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    Chronique

    Le gouvernement, trois ans après
    Benkirane toujours en campagne
    Par le Pr. Mustapha SEHIMI

    Par L'Economiste | Edition N°:4459 Le 10/02/2015 | Partager

    Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

    Il court, il court. Il parle et laboure durant les quatre saisons. Lui et les siens continuent donc sur la lancée de la campagne électorale de l’été 2011. Chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane et ses ministres s’échinent – toujours ou encore? c’est selon – à capitaliser les résultats des élections législatives de cette année-là qui ont permis de lui confier la direction de ce cabinet pour la présente législature. Ils ont su résister à une certaine spirale gouvernementale – telle celle de 1’USFP dans le cabinet d’alternance (1998-2002) marquée par les aisances du pouvoir au détriment du parti et de la poursuite du militantisme de proximité et de terrain. A la tête de l’exécutif, il continue de mettre en relief sa formation islamiste ainsi que son référentiel. Mais lors des réunions et des instances organiques du PJD ou des meetings, c’est la casquette de chef de gouvernement qui est davantage mise en avant. Souvent, un tel dédoublement pose problème en ce qu’il se traduit un écart. Il n’en a cure – on l’a vu par exemple manifester au premier rang des manifestants de son syndicat, l’Union nationale du travail (UNT) de Mohamed Yatim, le 1er mai 2014.
    Cela dit, au terme de trois ans, comment s’est construit le discours d’Abdelilah Benkirane à la tête du gouvernement? Sur la base d’un triptyque: réforme, confiance et respect. La réforme? C’est pratiquement dans le droit fil des thèmes de la rhétorique de ce parti bien avant le scrutin de 2011. Au passage, il faut rappeler que c’était aussi l’axe central d’un parti comme 1’USFP durant les trois décennies qui ont suivi le congrès de 1975 tranchant pour l’option démocratique – un projet se voulant alternatif mais qui s’est dilué dans une simple alternance en 1998... Le PJD, lui, insiste sur un bilan globalement négatif d’un demi-siècle de gestion publique depuis l’indépendance, tous gouvernements confondus d’ailleurs.
    Dans un document confectionné après son triennat, le leader du PJD s’étale longuement sur son bilan couvrant pratiquement tous les domaines. Une centaine de mesures et de réformes sont ainsi mises en exergue. D’autres sont inscrites à l’agenda des deux ans qui viennent. Il veut faire montre de détermination en même temps que d’une accélération, enjambant ainsi les deux premières années considérées – pas seulement par l’opposition – comme bien en- deçà du tempo nécessaire à une véritable politique de changement. A n’en pas douter, il paraît avoir plus de visibilité et de capacité qu’en 2012 et 2013.
    Dans cette même ligne, il a veillé à revêtir sa formation islamiste, considérée comme relevant d’un référentiel “conservateur” de nouveaux atours plus attractifs. Il a ainsi construit un argumentaire binaire articulé d’un côté entre son parti attaché aux réformes et de l’autre à des partis et des lobbies réfractaires à ce cap. Dans ce schéma, des partis de sa majorité – RNI, MP et PPS – y gagnent peu ou prou de manière collatérale. Mais tel n’est pas le cas de ceux de l’opposition – PI, USFP, PAM et UC –  en difficulté pour donner de la lisibilité à leurs thèses et à leurs propositions. C’est un nouveau clivage qui, par touches successives, est en train d’être conforté, brouillant quelque peu les critères de différenciation du passé.
    Pour ce qui est de la confiance, il est fait référence au climat qui prévaudrait désormais. Cela tient à la stabilité gouvernementale désormais assurée depuis le remaniement du 10 octobre 2013 avec l’entrée du RNI de Salaheddine Mezouar suppléant le retrait du PI de Hamid Chabat dont les philippiques et les imprécations  avaient pratiquement bloqué le cabinet durant près d’une année. Abdelilah Benkirane, aujourd’hui, aime à rappeler combien les préventions marquées du sceau de l’alarmisme, lors de la mise sur pied de son cabinet, ont été démenties par les faits. Les uns et les autres invoquaient inéluctablement la chute du tourisme, la mainmise de son parti islamiste sur l’administration et l’appareil d’Etat, sans parler de la contraction des IDE et de la fuite des capitaux. Or, à ses yeux, il n’y a eu rien de tout cela, bien au contraire. Les flux touristiques se sont améliorés, les IDE retrouvent un palier significatif, le succès de la contribution libératoire avec 27,8 milliards de DH a atteint plus du quintuple des 5 milliards de DH prévus et, sur les 406 nominations aux emplois supérieurs, seule une petite dizaine a répondu à des facteurs partisans propres à cette formation.
    Mais il y a plus. Ainsi, l’évaluation faite des réformes entreprises par les institutions internationales – FMI, Banque mondiale, Coface,... – est volontiers mise en avant à cet égard. Le classement du Maroc s’est sensiblement amélioré dans la plupart des grilles du risque pays. Le satisfecit donné par le FMI en vue du renouvellement de la ligne de précaution et de liquidité (LPL) de 5,5 milliards de dollars accordée en août 2012 pour 24 mois a été renouvelé, après la revue des résultats enregistrés. Enfin, pour ce qui est du respect des engagements, le catalogue des mesures sociales et de préservation du pouvoir d’achat des citoyens détaille une longue liste couvrant près d’une quarantaine de domaines – Fonds de cohésion sociale (4 milliards de DH), fonds pour les veuves, élargissement du Ramed (82% des 8 millions de personnes ciblées), baisse du prix de 1.766 médicaments, hôpitaux, étudiants (bourses, couverture sociale, logement), IPE, revalorisation de 10% du Smig et du minimum retraite (1.000 DH), création de 90.510 emplois publics (2012-2015), programmes Ramaj et Taâhil, statut particulier pour l’auto-entrepreneuriat...
    Au total, de quoi mettre en œuvre et finaliser une plateforme pouvant porter ses fruits dans la perspective des scrutins de 2015 ainsi que dans celle du renouvellement de la Chambre des représentants actuelle en 2016. Dans cette optique, Abdelilah Benkirane ne manque pas de souligner que cette politique réformatrice a bénéficié de l’appui et du soutien du Roi. Une dernière illustration en a été donnée par la décision d’une aide aux veuves. Il rappelle  qu’il y a une hiérarchie, le Souverain étant chef de l’Etat et président du Conseil des ministres tout en relevant que les relations entre les deux organes sont totalement satisfaisantes après une période de «rodage» au départ...

    Au centre de la politique?

    Que peut relever l’observateur depuis trois ans? Que le chef du gouvernement occupe une place de premier plan dans le champ politique national. Dans son parti, aucune tête ne dépasse quel que soit le profil de ses ministres. A la tête de l’exécutif, il a aspiré le gros de la communication gouvernementale. C’est lui – et lui seul – qui fait ce que l’on pourrait appeler la météo. Servi par un verbe populaire et/ou populiste, il a gardé les élans de ses prêches dans une mosquée de Salé – c’était dans une autre vie. Il ose, tranche, assume le coût social et politique de mesures impopulaires qu’aucun autre cabinet n’aurait pu prendre (désindexation du prix des hydrocarbures, prochainement une aide directe des populations ciblées pour ce qui est du butane, prélèvement sur salaire pour les fonctionnaires grévistes, refus de recrutement sans concours des diplômés chômeurs, transparence dans les marchés publics, loi sur le littoral et sur les carrières). La perception de son bilan bénéficie d’un coefficient d’amplification par suite de la situation actuelle des partis d’opposition (USFP, PI) empêtrés dans des luttes intestines qui n’en finissent pas et qui pénalisent leurs discours respectifs et leurs capacités de mobilisation.

     

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