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Tribune

Le regretté Abdelhadi Tazi, tel que je l’ai connu

Par L'Economiste | Edition N°:4505 Le 15/04/2015 | Partager

Aussi loin que l’on remonte dans le temps, que ce soit dans l’histoire des événements

Abdelhak Azzouzi est professeur des universités. Il est spécialiste de la Stratégie, des Relations internationales et de la Science politique comparée. Il a créé et dirigé plusieurs centres de recherches et de développement. Il est président du Prix méditerranéen de la pensée. Il a rédigé sous sa direction neuf volumes sur l’Alliance des civilisations et la diversité culturelle (L’Harmattan) ainsi que l’Annuaire marocain de la stratégie et des relations internationales (en arabe, en français et en anglais, 3.000 pages et distribué dans 128 pays à travers le monde). Il a publié entre autres Le néo-constitutionnalisme marocain à l’épreuve du printemps arabe (avec le Pr. André Cabanis). Il est très engagé dans le dialogue entre les cultures ainsi que le rapprochement entre les deux rives de la Méditerranée

ou dans l’histoire du vécu des hommes, le Maroc a toujours été une terre de rencontre, de fraternité et de partage. C’est au carrefour des métissages séculaires et aux sources fécondes des nombreuses langues qui l’ont abreuvé que le Maroc a bâti son esprit de tolérance et d’ouverture. Cet esprit se perpétue aujourd’hui, à l’aube de ce XXIe siècle. Rien d’étonnant donc, qu’au sein de ce pays qui a «baigné» dans toutes ces cultures, n’apparaissent des gens qui vont s’illustrer par leur savoir-faire ou par leur plume… le regretté Abdelhadi Tazi en fait partie.  Le Maroc doit, en effet, s’enorgueillir de compter en son sein des monuments qui ont contribué à le bâtir. Ma génération et les générations à venir doivent une grande reconnaissance à ces esprits qui ont participé à la construction de leur pays…

 

«Tu mets du coton dans tes oreilles et tu travailles.

Ne fais pas attention aux jaloux…»

Abdelhadi Tazi a toujours associé la pensée à l’action, mené l’idéal à la concrétisation; c’est cela qui fait de Si Abdelhadi Tazi à la fois un théoricien et un praticien, à la fois un homme de conviction et un pragmatique; un homme qui sait conjuguer l’histoire ancienne en faits de politiques et de diplomatie d’actualité, d’en retirer une vision claire et agir dans le présent en toute connaissance de cause. Il a pour habitude de dire que, «lorsque l’on veut conduire une voiture en toute sécurité il faut être attentif à ce qui se passe en face de nous, mais le rétroviseur est aussi très important parce qu’il nous avertit des dangers derrière nous»; l’histoire joue le rôle du rétroviseur. Il a su, dans tous ses écrits, dans toutes les fonctions qu’il a endossées, vivre le présent tout en prévoyant l’évolution et en tous les cas, toujours cultiver l’humanisme universel.
Dans sa grande librairie personnelle (qu’il a léguée à la Bibliothèque d’Al Quaraouiyine), il passait des heures à la réflexion, à la recherche à travers les livres et à l’écriture. Il a toujours dit que la construction de la société passe par les académies et les universités. Il fut un honneur pour moi de le fréquenter d’autant plus qu’il me considérait comme «son fils». Il participait aux forums que j’organisais à Fès, aux ouvrages collectifs que je rédigeais… Il m’auréolait par son amour paternel, ses conseils, ses orientations. Il partageait avec moi sa science. Il me confiait ses propres secrets, ceux d’un grand savant qui a aimé sa patrie, son Roi, les grands principes sur lesquels sont fondés notre pays… Il m’a dit une fois avec beaucoup d’humour: «tu mets du coton dans tes oreilles et tu travailles. Ne fais pas attention aux jaloux…».
Le regretté Abdelhadi Tazi fut un grand homme de lettres, de plume et de savoir; un grand Fqih, un Alem (érudit). Les «territoires» de l’Homme ne sont pas seulement physiques ou géographiques. C’est dans des domaines autres, à savoir ceux de l’esprit de l’Homme, que se joue la Paix et de là, le destin des Nations; c’est là que fleurit la tolérance. L’esprit érudit et savant de Si  Abdelhadi Tazi a tissé des liens qui rapprochent femmes et hommes dans des valeurs spirituelles universelles et appellent au triomphe d’une humanité généreuse, solidaire, saine et digne.

Associer la passion de la recherche

au goût de l’enseignement

Si Abdelhadi Tazi a été le maître de milliers d’étudiants et de centaines de cadres supérieurs; des centaines de thèses de doctorat ont été réalisées grâce à ses conseils et ses orientations judicieuses.

Abdelhak Azzouzi (à droite tenant un micro) et Abdelhadi Tazi

Combien de cours, combien de séminaires et de conférences, combien d’articles et d’ouvrages nous lui devons et quelle vaste palette de sujets il a traitée! Par cela, le Dr Abdelhadi Tazi s’inscrit dans la grande tradition arabe et méditerranéenne qui associe la passion de la recherche au goût de l’enseignement. Tous ceux qui ont eu la chance de bénéficier de ses cours ont gardé le souvenir d’un homme érudit, rigoureux sur la méthode et exigeant quant à l’utilisation du mot juste; un homme communicatif, maîtrisant les règles de l’humour, et l’art d’exposer le récit historique, aussi bien les événements que leur signification. Si notre homme était un homme de science c’est qu’il savait à la fois écouter et transmettre. Il a su faire son miel de toutes les opinions et de toutes les critiques, mais il a su également rester fidèle à ses convictions profondes. Le temps passé ne l’a jamais changé, il a contribué simplement à le rendre meilleur, illustrant en cela le dicton de Walt Whitman: «Deviens toi-même». Il avait une mémoire incomparable. Combien de fois j’ai été dans sa chambre à coucher, qui fut sa bibliothèque (elle me rappelle la chambre de mon père, une réelle tradition chez les savants de la Quarouiyine) et il me dit, amène moi tel ou tel ouvrage, tel ou tel dossier à ta droite, regarde telle ou telle page, telle ou telle ligne… Je restais abasourdi par sa mémoire phénoménale…
Le regretté Abdelhadi Tazi caressait le rêve de voir l’idéal se transformer en réalité, de voir le savoir et la vertu s’imposer à la politique mondaine… Sans cesse il alliait son goût pour la recherche et son avidité de connaissance  à son désir de partager son savoir avec autrui, d’établir des ponts entre les différentes cultures… Ceci l’honorait et le glorifiait.
Comme l’a écrit le grand poète sénégalais Amadou Lamine Sall: «C’est bien la culture qui a fondé le Maroc». C’est la culture qui a donné naissance à des hommes de conviction et de cœur comme Si Abdelhadi Tazi, qui, à leur tour, en ont fait un jardin de l’esprit. Notre désir de paix de l’esprit s’en trouve assouvi et notre cœur s’en trouve nourri, élevé et protégé du matériel et de l’ignorance. Seuls, nous sommes fragiles et vulnérables mais la réappropriation identitaire de notre sacré nous réconforte et nous grandit. Nous sentons alors, à notre tour, le désir d’humaniser notre terre au lieu de la diviser et de la détruire. Notre foi religieuse devrait nous aider à cela et non nous en éloigner. Il n’y a pas d’avenir à la civilisation sans la libre circulation des hommes et l’entente des uns avec les autres. C’est ce que nous a témoigné le parcours de Si Abdelhadi Tazi. Que Dieu l’ait en Sa sainte miséricorde.

 

 

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