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Culture

Théâtre: «Dialy», des mots pour le dire

Par L'Economiste | Edition N°:4508 Le 20/04/2015 | Partager
Une représentation unique à l’IMA
Une pièce controversée au Maroc
Le public s’est déplacé en nombre

 C’est dans une salle comble qu’a eu lieu la représentation de la pièce «Dialy». Le texte est basé sur les témoignages -récoltés pendant sept mois- de 150 femmes marocaines, issues de toutes les classes sociales, sur leur rapport à leur intimité et leur vie sexuelle

Des petites culottes pour seul décor. La scène s’ouvre sur une corde à linge à laquelle pendent toutes sortes de sous-vêtements féminins. De toutes tailles, de différentes couleurs et matières. Comme si la petite culotte disait tout de la vie d’une femme, que ce petit bout de tissu était, pour elle, le seul lien avec son intimité. Le samedi 12 avril dernier, la controversée pièce de théâtre marocaine Dialy («Le mien») était enfin présentée à l’IMA (Institut du monde arabe) pour une seule et unique représentation. Et le public n’y est pas resté indifférent. Pour preuve, l’auditorium de l’IMA affichait complet. Devant 400 personnes, dont le président de l’Institut, Jack Lang et la très remarquée ministre de la justice, Christiane Taubira, les trois talentueuses comédiennes sur scène, Amal Benhaddou, Farida Elbouazaoui et Nouria Benbrahim, ont raconté pendant plus d’une heure, une histoire de la sexualité féminine marocaine. Le texte de la pièce est basé sur les témoignages -récoltés pendant sept mois- de 150 femmes marocaines, issues de toutes les classes sociales, sur leur rapport à leur intimité et leur vie sexuelle. La maroco-japonaise, Maha Sano, les a ensuite réécrits pour les intégrer à la pièce. Avec pour fil directeur, tous les petits noms (35 ont été répertoriés) que les familles utilisent pour surnommer le vagin, jusqu’au moment où il faut le nommer par son nom: «Taboun».
Jouée en arabe dialectal, et surtitrée en français, Dialy, par le récit de conversation de femmes, passe en revue toutes les étapes de la vie d’une femme, de son enfance où elle veut uriner debout comme ses frères, ses premières menstruations avec leur cortège de douleurs et de non-dits, la sacro-sainte virginité à la fois objet de convoitise et de stigmatisation, qui cristallise, à elle seule, l’honneur de la tribu. Et cette satanée culotte qu’elle a du mal à enlever même durant sa nuit de noces, devant un mari qu’elle n’a pas toujours choisi, et si fièrement exhibée le lendemain, tachée de son sang, pour bien prouver sa bonne moralité. Le tout dans une assourdissante solitude, où la femme est étrangère à elle-même, à sa propre anatomie. Le point fort de la pièce réside, sans doute, dans le fait d’avoir rendu cette réalité dicible et audible. Dénoncer l’absence d’éducation sexuelle, l’absence de discours sur le corps féminin aux principales intéressées et l’hypocrisie qui entoure le sujet. Chacune peut se reconnaître à un moment ou un autre du récit, tant la pièce explore certains pans de la mémoire collective marocaine. La troupe du théâtre Aquarium, basée à Rabat, a abouti à la création de cette œuvre, présentée pour la première fois à Rabat, à l’Institut français, en juin 2012, celle-ci a ensuite été présentée 27 fois en trois ans, à Casablanca, Fès, Rabat et Marrakech, mais uniquement dans des associations ou des missions culturelles étrangères.

De notre correspondant

                                                                               

Les comédiennes s’expriment

 

- N’avez-vous pas le sentiment de traiter de thèmes déjà connus de tous?
- Amal Benhaddou:
C’est vrai, ce sont des thèmes connus, mais qui restent tabous. Et surtout l’originalité est que cela n’a jamais été traité artistiquement. De même ici, les Français ne connaissent pas forcément nos traditions et nos coutumes.
- Ne craignez-vous pas, justement, de donner un point de vue arrêté sur le Maroc au public français qui ne connaît pas le pays?
- Nouria Benbrahim: Le fait d’être des actrices et de parler de cela en toute liberté sur cette scène, à l’Institut du monde arabe, devant 400 personnes dont la moitié sont des Français, prouve que le Maroc n’est pas tout à fait et uniquement les personnages que nous représentons sur scène. Au Maroc, il existe des conservateurs qui n’osent même pas penser ou parler de ce sujet et ceux qui veulent en discuter en toute liberté et transparence.
- Amal Benhaddou: Parler de tels sujets sur scène est une évolution en soi, et démontre que notre pays a beaucoup changé.
- Farida Elbouazaoui: Le débat qui a souvent lieu après chaque représentation est aussi un avantage. Comme cette femme qui demandait si ces coutumes existaient toujours au Maroc. Nous avons essayé d’expliquer que c’était le cas dans certains endroits mais plus dans les grandes villes.
- Quel est le message que vous souhaitez faire passer à travers cette pièce?
- Nouria Benbrahim:
Je pense que dans l’art, nous ne sommes pas toujours là pour apporter des messages ou des réponses. Mais justement pour mettre l’accent sur des choses que nous voulons voir évoluer. Le Maroc est en mouvement sur plusieurs plans, mais en contrepartie, il y a des situations qui ne bougent pas. Nous poussons les gens à réfléchir, à changer leur manière de voir les choses. Si la solution ne vient pas de nous-mêmes, et que nous n’essayons pas de changer notre esprit, nous ne pouvons pas changer le monde, la solution ne peut pas venir de l’extérieur, ni être imposée.
- Amal Benhaddou: La plupart des gens n’ont pas l’habitude de réfléchir et de parler de ce sujet qu’est le vagin. Cela a aussi été le cas même pour nous, alors que nous sommes pourtant des comédiennes professionnelles. Au début, cela a été extrêmement difficile d’accepter le sujet et de décider laquelle d’entre nous prononcera le mot «Taboun» sur scène en face d’un public composé également d’hommes.
- Farida El bouazaoui: Je crois qu’une pièce pareille cherche à mettre la femme en conscience de ce qu’elle a. Etre consciente de son corps, parce qu’on ne lui en parle jamais, qu’elle l’accepte avec tous ses défauts, qu’elle l’aime et qu’elle soit fière d’elle-même.

 

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