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«Ce n’est qu’un arrêt sur le chemin du succès»

Par L'Economiste | Edition N°:4558 Le 30/06/2015 | Partager
Notre culture «vomit» l’individu en cas d’échec
Tout est question de perception et de personnalité
Ne jamais s’isoler, oser parler de ses défaites

Abdellatif Salhi, psychothérapeute, professeur de psychologie du travail à l’université de Barcelone: «L’échec n’est rien d’autre qu’une désadaptation à une situation. Mais avec le temps, il est possible de se réadapter autrement»

- L’Economiste: Pourquoi certaines personnes réussissent mieux que d’autres face à l’échec?
- Abdellatif Salhi:
Le sentiment d’échec est inhérent à la personnalité. Chacun de nous débarque dans ce monde avec trois fichiers affectifs: la peur, l’amour et la colère. La peur évolue en fonction du développement de la personnalité et peut mener à l’échec. Ce dernier est toujours lié à un sentiment de frustration. En psychologie, la peur de l’échec c’est simplement la peur d’avoir peur. Mais certaines personnes le perçoivent comme un tremplin vers la réussite.
- Ce n’est finalement qu’une question de perception?
- Nous avons mené une étude à l’université de Barcelone auprès de 170 hommes d’affaires qui ont vécu une expérience d’échec, avec deux groupes. Le premier rassemblait des personnes avec des expériences d’échec répétées et qui ont commencé à développer des comportements bloquants. Le deuxième était formé de profils qui ont réussi après une première expérience malheureuse.    
Le premier groupe se distinguait par des caractéristiques particulières. Ce sont des personnes avec des tendances trop revendicatives de la vie, qui culpabilisent trop, perfectionnistes, sévères avec elles-mêmes et avec les autres, trop critiques, ce qui les confronte au rejet de leur entourage. Elles souffrent, par ailleurs, du syndrome d’infantilisme, elles ont tout le temps besoin d’être assistées et manquent de maturité affective. Leur lien avec la vie est anxieux. Incapables de prendre du recul et fatalistes, elles sont obsédées par l’échec, à tel point qu’elles commencent à voir leur lien avec la réalité teinté d’échec.
- Qu’en est-il du deuxième?
- Ce sont des personnalités dont l’estime de soi est très développée. Elles relativisent les situations, croient au sens de l’initiative, ont le sens du relationnel. Vous savez, face à l’échec, nous avons toujours besoin de l’effet rassurant et sécurisant de l’équipe. Il est important d’oser parler de son expérience à son entourage. Les individus qui recourent à l’isolement comme mécanisme de défense souffrent plus de leurs défaites. D’autant plus que nous avons une culture qui vomit l’individu en cas d’échec, alors qu’il a besoin de réconfort et de soutien. Le milieu familial non plus ne l’accepte pas. Malheureusement, l’obsession de la performance familiale nous pousse à ne pas faire face à l’échec et à nous réfugier inconsciemment dans le déni.
Et enfin, les membres du deuxième groupe sont persévérants. En général, les personnes qui réussissent dans la vie ne sont pas les plus fortes, mais les plus persévérantes.  
- Comment appréhender les situations d’échec?
- D’abord, il ne faut pas oublier que l’échec fait partie intégrante de notre vie. C’est indispensable pour le développement psychologique normal de l’enfant. Ce n’est pas ce qui nous fait peur, mais la manière dont nous le percevons. Dans le monde des affaires, c’est une meilleure source d’apprentissage que les réussites, car il nous permet de prendre conscience de nos potentialités. L’échec n’est rien d’autre qu’une désadaptation à une situation. Mais avec le temps, il est possible de se réadapter autrement. Finalement, ce n’est qu’un arrêt sur le chemin du succès.
Les personnalités qui gèrent mal l’échec pensent d’abord à la réaction des autres. Elles se posent la question du pourquoi et restent cloîtrées dans le passé, toujours à culpabiliser. Selon Freud, elles vivent l’échec même au sein du succès, car elles doutent d’elles mêmes. Les personnes qui réussissent, quant à elles, se demandent comment elles ont échoué, et comment elles peuvent rebondir. Elles sont décidément tournées vers l’avenir.

Avoir le goût du risque

FACE à une situation d’échec, il est recommandé de prendre du recul et de ne jamais en faire une fixation. «Il faut sortir de cette forteresse de l’échec dans laquelle on s’emprisonne en perdant foi en soi-même», insiste Abdellatif Salhi. Il est aussi important de sortir du déni et d’accepter la défaite. «Les personnes qui réussissent sont celles qui n’ont pas peur de l’échec et qui ont le goût du risque», assure le psychothérapeute.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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