×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Economie

    Jaafar Heikel: Sur le TPA, on a tout faux!

    Par L'Economiste | Edition N°:4589 Le 17/08/2015 | Partager
    La question de fond a été éludée: La rémunération des profs
    Et si les médecins du public réclamaient aussi leur «TPA»?

    Dans sa formule actuelle, le TPA est par ailleurs un épicentre de conflits et de fissures dans la profession

    Universitaire, épidémiologiste, expert et consultant en management des politiques et de gouvernance des systèmes de santé, le Pr Jaafar Heikel a exercé dans les trois secteurs -public, universitaire et privé- et participé à de nombreux projets et réformes au Maroc et à l’étranger. Pour lui, l’approche par laquelle l’on aborde le TPA (temps plein aménagé) de professeurs de médecine est inopérante.
    Le seul fait de restreindre les «piges» des profs de médecine à deux demi-journées dans le privé en occultant la vraie problématique ne résoudra rien, prévient le Pr Jaafar Heikel, universitaire  et expert en management des systèmes de santé. Il faut s’attaquer à la question de fond, assure-t-il, celle de la rémunération et de l’environnement de travail des professeurs. Sinon, les CHU vont continuer à se vider et il va se poser- si ce n’est déjà pas le cas- le problème d’encadrement des étudiants.
    L’application du TPA telle que proposée ne résoudra pas le problème de fond et risque de créer des tensions aussi bien au sein des CHU qu’entre certains médecins du secteur privé, public et leurs confrères du CHU. La philosophie du TPA était pensée intramuros et cela n’a jamais été réalisé. Pour résoudre structurellement ce  problème, il faudrait soit augmenter les émoluments des médecins (chirurgiens dentistes et pharmaciens compris) enseignants  de façon raisonnable sans possibilité d’exercice en dehors des CHU ou alors, implémenter un TPA intramuros dans de bonnes conditions.
    Quelle que soit la solution il faut des garde-fous, une éthique, et surtout la garantie que les jeunes seront formés, les patients bien pris en charge au CHU (TPA intramuros) ou  bien suivis dans le privé (TPA extramuros deux demi journées).
    Que fera-t-on lorsque les médecins fonctionnaires comme leurs confrères enseignants demanderont aussi de pouvoir exercer dans le privé? Si on leur oppose l’argument d’encadrement des étudiants et résidents ils pourront également parler de leur rôle d’encadrant pour les étudiants de médecine de 7ème année en stage dans les hôpitaux périphériques.
    Dans sa formule actuelle, le TPA est par ailleurs un épicentre de conflits et de fissures dans la profession. Les médecins du secteur libéral accusent les profs de leur débaucher leur «clientèle», et ceux du public estiment avoir aussi droit aux mêmes «facilités» concédées aux profs de médecine pour exercer dans le privé. Au sein des CHU, les relations sont plus que tendues entre les profs qui profitent du TPA parce qu’ils ont des spécialités «monnayables» dans le privé et les autres. Un prof de biochimie, d’histologie, de physiologie ou d’anatomie a très peu d’opportunités, voire pas du tout, dans les cliniques privées. A contrario, les profs de cardiologie, de néphrologie, de chirurgie, de traumatologie, etc. peuvent facilement tripler leurs salaires par des prestations dans le privé.
    La régulation des prestations des profs de médecine dans le privé est un vieux serpent de mer qu’aucun gouvernement n’a jamais réussi à maîtriser. Quelles garanties que cette fois sera la bonne? Aucune, tranche le Pr Jaafar Heikel. Qui va s’assurer du respect de deux demi-journées par semaine? Personne.
    Pour l’expert, il faut arrêter de tourner autour du pot sur ce problème du temps plein aménagé. Il n’y a pas trente-six solutions, dit-il. Soit l’on considère les profs du CHU comme des «compétences spécifiques» et dans ce cas, il faut faire tout pour les retenir en leur donnant les moyens et en revalorisant substantiellement leurs salaires. Soit on considère qu’ils sont des fonctionnaires, auquel cas, il faut leur appliquer le même traitement que les médecins du secteur public et leur interdire définitivement de prester dans le privé.
    Est-ce réaliste? L’interdiction de piges des profs de médecine condamnerait plusieurs blocs opératoires dans le secteur privé et pénaliserait d’abord le patient (et donc, la population). Aucun gouvernement ne voudra porter ce chapeau.

    Une carte sanitaire, sauf que…

    EN soi, il s’agit d’une très bonne idée mais vidée de son sens parce que cette régulation a exclu le secteur privé des «numerus clausus». C’est comme si le ministère de la Santé s’imposait à lui même des règles de planification !! Pourquoi, le secteur privé a été extrait de cette carte sanitaire, s’interroge le Pr Jaafar Heikel.
     Par ailleurs la planification n’a de sens que lorsque les données épidémiologiques du pays sont connues car ce sont les principaux indicateurs de politique sanitaire. Or même si le taux de déclaration dans le secteur public est de 100% (ce qui ne peut être le cas même dans les pays rompus à l’exercice) il n’existe pas des données du secteur privé (la moitié des médecins du Maroc) et d’autres secteurs de soins. Des efforts ont été faits pour quelques maladies infectieuses et pour le cancer mais la cartographie épidémiologique des maladies non transmissibles principale cause  de mortalité au Maroc aujourd’hui (près de 60%  des décès attribués) n’est pas connue. Dès lors en quoi la carte sanitaire telle que pensée aujourd’hui est un outil de planification  et de politique sanitaire globale?

    A.S.

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc