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    Tribune

    A qui profite la baisse du prix du baril de pétrole?

    Par L'Economiste | Edition N°:4515 Le 29/04/2015 | Partager

    Deux événements majeurs ont marqué le secteur pétrolier depuis

    Omar Elfetouaki est lauréat de l’ISCAE, ancien responsable du département de l’Energie. Il est chercheur dans le domaine de l’énergie et consultant

    le dernier semestre de l’année 2014. Le premier concerne l’amorce de la décompensation des produits pétroliers raffinés liquides qui sera achevée au mois de juin 2015. Le deuxième est relatif à l’effondrement du prix du baril de pétrole faisant passer ce dernier à moins de 50 dollars soit une diminution de 60% par rapport au mois de juin 2014. Un choc pétrolier à l’envers dira-t-on!
    Pour le premier événement, il s’agit plus d’une récupération des droits de l'Etat que d’une véritable décompensation. Les produits pétroliers n’ont jamais fait l’objet d’une vraie compensation du fait que ces produits génèrent des sommes importantes au titre de la TIC et de la TVA. En revanche, cette décompensation permettra aux sociétés de distribution  d’être soulagées du fardeau de la Caisse de compensation. En contre-partie, l’Etat va devoir saisir cette occasion pour exiger de ces dernières d'observer vigoureusement l'application des textes réglementaires, en l'occurrence le respect des normes préservant la qualité des produits d’une part et la constitution des stocks de sécurité d’autre part.
    Le deuxième événement, qui marquera certainement le restant de l’année en cours, devait avoir en principe un effet compensatoire, dans ce sens que toute diminution du prix du baril se traduirait par une baisse  des prix de vente au public des produits pétroliers raffinés. Or les prix  à la pompe ne cessent de subir des augmentations. Alors que le prix du baril avait entamé sa chute au mois de juin 2014, les prix du gazole et du super n’ont connu une petite diminution qu’à partir du mois de janvier 2015. Mais à partir de la deuxième moitié du mois de mars, alors que le baril continu sa chute, les prix à la pompe reprennent à nouveau leur envol pour s’établir à 10,37 DH/l pour le super et 8,69 DH/l pour le gazole durant la deuxième moitié du mois d’avril. Soit une augmentation de 1,4% pour le super et 0,3% pour le gazole. Il est difficile pour le consommateur marocain de réaliser le fait de voir les prix du pétrole brut s'effondrer de moitié alors que ceux à la pompe continuent eux de subir des augmentations!
    A qui profite donc cet effondrement du prix de baril?  En tout cas pas au consommateur marocain.
    Justement, l'instauration du système d’indexation, qui fut l’une des mesures d’accompagnement de la privatisation du secteur du raffinage des produits pétroliers, devait stimuler la concurrence entre la production de la Samir d’une part et le marché pétrolier de Rotterdam d’autre part. Ce qui devait encourager par conséquent les sociétés de distribution à procéder à des importations des produits pétroliers raffinés, si le niveau des prix des produits pétroliers raffinés sur le marché international le permettait. Ce qui donnerait au consommateur la possibilité de profiter des meilleures conditions d’achat sur les plans prix et disponibilité des carburants répondant aux caractéristiques internationales. C’était l’argument principal soutenu par les responsables lors de la  mise en application de la privatisation du secteur du raffinage. En réalité, la Samir continue de vivre confortablement dans son monopole de fait. Et par conséquent, la concurrence n’a jamais joué son rôle de stabilisateur des prix.
    La majorité des sociétés de distribution, ne disposant pas de capacités de stockage suffisantes reliées au port pour mener à bien les opérations d’importation, préfèrent s'approvisionner de la raffinerie locale. Peut-être avec la libération des prix, les sociétés de distribution seront intéressées par ces opérations. Cependant il faudra à ce moment-là, réguler ces importations pour protéger l'outil de raffinage qui reste le garant de la sécurité de notre approvisionnement en pétrole.
    Qu’à cela ne tienne! L’État a institué, en décembre 2014, la commission d’homologation des prix de vente au public des produits pétroliers raffinés. Cette commission est présidée par le ministre chargé des Affaires générales et de la Gouvernance. Elle est composée des représentants du ministère de l’Intérieur,

    Malgré l’effondrement du prix du baril, passé à moins 50 dollars (baisse de 60%), les prix à la pompe reprennent leur envol. Chose que le consommateur a du mal à comprendre

    du ministère de l’Economie et des Finances, du ministère de l’Energie, de l’Eau et de l'Environnement, du groupement des pétroliers du Maroc et de la Samir. Sa mission est d’arrêter le niveau des prix de vente au public des produits raffinés (super, gazole et fuel-oil) suivant l’application de la formule d’indexation.  Les membres de la  commission  semblent maîtriser  leur travail. Mais, quelles que soient leur conviction et leur intégrité, le problème réside au niveau des cotations des prix communiquées par le platt's, dont la spéculation financière influe  énormément sur le marché de  Rotterdam que notre système d’indexation a adopté comme  référence. Il est constaté, en outre, que quand le prix du baril  augmente, les cotations des produits pétroliers raffinés  augmentent  rapidement sur le  marché international. Par contre, quand le  prix du baril  baisse,  les cotations tardent à répercuter la baisse en question. Ce décalage qu’on n'arrive toujours pas à expliquer clairement fait l’objet actuellement des débats privilégiant l’idée d’une spéculation qui enrichirait les groupes pétroliers au détriment des consommateurs.
    Pendant ce temps-là, la commission continue d'une manière  presque machinale à homologuer le niveau des prix de vente au public sans faire référence ni au prix de revient des produits Samir ni au prix du baril de pétrole brut acheté par cette dernière. Ses principaux outils dont elle dispose sont les cotations internationales, la parité du dollar et la structure des prix des produits pétroliers raffinés. A  cela il faut ajouter qu’une simple étude de cette structure  des prix nous révèle que les  charges fixes (la TIC+ TVA+ Marges )  représentent 60 à 65% du prix de vente au public   alors que les  charges variables (le dollar et les cotations)  ne représentent  que  35 à 40% du prix des produits pétroliers raffinés. Les petites variations en baisse ou en hausse influent peu sur le prix des carburants. C’est l’application stricto sensu de la formule d’indexation.
    Dans tout ce système, seul le consommateur reste le grand perdant. L’État perçoit son impôt (la TIC et la TVA), le raffineur et les distributeurs perçoivent leurs marges, le consommateur, par contre, paye les impôts et les marges et supporte les augmentations des prix. L’indexation telle qu'elle est appliquée est une ambiguïté qui entretient superbement une illusion qui pénalise le consommateur et l’économie nationale entière. Notre système d’approvisionnement nous a piégés. Il doit être revu de fond en comble. Comme dirait Cardinal de Retz «on ne sort de l'ambiguïté qu'à son  détriment».

     

    Rôle de modérateur

    ON voit bien que la privatisation du secteur du raffinage, réalisée depuis 15 ans, n’a toujours pas donné les fruits escomptés. L’outil de raffinage national ne nous permet pas de profiter des fluctuations du prix du baril de brut. Finalement, qu’il augmente ou qu’il baisse, le pétrole ne profite pas au consommateur. Il faut se rendre à l’évidence que «le rôle de la Samir n’est pas d’acheter un baril de pétrole moins cher, de le raffiner et de le vendre aux sociétés de distribution à un prix qui permettrait à ces dernières de le vendre à leur tour au consommateur à un  tarif réduit». Son vrai rôle est de satisfaire ses actionnaires. Et c’est le cas également pour les sociétés de distribution. Donc c’est à l’État que revient le rôle de modérateur pour assurer aux sociétés de distribution et à la Samir une bonne rentabilité et permettre au consommateur de profiter de la baisse du prix du baril de pétrole.

     

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