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    Chronique

    Education: Gare à la flagellation!

    Par L'Economiste | Edition N°:4505 Le 15/04/2015 | Partager

    Après une carrière de vingt ans en tant qu’opérateur privé de l’Education scolaire et universitaire, et président fondateur d’associations dans l’enseignement et le Conseil en formation, Abderrahmane Lahlou a fondé ABWAB Consultants, spécialisé dans l’Education et la Formation. Il est expert auprès du Groupe Banque Mondiale pour le programme e4e au Maroc, et expert agréé auprès de la BID. Il réalise également des études pour le compte de ministères et d’organismes privés nationaux et internationaux dans les trois domaines de la formation universitaire, professionnelle et scolaire. Il est conférencier international en management, économie et éducation, et professeur visiteur dans des universités françaises

    Dieu merci, la flagellation est inconnue dans notre tradition sunnite. Il s’agit de supplice que s’infligent les adeptes d’une cause ésotérique en se donnant de sanglants coups de fouets, en mémoire de la souffrance de leur idole. Rassurez-vous, je ne sortirai pas du sujet de l’éducation, du moins pour cette fois-ci. Je ne sais pas si l’image de l’idole sied, pour la circonstance, à notre  système scolaire, mais il ne fait pas de doute que celui-ci est devenu le martyr de la nation. Sa souffrance n’a d’égale que l’incapacité à le redresser. Alors faut-il pour autant se faire violence en le descendant en toute occasion, le dénigrant systématiquement et en le clouant au pilori?
    Depuis quelques semaines, c’est à un véritable rituel de flagellation que se livrent les responsables, les associations et la presse autour des piètres résultats de l’école et de l’université. Tout le monde y met du sien. Un jour, on ressort du tiroir les résultats d’une étude de l’Usaid, menée en 2012, dans une région dont on ne peut dire qu’elle est favorisée, Doukkala-Abda, qui conclut que «34% des élèves de 2e année du primaire n’ont pas pu déchiffrer des mots inventés qui leur ont été soumis, et 33% n’ont pas pu lire un texte en arabe à haute voix. En matière de compréhension écrite d’un texte qu’ils ont dû lire, plus du tiers (36%) n’y ont rien compris et n’ont pas pu répondre aux questions posées». Un mauvais enseignant, encore lui, aurait lâché: «Hmaar»! Dans la foulée, le ministre en charge du département fait l’annonce que 76% des élèves sont toujours analphabètes après avoir passé 4 ans au primaire. Elle eut l’effet d’une bombe, qui a fait dire aux médias que le système continue à sombrer. Nous sommes nuls! Plus tard, des associations et des «critiques littéraires» de notre éducation continuent à s’agripper aux tristement célèbres scores obtenus dans les tests PIRLS et TIMMS par le Maroc, avant dernier de la classe: la Berezina!
    Il n’y a pas longtemps, le Maroc, sortant d’une époque de black-out sur l’information et d’auto-censure intellectuelle, se pavanait légitimement de rapports et études extrêmement lucides et courageux sur l’état de l’éducation. Nous avions tous salué l’étude du cinquantenaire de 2006, le rapport diagnostic du Conseil supérieur de l’enseignement de 2008, et le discours de conscience tenu par les responsables, promptement convertis à l’autocritique. Mais aujourd’hui, comme emportés par cet élan, les performances du système, il faut l’avouer, n’aidant pas, nous nous sommes collectivement transformés en Cassandres et autres oiseaux de mauvais augure. Cesser de croire que tout va bien est une chose, mais s’acharner sur l’école et l’université jusqu’à faire perdre espoir est plus qu’anxiogène pour les acteurs du système. C’est mortifère pour leur motivation. Ce que l’on a tendance à oublier, c’est justement que dans le système, il y a des acteurs, qui ont eu également leur lot «de compliments» dans les diverses autopsies. Ces enseignants que l’on stigmatise, non sans mobile, disons-le, dans quel état les avons-nous mis? Ils ne peuvent pas continuer à aller à l’école uniquement pour le salaire.
    Dans ce secteur plus que tout autre, on a besoin de croire en soi, en son embarcation, on a besoin d’être secoué, certes, mais encouragé et stimulé. Ce que le mismanagement des écoles et des instances éducatives a cassé, le dénigrement ne le réparera pas. J’en viens à penser que notre système éducatif est comme l’élève qu’il est chargé de former: si vous le mettez en échec suite à de mauvaises notes, que vous le rabrouez à lui faire perdre confiance en lui, en lui transmettant votre angoisse, vous n’obtiendrez jamais rien de lui.
    Nous ne nions pas que notre système est en mauvaise passe, mais revenons à ces mauvaises notes qu’il a ramenées: l’évaluateur est-il si impartial? L’étude sur les élèves doukkalis n’a concerné que 40 écoles sur les 558 qu’elle compte et 700 élèves sur les 202.000 qu’elle abrite. On ne le dira jamais assez, quand vous interrogez à brûle pourpoint un élève vous voyant atterrir de l’extérieur devant sa table, sur des mots et des textes inédits, à quoi vous attendez-vous? Il n’est pas en classes prépa. Certes la méthode d’apprentissage qu’on a dû lui infliger n’est pas la meilleure, mais un élève bousculé dans l’évaluation ne peut donner que des résultats biaisés, dans n’importe quel pays. C’est pour cette raison que l’on a depuis longtemps abandonné l’évaluation sommative au profit de l’évaluation formative, à travers laquelle l’enfant continue à apprendre et consolide ses notions. Ceci peut s’appliquer partiellement aux tests internationaux, bien qu’ils soient plus structurés. Alors méfions-nous de ce qu’indique l’aiguille du compteur et procédons autrement que par le gong et les effets d’annonce. Concentrons-nous sur le management efficace du système, comme le disait, à juste titre, Nadia Salah dans son édito du lundi, la qualité suivra.
    Dans cette cabale contre le système, l’enseignement supérieur ne semble pas épargné. Que veut dire l’appréciation du CSEFR sur le bulletin de notes, lorsqu’il a été consulté sur la nouvelle mouture de la loi 01-00: «l’approche du ministère fait revenir l’université plusieurs années en arrière»?
    Ce projet modificatif, j’ai eu à l’évaluer, en tant qu’expert sollicité par une entité représentée audit Conseil. Si je ne peux affirmer que le texte est révolutionnaire, puisqu’il reprend simplement des articles et remédie à certaines lacunes, je n’y ai vu que des avancées sur le plan de la gouvernance des universités, de l’évaluation externe des établissements, du remembrement des structures d’enseignement et de recherche, de la consécration de la recherche comme activité universitaire et de l’organisation de la formation continue. Ici encore, la manie de tirer sur l’artiste a frappé. Ce n’est pas ainsi que l’on fera des progrès.

    Jeter l’anathème ou sauver le soldat?

    A ce compte-là, si la démocratie a apporté son lot de transparence, en déliant la langue aux observateurs et scrutateurs du champ politique, il n’est pas bon que l’on dévie par overdose d’autocritique. Tout en faisant étalage de l’énormité de l’input que l’on met dans la machine, on décrie la médiocrité de l’output. Cela porte un nom, le déficit d’efficience, pas la mort de l’organisme. Loin du bruit, paisible dans son coin, la formation professionnelle observe ce tohu-bohu. Travaillant en paix, elle poursuit son ascension dans les effectifs. Elle a 80% de son effectif assuré par un établissement public autonome, qui a échappé jusqu’ici à la vindicte populaire sur l’origine de ses budgets, l’assurance qualité de sa formation et le niveau de ses lauréats. Devant cette disparité de traitement, on peut se demander quelle est la formule qui réussit le plus. Elle est certainement entre les deux.
     

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