutumance au meurtre, toute transaction en réalité intenable, avec les principes qui devraient en exclure la moindre acceptation, qu’elles qu’en soient les victimes…»
    Ce sera l’exigence. La voie à suivre. Chemin étroit, pavé d’embûches, bordé d’abîme, cette route, en vérité, c’est celle qui conduit vers un lieu obscur, celui d’où font irruption la cruauté et le Mal. Le Mal et ses nombreuses caches. Et ses masques divers. Ses noms innombrables.
     (Mon texte est l’expression) d’une dette à Marc Crépon pour ce qu’il nous donne comme moyens pour déjouer le Mal. Moyens dont l’usage suppose, (…) de ne pas jouer à je ne savais pas, je n’ai rien vu, rien lu, rien entendu et rien su non plus. Mais, et c’est là ce qui rend optimiste sur le sens du combat et des pensées, semblables à ces dettes, qu’on n’a pas fini d’honorer… (l’on rejoint) Camus, qui dans L’Homme révolté — ce sommet, jamais atteint après lui, de morale — n’aura fait qu’une seule et même chose: nous prévenir contre ce qu’il nomme l’Indifférence à la vie, cause première du Nihilisme.

     

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc