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    Les 20 ans de l'OMC

    Les 20 ans de l’OMC
    Qu’est-ce qui se cache derrière les statistiques?

    Par L'Economiste | Edition N°:4500 Le 08/04/2015 | Partager

    Nabil Boubrahimi est Docteur en Sciences économiques et spécialiste en Commerce International. Il est actuellement enseignant-chercheur à la FSJES Ibn Tofail de Kénitra. Il est également chercheur associé à l’Institut royal des études stratégiques (IRES) et consultant principal auprès de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations Unies (Bureau de l’Afrique du Nord) pour l’étude sur le transport international entre les pays de l’Afrique du Nord. Boubrahimi a été primé du prix de l’Economiste de la meilleure thèse en Economie et Gestion (édition 2009)

    LES statistiques actuelles du commerce international dissimulent la réalité constante sur l’internationalisation des processus de production appelée aussi «les chaînes de valeur mondiales». En observant, aujourd’hui, le gap important qui existe entre l’évolution de la valeur de la production mondiale et celle relative au commerce international (en valeur et en volume), on constate qu’un écart se creuse de plus en plus entre ces deux valeurs.
    S’il convient d’admettre que le processus d’internationalisation des économies n’est pas un phénomène récent, ce qui est remarquable aujourd’hui, c’est plutôt l’ampleur et l’intensité qu’a pris ce processus ces dernières années en raison de la multiplication des opérations d’externalisations et de délocalisations favorisées par la baisse des coûts de transport et de communication et par l’amélioration permanente de la performance logistique liées aux échanges.
    Il s’agit aussi de la modification profonde des déterminants de la consommation finale des ménages, du fait d’un élargissement remarquable des gammes de biens et services, transitant par les frontières.
    Cet élargissement de choix est tiré par l’intensité de la technologie incorporée dans ces produits et services.
    Etant donné que la plupart des biens produits ont l’étiquette: «Made in World», il y a là une nécessité urgente de mettre en place un nouveau cadre statistique plus élaboré, capable de mesurer le commerce mondial en valeur ajoutée (VA) plutôt qu’en flux transfrontaliers.
    Un nouveau cadre statistique est devenu indispensable pour évaluer réellement la contribution effective de chacun des pays dans la production et la création de la richesse mondiale. Il permettra, aussi, de saisir correctement la physionomie réelle des relations commerciales internationales à plus d’un titre.
    D’abord, des parts significatives des importations intermédiaires sont utilisées pour produire les exportations. Cela rend nécessaire de distinguer les produits réalisés sur le territoire national des intrants d’origine étrangère ayant servi à créer ces produits nationaux.
    Ensuite, pour la plupart des économies mondiales, environ 1/3 des importations intermédiaires sont destinées au marché d'exportation et plus une économie est de petite taille et plus la part de ses importations intermédiaires incorporées dans ses exportations est élevée.
    Enfin, il convient de noter qu’une initiative lancée par l’OMC (Organisation mondiale du commerce) et l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), vise, justement, à élaborer une base de données TiVA (Trade in Value Added) comprenant des données pour 40 pays (les Pays de l'OCDE en plus de la Russie, le Brésil, la Chine, l'Inde, l'Indonésie et l’Afrique du Sud) couvrant les années 2005, 2008 et 2009, avec une ventilation en 18 industries. Le but étant de fournir des statistiques mondiales en VA.
    Certes, la mesure du commerce mondial en VA évite le double comptage implicite de la consommation intermédiaire dans les flux bruts actuels du commerce international, ainsi que les flux liés à la VA d’un pays dans la production d'un bien ou service exporté notamment la rémunération du travail, les impôts et les bénéfices sur la production. On s'attend à produire d'autres indicateurs pertinents dans les années à venir tels que notamment: «le commerce des emplois et des compétences» et «le commerce en valeur technologique».
    Or, à l’heure actuelle, le travail qui continue dans le cadre statistique existant manque d’exhaustivité pour mesurer la fragmentation internationale de la production. Il est à noter qu’au moins trois techniques existantes peuvent, toutefois, servir de point d’ancrage pour mettre en place un cadre statistique plus adéquat et plus adapté à la nouvelle donne mondiale.
    D’abord, il y a la technique relative à la mesure directe au niveau même des entreprises qui permet la collecte de données microéconomiques à chaque maillon de la chaîne de production correspondant à une valeur ajoutée.
    Ensuite, figure la mesure à partir des données du commerce standard que représente l’actuel cadre statistique permettant de suivre les échanges de composants et de biens intermédiaires.
    Enfin, il y a lieu de noter la mesure indirecte qui consiste à se servir des tableaux entrées-sorties (seuls instruments statistiques disponibles en ce moment) permettant une mesure relativement complète de la fragmentation de la production mondiale. L’utilisation de tableaux internationaux ouvre ainsi la voie au suivi des relations inter-pays et inter-secteurs.  Elle permet de calculer dans quelle mesure les secteurs nationaux sont dépendants de tous les autres secteurs, nationaux comme étrangers.
    Cependant, il convient de relever les limites des méthodes de mesure de la VA en vigueur. Même si les tableaux entrées-sorties sont le cadre conceptuel idoine pour mesurer la fragmentation de la production, ils requièrent des données d’une qualité supérieure qui fait défaut aujourd’hui. En outre, ils ne sont, pour le moment, réalisés que pour des années cibles (tous les cinq ans dans le meilleur des cas).
    Par ailleurs, on fait l’hypothèse que l’intensité de l’utilisation d’intrants importés ne varie pas, et que les biens finaux produits sont consommés localement ou exportés (hypothèse d’homogénéité de la production). Or, cette hypothèse est régulièrement contredite en réalité, notamment du fait de l’existence d’un «commerce de perfectionnement» (processing trade) très intense. Ce type de commerce (perfectionnement d’intrants importés et réexportations) représente une part non négligeable du commerce international. On cite à cet égard qu’un cinquième des exportations des pays en développement provient de zones de perfectionnement.
    Aussi, toutes les mesures effectuées jusqu’à présent ne peuvent s’intéresser qu’à des chaînes de valeur mondiales tronquées. Pour saisir la chaîne de valeur dans sa totalité, un cadre conceptuel complet de mesure de la valeur ajoutée mondiale est, aujourd’hui, une nécessité.

    Qu’en est-il des données de la VA au Maroc?

    AU Maroc, la méthodologie de calcul de la valeur ajoutée des exportations se base, depuis 1998, sur l’intégration des Admissions temporaires pour perfectionnement actif sans paiement (ATPA-SP) dans les transactions commerciales liées aux mouvements de marchandises dans leur intégralité qu’il y ait ou non transfert de propriété. Cette intégration est faite tant au niveau global qu’au niveau de chaque produit. Ainsi, les importations comprennent les opérations réalisées avec paiement et celles effectuées dans le cadre du régime douanier des ATPA-SP.  De leur côté, les exportations incluent les marchandises générales et les réexportations en suite d’ATPA-SP. La valeur de ces réexportations est déterminée sur une base brute comprenant les matières premières ayant effectivement servi à la transformation ainsi que la valeur ajoutée. Cette dernière n’est pas calculée par les autorités publiques mais mentionnée qu’à titre déclaratif par l’entreprise ayant effectuée l’opération d’ATPA-SP en vue de justifier la sortie (en réexportation) des produits à l’export.

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