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Attentat de Charlie

«Ce qui nous somme»
Salam, Shalom, de la part de votre bougnoulo-youpin

Par L'Economiste | Edition N°:4584 Le 07/08/2015 | Partager

Dans ce monde déchiré par la haine entre Musulmans et Juifs,

Hicham Ayouch, qu’il ne faut pas confondre avec son frère, Nabil, cinéastes engagés tous les deux aux côtés de la liberté, au point d’en essuyer régulièrement quelques désagréments (Ph. HA)

il a fallu que mon père musulman et ma mère juive tombent amoureux. Ah l’amour… Mais ils ne pouvaient pas se contenter de coucher ensemble, il leur fallait aussi avoir un môme: moi! Moitié Juif, moitié Musulman, ou inversement. Imaginez le pétrin dans lequel mes parents m’ont fourré, sans compter qu’il m’a fallu faire deux circoncisions pour satisfaire mes deux communautés!
Je m’appelle Hicham Karim René Ayouch, je suis Juif et Musulman, je suis Musulman et Juif, je suis un Bougnoulo-Youpin!

 

Pourquoi me suis-je auto-étranglé?

Non, vous ne rêvez pas, je suis Musulman et Juif et les deux cohabitent à l’intérieur du même corps. C’est un peu compliqué. Je suis parfois secoué par des crises de schizophrénie identitaire. Pas plus tard qu’hier, j’étais assis sur un banc quand ma partie juive a insulté ma partie musulmane. Cette dernière l’a mal pris, au final, je me suis auto-étranglé sous le regard ahuri des passants.
Nous évitons de parler du conflit israélo-palestinien, car cela finit toujours en pugilat. D’ailleurs, nous évitons de parler géopolitique en général. Nous préférons les choses belles et légères.
Ces derniers jours, moi et mes deux moi-même, avons beaucoup de mal à trouver le sommeil. Pour une fois, nous sommes tous d’accord: quel immense bordel, quel immense gâchis. Pourtant, on a l’habitude de la judéopho¬bie et de l’islamophobie. Cela fait un bail que nos deux communautés sont insultées, chassées, stigmatisées, mais, là, c’est le pompon (…) Tout ça, nous remue beaucoup, moi et mes deux moi-même (…)
Je suis un Bougnoulo-Youpin, je suis Juif, Musulman, Africain, Arabe, Français et surtout je ne suis pas celui que vous voulez que je sois, je ne vous laisse pas le droit de me définir (…)
Je suis encore plus triste lorsque j’apprends que l’un de mes frères a tapé sur l’autre, le plus souvent à cause du conflit israélo-palestinien (…)
Mes frères,(…) ne voyez-vous pas que le pouvoir politico-économique fait tout pour vous diviser? Vous êtes toutes les deux des minorités dans ce pays (France), et vous faites le jeu du pouvoir en vous tapant sur la gueule, là-haut, ils se frottent les mains (...)

Si les Sémites se barrent…

Les véritables racailles, qu’ils soient humoristes, poli¬ticiens, journalistes ou pseudo-intellectuels, se tapent dessus, s’insultent à la télé, mais en réalité, ce sont des alliés objectifs. (…)

Regards difficiles, le 12 janvier à Casablanca, 4 jours après l’attaque contre Charlie Hebdo, lors d’un rassemblement en faveur de la liberté d’expression et contre le terrorisme. Le groupe de L’Economiste avait immédiatement «habillé» ses publications en signe de solidarité. Puis, en France, les messages se troublant singulièrement, le groupe, à regret, a retiré cet habillage

Les caricatures de Mohammed ou les saillies de Dieudonné ne me font pas rire, mais je respecte la liberté d’expression, je suis un créateur et c’est une liberté fondamentale.
Ce que je ne respecte pas, c’est que, sous couvert d’humour, les uns et les autres se vautrent dans une perfide islamophobie et judéophobie, ils soufflent sur des braises pour les transformer en incendie. Au final, chaque communauté se sent lésée, se sent victime d’injustice et chaque communauté reproche à l’autre son malheur. Les Juifs veulent quitter la France, les Musulmans veulent quitter la France, ne déconnez pas, si tous les « Sémites » se barrent, qui va me faire rire ? (…)
Sans Moshe, Mohamed, Ruth, Samira, Ali, Rebecca, Fatima et les autres, la Gaule va me paraître bien triste. Mes frères et mes sœurs, c’est le bougnoulo-youpin qui vous le demande, cessez de croire les mensonges colportés par les médias, les extrémistes, les politiques, cessez de voir l’autre en étranger, car l’autre, c’est vous Quand j’étais petit, on me saoulait, en me demandant toujours, «tu te sens plus Juif ou plus Musulman?» (…).Ça m’a tellement pris la tête que j’ai arrêté de dire que j’étais les deux (…). Aujourd’hui, je suis devenu un homme, je suis devenu un père, il est de ma responsabilité d’être et de transmettre entièrement tout ce que je suis.(…)
Je ne suis ni moitié Juif, ni moitié Musulman, je suis les deux, je suis « un et indivisible », avec ces deux composantes dans la galaxie de mon identité.

 

Nous sommes suicidés…  au porc!

Toi, frère musulman, j’entends ta colère, j’entends ton manque d’amour, j’entends ton sentiment d’injustice, j’entends ta rage d’avoir été mis dans une cage. Ils t’ont inter-dit d’être ce que tu es, ils t’ont interdit de rêver, ils t’ont fait te sentir étranger dans ton propre pays.
Toi, frère juif, j’entends ta colère, j’entends ton manque d’amour, j’entends le bruit des balles qui résonne dans ta tête, j’entends ta peur de marcher dans la rue, de porter ta kippa, ils t’ont interdit d’être ce que tu es, ils t’ont fait te sentir étranger dans ton propre pays.
Ne voyez-vous pas les racines qui vous unissent, ne voyez-vous pas que votre langue est proche, que vos coutumes sont proches, que votre couscous est proche, ne voyez-vous pas que vous avez tous les deux des gueules de métèque ?
Ces derniers jours, moi et mes moi-même sommes déprimés, (…) Nous avons pensé à un suicide collectif. Imaginez les titres: « Un homme, sa partie juive et sa partie musulmane ont décidé de se suicider, ils se sont empiffrés de porc jusqu’à exploser !»
On a finalement laissé tomber: on s’est dit que notre mort allait être récupérée par les vautours médiatiques ou politiques. À la place, on a décidé d’écrire, écrire pour ne pas subir, écrire pour ne pas mourir. Ecrire car, lorsque les canons se taisent, vient le temps de la pensée, de l’imaginaire, de l’Art.
 

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