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Chronique

Daesh, Obama et la force arabe commune...

Par L'Economiste | Edition N°:4537 Le 01/06/2015 | Partager

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres  destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale

Sous impulsion égyptienne, l’idée a été adoptée par les instances de la ligue arabe qui tente depuis le 29 mars dernier de mettre sur pied sa structure et ses mécanismes. Il s’agit de la fameuse force arabe commune destinée à intervenir sur des théâtres d’opération arabes pour anticiper le chaos, s’interposer dans les conflits et éradiquer la menace terroriste. Ce projet a acquis une grande pertinence depuis que l’ensemble de la région est sous la menace déstabilisatrice de l’organisation terroristes l’Etat islamique.
Loin de faire l’unanimité, l’Algérie et le sultanat d’Oman s’y opposent, la faisabilité technique d’une telle force semble à portée de main. La coalition internationale mise sur pied par l’Arabie Saoudite pour mater la progression des Houthis sous parrainage iranien peut être considérée comme un galop d’essai et un premier noyau à cette force. Le grand obstacle qui se dresse devant elle est davantage politique que militaire ou structurel. Il ne s’agit ni plus ni moins que de définir une doctrine politique et sécuritaire cohérente avec des choix de théâtres d’intervention pertinents.
Sur ce plan, deux crises semblent montrer les limites opérationnelles d’un tel projet. D’abord la crise syrienne. Les connaisseurs des arcanes de la ligue arabe la pressentent comme premier possible théâtre d’intervention de cette force. Avec cette lancinante question: Faut-il le faire avec la bénédiction et la participation du régime syrien? Dans ce cas, l’opération légitimation de Bachar El Assad est inévitable. Ou sans lui et la politique du «Régime change» à l’américaine est aux aguets avec ses prévisibles et dangereuses conséquences.
Le seconde crise sur laquelle cette force est susceptible de se déployer est la Libye. Là aussi les ambiguïtés, les hésitations et les divergences sont grandes. Au sein des pays arabes, certains prêchent l’intervention militaire avec enthousiasme, car le chaos libyen a une dangereuse capacité de contagion. D’autres s’y opposent farouchement pour les raisons inverses. Sauf à forcer le destin, une force arabe commune restera impuissance face à l’anarchie libyenne.
Même si publiquement elles ne le disent pas, les puissances occidentales peuvent voir d’un très bon œil la formation d’une telle force arabe. Efficace et bien utilisée, elle peut épouser facilement leur doctrine du moment à ne pas déployer des forces occidentales terrestres au Proche-Orient et accepter que la guerre contre Daesh soit sous-traitée aux forces arabes.   
Même si à aucun moment, ni l’administration Obama ni l’Union européenne n’ont publiquement appelé de leurs vœux la formation d’une telle force, les dernières progressions militaires de Daesh obligent l’ensemble des intervenants sur les théâtres du Proche-Orient à revoir leurs calculs et leurs approches.
Ainsi, Barack Obama et son ministre de la Défense, Carter Aston, n’ont trouvé d’expressions politiques plus dures pour stigmatiser l’impuissance irakienne à juguler les avancées territoriales de l’organisation de l’Etat islamique. Le premier a fait ce terrible constat: si les Irakiens ne sont pas capables de défendre leur pays, personne ne le fera à leur place. Tandis que le second a épinglé avec une rare violence diplomatique le manque de combativité de l’armée irakienne qui préfère fuir devant les groupes déterminés de Daesh plutôt que les affronter. Cette passe d’armes, inédite dans les annales de la relation entre Washington et Bagdad, avait provoqué un grand remous qui avait obligé le gouvernement irakien à monter au créneau et à montrer une méchante humeur et l’administration Obama à procéder à une marche arrière et à se livrer à une posture laudatrice de l’armée irakienne par la voix du vice-président Joe Biden en forme d’excuses. Mais cette pacification de la tension ne clôt pas le sujet. Bien au contraire, elle le relance.
L’idée de la force arabe commune, qui paraît encore très fantaisiste pour les uns, chimérique pour d’autres, est en train de faire lentement son chemin. Au jour d’aujourd’hui, les seules forces physiques qui combattent Daesh sur le terrain sont les peshmergas kurdes et les milices chiites irakien, solidement encadrées par le régime iranien. Ce face-à-face avait suscité des craintes de voir cette guerre contre Daesh se transformer en confrontation communautaire entre sunnites et chiites. Ce qui risque d’en dénaturer les enjeux et de rendre les conséquences de ce conflit encore plus mortelles.

Sommet de Paris

Dans cette guerre internationale et régionale contre Daesh, tous les regards sont fixés sur Paris qui abrite ce 2 juin une rencontre internationale avec la participation d’une trentaine de pays et d’acteurs. L’ambition affichée est de faire le point sur le travail mené jusqu’à présent par la coalition dans sa guerre contre Daesh. De nombreuses voix et non des moindres, aussi bien à l’intérieur de l’administration américaine que proches des milieux atlantiques, se sont levées pour montrer d’un doigt accusateur les limites de la stratégie des seuls bombardements aériens. Ironie de l’histoire selon les uns, plus la coalition bombarde les positions de Daesh, plus cette organisation terroriste prospère et élargit les territoires de son influence. Un des grands défis du sommet de Paris du 2 juin est d’essayer d’imaginer une nouvelle stratégie capable, sinon d’éradiquer Daesh, du moins de le contenir. A ce moment et devant le terrible constat de l’impuissance internationale à juguler Daesh par la seule arme aérienne, se posera avec la plus grande acuité la nécessité de déployer des troupes au sol. Le projet de la force arabe commune, moqué par certains, n’en prendra que plus de pertinence et d’actualité.

 

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