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    Economie

    Standard and Poor’s
    Le Maroc doit garder un œil sur son régime de change

    Par L'Economiste | Edition N°:4515 Le 29/04/2015 | Partager

    Patrick Raleigh, Directeur associé de la notation souveraine chez Standard & Poor’s
     

    Confiance maintenue pour le Maroc. Les principales agences d’évaluation mondiale ont, pour preuve, réitéré les notations BBB- avec perspectives stables. Pour les analystes, l’investment grade permettra au Maroc d’attirer davantage d’investisseurs au vu des opportunités dont dispose le pays. Patrick Raleigh, Directeur associé de la notation souveraine chez Standard & Poor’s, revient sur l’actualité de l’économie marocaine et explique les raisons de la note…
    - L’Economiste : Le Maroc retrouve peu à peu une croissance dynamique et la note reste inchangée. Comment est corrélée la notation à l’économie marocaine?
    - Patrick Raleigh:
    La croissance était un peu décevante sur les dernières années, et est due à plusieurs facteurs à la fois domestiques et extérieurs. Le Maroc est intimement lié aux économies européennes surtout (celles du sud du continent) qui connaissent une certaine mollesse. Au niveau national, le secteur agricole, vulnérable face aux aléas du climat, reste fortement volatile. Cela dit, les perspectives sont plutôt optimistes pour le Maroc. Elles sont portées particulièrement par les métiers mondiaux qui font l’objet de la politique industrielle. Les nouveaux métiers comme l’aéronautique, l’offshoring connaissent une croissance exponentielle. La performance des secteurs historiques comme les banques, les assurances ou encore le textile, parvient à maintenir l’économie à flots. Nous restons confiants. La croissance devrait s’accélérer à l’horizon 2018 pour s’établir à 5%.
    Ceci étant, la note évolue dans le temps selon l’actualité. Nous pouvons changer la notation d’un jour à l’autre suivant les évènements.
    - Bank Al Maghrib vient d’actualiser le panier de cotation dirham. Comment percevez-vous ce changement?
    - Ce changement peut être considéré comme une démarche vers plus de flexibilité dans le régime de change. Les nouvelles pondérations du panier du dirham ont augmenté en faveur du dollar (40%). Ce qui reflète un peu mieux la composition du commerce extérieur où une partie croissante des échanges est effectuée en dollar et ne justifie donc plus le faible poids de la devise américaine dans l’ancien panier du dirham (20%). Cette démarche était attendue depuis longtemps, mais il faut tout de même rester vigilant. On est encore loin du régime de change flottant, le dirham reste arrimé à deux monnaies étrangères. Pour nous, cela diminue la puissance de la politique monétaire.
    Nous prenons en considération les efforts de BAM  pour assouplir le régime de change. Nous comprenons que la banque centrale prenne le temps pour ne pas déstabiliser l’économie nationale et faire fuir les investisseurs.
    - Comment interpréter la notation BBB-?
    - La notation représente un atout pour le Maroc pour attirer les investisseurs étrangers.  Ces derniers s’intéressent particulièrement aux notes d’évaluation. Au vu de ces notations, leur système de régulation restreint l’investissement ou limite la pondération des investissements dans la catégorie spéculative. L’échantillon des investisseurs potentiels suit particulièrement les entités (gouvernement et entreprises) notées dans la catégorie Investissement.
    - La note a-t-elle été effectuée à la demande du Maroc?
    - Certaines notes sont diffusées spontanément pour les grandes économies par exemple (France, Allemagne…) où il est important pour les différents acteurs du marché d’avoir des points de repères. L’évaluation est effectuée dès que nous disposons de suffisamment de données. Mais c’est vrai que dans une grande majorité des cas, les notations s’effectuent, à la demande des émetteurs, le Maroc y compris. En général, les autorités nous facilitent le processus, sans aucune réticence à fournir les informations demandées.
    - Le reclassement du Maroc au Frontier Market peut-il nuire à l’attractivité du marché boursier?
    - Le marché financier marocain a été rétrogradé au Frontier Market pour manque de liquidités. Mais les effets ne sont pas vraiment nuisibles pour la bourse. Au contraire, le Maroc pourrait gagner plus en visibilité. Certains investisseurs sont plus intéressés par le marché frontier. Les placements y sont exposés à l’économie du pays qui progresse plus rapidement que l’économie mondiale.
    - Comment se comporte aujourd’hui l’agence de notation après la crise financière?
    - C’est vrai que durant la crise, la performance de certaines agences de notation était fort décevante. Nous sommes conscients d’avoir attribué de très bonnes notes pour certains produits dérivés qui ont fait défaut. Nous avons, par ailleurs, retenu les leçons de cette crise financière. Les agences y compris S&P ont depuis beaucoup investi pour améliorer les processus. Un énorme travail a été effectué pour mettre en place une “muraille de Chine” entre la partie commerciale et la partie analytique de l’entreprise et ainsi éviter tout conflit d’intérêt. Nous avons également remarqué que la corrélation entre la notation souveraine et les taux de défauts est très étroite. Elle n’est pas parfaite. Des efforts ont justement été fournis dans ce sens pour la renforcer.

    Méthodologie

    En tant qu‘analyste principal pour le Maroc chez S&P, je suis en contact régulier avec les autorités marocaines. Outre les rapports et les études publiés par les grandes institutions, je me rends sur place au moins 1 fois par an. Nous consacrons plusieurs journées pour rétablir le contact avec les autorités mais aussi avec des tierces parties (des journalistes, des économistes, des professeurs d’universités, des opposants..) pour avoir une vision plus large sur la situation du pays.

    Propos recueillis par Aida LO

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