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Chronique

Les nouveaux défis des économies du XXIe siècle
Par Driss GUERRAOUI

Par L'Economiste | Edition N°:4506 Le 16/04/2015 | Partager

Driss Guerraoui est professeur à l’Université Mohammed V Agdal Rabat et est membre du Conseil international d’action sociale

Les économies du XXIe siècle connaissent des mutations notoires impulsées par une dynamique de transformation qui touche toutes les dimensions des systèmes productifs nationaux aussi bien dans les pays développés que dans les pays émergents et ceux en voie de développement. Ces mutations génèrent de nouveaux défis correspondant à des réalités économiques, financières,  commerciales, managérielles et technologiques que les interdépendances produites par la mondialisation des structures productives et la globalisation-libéralisation des échanges élèvent au rang de défis qui impactent  tout le système actuel de l’économie mondiale.
■ Maîtriser  la complexité
Le système de l’économie mondiale connaît de façon accélérée l’avènement  d’une vraie ère de la complexité. Le trait le plus marquant de cette complexité réside dans le fait que les systèmes productifs nationaux de par le monde évoluent à l’heure actuelle et de façon soutenue dans des situations  d’obsolescence rapide des savoirs, des savoir-faire, des qualifications, des métiers et des technologies. La conséquence de cet état de fait est la fin des droits acquis et le changement permanent des déterminants de la compétitivité. Cette réalité met les nations, les entreprises et les territoires devant la nécessité de gagner la compétitivité au jour le jour, avec la complexité organisationnelle, managérielle et technologique que cette nouvelle donne impose.
Cette situation met les entreprises, les nations et les territoires  devant un défi majeur, celui de s’engager dans des stratégies permanentes d’innovation et de recherche, de renouvellement continu de leurs compétences et de promotion de la veille stratégique et technologique pour accompagner cette nouvelle réalité  de l’activité productive et des échanges, que la raréfaction des ressources met de plus en plus à rude épreuve.
■ Gérer la rareté
Les économies et les sociétés de ce début du XXIe siècle connaissaient l’émergence et le développement de trois formes de rareté. La première est celle des ressources naturelles, et surtout de leur surexploitation par des entreprises, des collectivités territoriales et des Etats peu soucieux des questions liées à la conservation, la protection et le renouvellement des ressources naturelles et peu attachés à la préservation des intérêts des générations futures.
La deuxième forme est celle de la raréfaction des ressources financières pour soutenir la croissance et répondre aux impératifs de la solidarité. Cette raréfaction, qui demeure somme toute relative selon les pays, mais qui domine toutefois tout le système de l’économie mondiale, est due principalement à une rationalité plus spéculative que productive portée par quelques grandes firmes, quelques groupements régionaux et quelques puissances économiques et financières. Elle s’est traduite par un phénomène inédit où tout se passe à l’heure actuelle comme si toutes les nations ont épuisé les principales sources de financement de la croissance qu’offrent l’endettement, la fiscalité et la rationalisation des dépenses publiques.
La troisième forme de raréfaction, certainement la plus «pernicieuse» est celle des ressources humaines d’un niveau d’excellence, de compétence et de créativité à la mesure des défis qui sont lancés aux économies et aux sociétés du XXIe siècle. Cette forme de rareté, qui reste elle aussi relative selon les pays,  est due à la crise profonde de l’école et à la faiblesse des systèmes nationaux de recherche scientifique, technologique et d’innovation qui mettent à leur tour les pays concernés devant des difficultés croissante à produire des élites et des compétences. Cette nouvelle ère  de la rareté fragilise les Etats-nations et leurs économies et les inscrits dans une véritable situation d’insécurité.  
■ Gouverner  l’insécurité
Les sociétés et les économies du XXIe siècle  évoluent de plus en plus dans un environnement marqué par la montée des aléas, des incertitudes et des risques de toute nature. La conséquence est l’aggravation de l’insécurité, notamment économique des Etats, des entreprises et des territoires.  
Fait important à signaler à ce sujet, la gouvernance de l’insécurité  va se complexifier davantage dans le futur. Car le monde va connaître le développement et l’aggravation d’une  nouvelle génération de guerres.  La guerre des ressources naturelles, notamment autour de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation. La guerre des nouvelles technologies, qui s’est déjà installée, portée par l’exacerbation de la compétition autour du savoir, de l’intelligence, y compris  artificielle, du génie, de l’innovation, de l’information et la communication. Enfin, la guerre des valeurs en liaison avec la révolution numérique, dont les prémices semblent d’ores et déjà s’installer pour prendre la forme de véritables guerres des religions et des civilisations.
Il découle de tous ces risques potentiels l’exacerbation de la course vers la maîtrise de ce qui reste comme ressources naturelles, mais aussi celle de la maîtrise de l’espace et des sciences du vivant à la fois humain, végétal et animal.   
En l’absence d’une réponse collective coordonnée et juste de la part de la communauté internationale, cette nouvelle génération de guerres constituera une menace pour la paix et la sécurité dans le monde, pour la prospérité économique, le développement humain durable des nations. C’est pour cette raison  que l’on peut qualifier d’«existentielle» que la réforme de tout le système des Nations unies, et à sa tête celle de la composition du Conseil de sécurité devient impérative et urgente.  
■ Développer les territoires
Aussi paradoxale que cela puisse paraître la mondialisation des entreprises s’accompagnent aujourd’hui d’un regain d’intérêt  pour les territoires et pour la gestion de proximité.
Aussi assistons-nous à une situation inédite en économie où d’un côté, ce sont les territoires qui deviennent les vrais faiseurs des entreprises et d’autre part, les déterminants  de la compétitivité sont en train de changer de nature. En effet, celle-ci  se  déplace progressivement d’une compétitivité autour des prix et de la qualité des biens à celle qui met en avant la capacité des territoires à offrir les facteurs d’une gestion de proximité efficiente assurant une grande mobilité aux acteurs par un réseau de transport  et de communication dense, un climat institutionnel des affaires approprié, notamment l’effectivité du respect de la loi, de la justice, des conditions de la concurrence loyale, des incitations fiscales, de la souplesse administrative, en sus de l’existence de  systèmes de formation et d’information développés, et de structures favorisant les capacités  d’innovation pour les entreprises. Pour toutes ces raisons réunies, d’un côté la géo-économie devient une  variable déterminante dans les stratégies d’implantation, de délocalisation et de co-développement des entreprises  et de l’autre l’intelligence économique territoriale devient un facteur clé de la compétitivité des nations.
Cette tendance va s’affirmer avec force dans les 10 prochaines années où nous allons assister à deux phénomènes concomitants. D’une part, un nouveau rapport va s’établir entre les territoires urbains et les territoires ruraux,  puisqu’en 2030  plus de  60% de la population mondiale  vont vivre dans des espaces urbanisés. D’autre part, l’émergence de villes d’un type nouveau de plus en plus grandes et de plus en plus complexes à gouverner. Les entreprises et les territoires doivent donc tenir compte de ces évolutions inéluctables en mettant l’intelligence collective, le réseautage collaboratif et le génie de leurs acteurs au service de la promotion et du développement de véritables pôles urbains intelligents, compétitifs, inclusifs et durables.

Répartir équitablement la richesse

SI les nations se sont beaucoup enrichies depuis la Deuxième Guerre mondiale, jamais les inégalités sociales, territoriales et en termes de genre n’ont été aussi criantes, tant à l’intérieur des nations qu’entre elles. Ainsi, selon le rapport de 2014 du Programme des Nations unies pour le développement, il y aurait dans le monde quelque 1,2 milliard de personnes, soit 22% de la population mondiale qui vivent avec moins de 1,25 dollar par jour. Selon ce même rapport, si on augmente le seuil de la pauvreté à 2,50 dollars  par jour, le taux de la pauvreté mondiale passe à environ 50%, soit 2,7 milliards de personnes pauvres dans le monde. Selon d’autres sources fournies par l’OCDE, en 2014  1% de la population mondiale possèderaient  48% des richesses (in Revue «Problèmes Economiques» n° 3005 de février 2015, p. 6). Les inégalités ne concernent pas uniquement les pays en développement et émergents. Elles touchent également les pays développés. Ainsi selon cette même source, dans la zone de l’OCDE, le revenu des 10% de la population la plus riche est 9,5 fois élevé que celui des 10%  les plus pauvres (idem p. 5). La conséquence de cet état de fait est le blocage de la mobilité sociale un peu partout dans le monde, la crise du lien social et du vivre ensemble, l’émergence de nouvelles formes de violences sociales, la prolifération et la diversification du secteur informel, le développement de l’économie du crime et des activités illicites, et l’exacerbation des pressions migratoires internes et externes.
C’est pour cette raison que l’intégration de la répartition de la richesse dans les politiques publiques doivent être au cœur des nouvelles priorités de la communauté internationale dans le cadre de l’agenda post-2015.

 

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