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    Enquête

    Douze ans après les attentats du 16 mai, la menace persiste

    Par L'Economiste | Edition N°:4526 Le 15/05/2015 | Partager
    308 personnes accusées de terrorisme en 2014
    Réforme pénale pour contrer la génération «jihadiste»
    Une société civile qui juge la lutte antiterroriste boiteuse

    S’IL fallait tenter de retracer le cheminement du terrorisme au Maroc, par où commencer?

    Photo prise en avril 2010 lors de l’attentat d’Argana à Marrakech. Sur les lieux du crime, l’ex-ministre de l’Intérieur, Moulay Taib Cherkaoui, en discussion avec un agent de la police scientifique

    Ouahid Moubarak, vice-président d’Espace moderniste pour le développement et la coexistence, renvoie aux années de plomb: «La liberté d’opinion a été confisquée et ceux qui la portent combattus par la violence. Au lieu d’encourager des valeurs telles que la diversité d’opinions, on les a étouffées». Il fallait redessiner la carte sociopolitique des années 1970-1980 et modifier ainsi les rapports de force: soutenir officieusement les conservateurs de tous poils pour affaiblir la mouvance libérale. «La structure de la violence et de l’extrémisme a évolué depuis pour enfanter les attentats du 16 mai 2003…», estime notre interlocuteur associatif (voir encadré). Moins d’un mois après, la loi antiterroriste est publiée au Bulletin officiel. Le ministère de la Justice enregistre de son côté 2.364 affaires judiciaires. Le pic de 2003 ne sera plus jamais atteint. En revanche, il y aura d’autres attentats quelques années après (voir Repères). «D’où notamment l’adoption de la loi contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme», rappelle l’un des avocats ayant plaidé près du tribunal de Salé. Seule juridiction compétente dans les affaires terroristes.
    Malgré la réforme du code pénal (une autre est en cours) et du champ religieux, le risque persiste toujours: 308 personnes accusées de terrorisme en 2014. Elles sont toutes de sexe masculin dont 8 sont de nationalité étrangère.
    Lors d’un Conseil de gouvernement, tenu l’été dernier à Rabat, le ministre de l’Intérieur, Mohamed Hassad, a clairement mis en garde «contre les menaces terroristes qui planent sur le Maroc».

    Les statistiques officielles intègrent le terrorisme parmi les infractions portant «atteinte à la sécurité et à l’ordre public». Vagabondage, mendicité, corruption, constitution de bande criminelle, trafic d’influence, détournement de fonds… figurent dans cette rubrique. La moyenne annuelle de ces délits et crimes est d’un peu plus de 16.300 affaires

    D’où aussi le lancement en 2015 du plan Hadar (Vigilance) qui mobilise également l’armée. La Syrie, l’Irak et le Yémen sont des «foyers de tension» mués en pays-émetteurs.
    Que faire des combattants marocains partis guerroyer au Moyen-Orient? La loi antiterroriste sera amendée pour la première fois pour punir les présumés candidats au «jihad». Le projet de loi, porté par le ministère de la Justice, est au Parlement. Tout un débat constitutionnel est en arrière-plan. Notamment sur la liberté d’aller et de venir… Pour l’Intérieur, la menace est d’autant plus importante que les prétendants à la «guerre sainte» bénéficient de formations aux techniques de combat, aux méthodes de fabrication d’explosifs et de maniement de l’artillerie lourde.
    Au-delà du volet sécuritaire, la société civile reste critique. «La lutte antiterroriste a une forme assez folklorique. A eux seuls, les festivals ne suffisent pas à contrer le danger», s’accordent à dire certaines associations. Promouvoir la tolérance et la diversité demeure un travail de terrain quotidien: écoles, colonies de vacances, établissements sportifs et culturels… «A l’exception des discours royaux et des efforts des forces de sécurité, les élus communaux, surtout, n’agissent pas vraiment pour sensibiliser au danger du terrorisme», estime Espace moderniste pour le développement et la coexistence.

     

    Devoir de mémoire

    ORGANISÉS principalement par la société civile, plusieurs événements commémoratifs sont programmés à Casablanca. Espace moderniste pour le développement et la coexistence tient les 16 et 17 mai son 2e congrès international sous le thème: «Tolérance 100%». L’Association internationale des victimes du terrorisme y sera présente. «Les représentants de la société civile échangent leur expertise dans la lutte contre le terrorisme», déclarent les organisateurs.
     A-t-on vraiment tiré les leçons des attentats passés? «Sur le plan éducatif, les programmes demeurent encore défaillants en matière de sensibilisation, de prise de conscience... La pensée éclairée, rationnelle et scientifique n’est pas assez encouragée pour faire face à l’extrémisme et l’obscurantisme», regrette Ouahid Moubarak, vice-président d’Espace moderniste pour le développement et la coexistence.

    F. F.

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