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Chronique

La Libye, un cauchemar méditerranéen

Par L'Economiste | Edition N°:4512 Le 24/04/2015 | Partager

Avec le retour du beau temps,

Spécialiste du monde arabe, Mustapha Tossa, journaliste franco-marocain, est diplômé de l’Institut supérieur de journalisme à Rabat promotion 1986 et du Centre de formation et de perfectionnement des journalistes de Paris. Il participe en 1988 au lancement du service arabe de Radio France internationale. En 1990, il présente l’émission Rencontres destinée aux communautés d’origine étrangère sur France 3, avant d’effectuer des reportages et de réaliser des documentaires dans le cadre de la série «Racines» diffusée sur la même chaîne. Chroniqueur pour Atlantic Radio et L’Economiste, il intervient régulièrement sur les chaînes de télévision françaises et satellitaires arabes pour commenter l’actualité internationale.

les bateaux chargés d'immigrés clandestins en provenance de Libye ont repris leur rythme de croisière. Les chiffres publiés récemment donnent l'ampleur de la catastrophe. En l'espace de six jours, 11.000 immigrés clandestins sont arrivés sur les côtes italiennes, environ 450 personnes auraient péri lorsque leur embarcation avait chaviré. Le HCR a créé une émotion internationale en exprimant ses craintes de voir et de redouter que  sept cents personnes aient pu périr en pleine mer. D'insoutenables images, doublées de tragiques histoires personnelles et collectives, ont remis sur le devant de l'actualité cette sourde et permanente tragédie de l'immigration clandestine en provenance de Libye.
La reprise de ce flux d'immigrants  en direction de l'Europe a eu pour effet immédiat de sonner l'alarme dans de nombreuses capitales européennes. Déjà échaudées par la menace proférée à travers les réseaux sociaux par l'organisation de l'Etat islamique de déverser sur l'Italie un demi-million d'immigrés clandestins, ces pays européens s'interrogent à haute voix sur l'approche à suivre pour lutter contre ce phénomène et protéger leurs pays. Barack Obama reconnaît que «l'Etat islamique» veut très explicitement exploiter le chaos en Libye pour installer une partie de ces hommes là-bas. Au niveau européen, même si le ton politique est à la dramatisation justifiée, la prise de conscience des enjeux d'un tel danger reste inégale entre les pays du nord de l'Europe et ceux du sud comme l'Italie touchées de plein fouet par ces vagues.
Il est vrai que de nombreux pays parient sur la nécessité que de multiples forces antagonistes libyennes puissent parvenir à un accord politique. En visite à Washington, le Premier ministre italien Matteo Renzi a réagi à ces naufrages par une formule parlante: «C'est une mer, pas un cimetière... la seule solution est la paix et la stabilité des institutions libyennes». C'est d'ailleurs tout l'enjeu du dialogue politique libyen sous parapluie onusien qu'abrite actuellement la ville marocaine de Skhirat.
Pour conforter ces situations sécuritaires, le président français François Hollande n'a pas hésité à qualifier les passeurs et les trafiquants d'hommes de «terroristes». Ce qui apparaît aux yeux de tous comme une importante évolution de la sémantique politique européenne. François Hollande faisait sans aucun doute écho aux diagnostics faits par les autorités italiennes pour qui 93% des candidats à l'immigration qui débarquent en Italie ou se perdent en mer viennent de Libye.

 

La quasi-totalité a embarqué dans les ports de Sirte, Derna et Sabratha. Ces trois villes sont tenues par les combattants de de l'Etat islamique. Morale de l'histoire, selon l'approche italienne: «Cela veut dire que les djihadistes ont trouvé là un moyen de compléter leur trésor de guerre en rançonnant les damnés de l'immigration, dont certains viennent d'ailleurs de Syrie».
Une des grandes questions qui demeurent sans réponse aujourd'hui est de savoir quelle va être la réaction des pays européens en cas de non-aboutissement du dialogue libyen et surtout si la situation sécuritaire continue de se dégrader et si le rythme de ces bateaux de la mort continue de déverser sur le côtes européennes les nombreux candidats à l'immigration clandestine?  La solution de l'intervention militaire repoussée par beaucoup sera-t-elle remise à l'ordre du jour?… Il est vrai que les autorités européennes n'envisagent même pas l'hypothèse d'un échec. Mais le ton est déjà à l'indignation comme le dit avec pertinence la diplomatie italienne à propos de la Méditerranée: «Une mer qui fut autrefois le berceau de nos civilisations et est en passe de devenir la fosse commune de nos lâchetés».

 

Crise humaine

Les multiples réactions ont fusé dénonçant aussi bien la dramatique évolution d’une telle crise que l’impuissance de l’Union européenne à trouver une solution aux origines du mal. Federica Mogherini trace les contours de l’ambition européenne: «Nous devons sauver tous ensemble des vies humaines, comme nous devons tous ensemble protéger nos frontières et lutter contre le trafic d’êtres humains».
Un autre son de cloche est en train de se répandre dans les débats autour de cette crise, celui qui consiste à interroger les politiques et les choix économiques et militaires des pays occidentaux comme le souligne Jean-Luc Mélenchon, l’icône du Front de gauche français: «Ce sont les politiques européennes d’ouverture des marchés qui ruinent les agricultures et les industries locales, si bien que les jeunes gens n’ont d’autre espoir que de se tourner vers la ville, et vers l’immigration. Ensuite, nous sommes responsables parce que nous provoquons des guerres qui mettent des milliers de gens en mouvement de tous côtés, et que là où il y a la guerre il n’y a plus aucun contrôle des franchissements de frontières. C’est le cas de la Libye».
Un sommet européen est en cours de préparation pour décider des mesures à la hauteur des enjeux de cette crise humaine. Il aura le choix entre une thérapie minimaliste qui consiste à renforcer le dispositif de sauvetage des naufragés, solution déjà critiquée par certains qui la considèrent comme un appel d’air et un encouragement aux candidats à l’immigration clandestine, ou des solutions politiques et militaires qui essaient de traiter la crise à sa racine géographique qui se trouve en Libye. Cela passe forcément par le démantèlement des réseaux des passeurs et des trafiquants mais aussi par la «fermeture», par voie de solution politique ou militaire, de ce terminal libyen qui exporte autant d’immigrations clandestines en direction de l’Europe, depuis que la digue a sauté avec la chute de Mouammar Kaddafi.
 

 

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