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Analyse

Audit: Les dégâts du moins-disant dans le public

Par L'Economiste | Edition N°:4558 Le 30/06/2015 | Partager
La mortalité des petits cabinets en forte hausse
Les plus jeunes praticiens migrent vers le salariat
La profession contrainte à réinventer ses prestations

Abdellatif El Quortobi, président du Conseil national de l’Ordre des experts-comptables: «On ne devrait pas choisir son auditeur parce qu’il est le moins cher

- L’Economiste: A quoi tient la guerre des prix qui s’est durablement installée dans votre secteur?
- Abdellatif El Quortobi:
Parler de guerre me paraît excessif. Cette concurrence par les prix qui s’est développée ces dernières années dans notre métier est inquiétante. Elle sévit essentiellement dans l’audit des établissements publics. Elle est d’abord, et avant tout, la résultante du processus d’achat des prestations en vigueur dans les marchés publics. Le principe de la sélection du moins-disant n’est pas adapté à la nature des prestations intellectuelles, comme pour le reste. Au contraire, il a des effets pervers pour la profession, pour les entreprises publiques et, surtout, pour l’actionnaire (l’Etat). La relation entre l’auditeur et son client est d’abord basée sur les règles d’exercice professionnel, l’éthique et la déontologie... On ne choisit pas son avocat ou son médecin parce qu’il est le moins cher. Cela doit en être de même pour l’expert-comptable.
Le deuxième facteur qui exacerbe cette concurrence, c’est l’étroitesse du marché de l’audit. Beaucoup d’entités qui devraient se faire auditer ne le sont toujours pas. C’est le cas de celles ayant la forme juridique «affaire personnelle» qui brassent des chiffres très importants, des SARL au-delà d’un seuil réaliste (actuellement, celui de 50 millions de dirhams est trop élevé), des associations -sauf quelques exceptions-, des fédérations, des clubs, des collectivités territoriales, etc.
Le marché de l’audit reste trop étroit pour une population de plus de 500 experts-comptables. L’effectif des praticiens a doublé en 10 ans et nous avons actuellement un taux d’accroissement de plus de 10% par an. Le nombre d’entités soumises à l’audit légal, lui, n’augmente pas dans la même proportion.
- Quelles sont les conséquences de la chute des tarifs de prestations?
- Elles sont nombreuses. D’une part, une pression sur la rentabilité des cabinets, ce qui fait qu’il y a une baisse de l’attractivité de la profession. De plus en plus de jeunes diplômés choisissent le salariat car c’est plus «sécurisant». On assiste même à la fermeture des cabinets pour justement migrer vers le salariat...
D’autre part, il y a le risque de baisse de la qualité des prestations, risque auquel nous sommes très attentifs.
- Les missions «traditionnelles» deviennent presque des «commodités».   
- Je ne pense pas... S’il est vrai que ces missions sont bien maîtrisées en termes de méthodologie et de technicité, elles restent des prestations qu’il faut toujours «customiser» en fonction du contexte, de la taille de l’entreprise, du secteur d’activité... Seule la mission de tenue comptable a changé fondamentalement au cours des dernières décennies. En effet, suite au développement des progiciels comptables en particulier, le rôle de l’expert-comptable a radicalement évolué. Cela ne veut pas dire qu’il s’est amoindri, au contraire. En fait, il y a eu un rééquilibrage de son investissement en temps. Il passe aujourd’hui moins de temps à effectuer les traitements de base (saisie, lettrage...), mais se concentre plus dans le contrôle et l’assistance à l’élaboration des comptes. Car l’environnement économique est plus complexe et les obligations légales nécessitent une plus grande vigilance.
- Les départs à la retraite des fondateurs de cabinets «historiques» pose un défi stratégique à votre profession.
- Effectivement. Là, vous mettez le doigt sur une question qu’on peut qualifier de culturelle. Effectivement, nous avons trop peu de cabinets de groupe. De même que la préparation de la transmission ne se fait pas suffisamment à l’avance ou ne se fait pas du tout. Ce qui fait que malheureusement, certains cabinets risquent de perdre leurs valeurs et acquis.
La tendance mondiale dans notre profession aujourd’hui c’est la mise en réseau des cabinets et l’interdisciplinarité. Un travail de sensibilisation et de formation a été fait au cours des derniers congrès notamment. Mais beaucoup reste à faire sur ce plan. L’obstacle étant, le plus souvent, plus d’ordre psychologique que réel.

La pub des cabinets: On y arrivera tôt ou tard!

L’interdiction de faire de la publicité à l’heure du triomphe d’Internet est presque une incongruité pour les experts-comptables. La question est débattue aujourd’hui au sein de la profession. Dans la culture anglo-saxonne, la publicité des cabinets d’expertise comptable a toujours été libre. Le Maroc a copié l’approche française très restrictive qui, elle-même, a été fortement assouplie ces dernières années. Mais ce n’est pas une question simple, concède le président de l’Ordre des experts-comptables. Le produit étant une prestation intellectuelle où certaines valeurs et qualités personnelles doivent rester prépondérantes sur les aspects commerciaux. Dans tous les cas, dit Abdellatif El Quortobi,  nous ne pouvons pas rester en décalage par rapport à l’évolution de la problématique au niveau international. Il va falloir faire évoluer notre cadre législatif.

Propos recueillis par
Abashi SHAMAMBA

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