×L'Editorialjustice régions Dossiers Compétences & RH Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
eleconomiste



eleconomiste
Vous êtes 195.938 lecteurs à vous connecter sur leconomiste.com chaque jour. Vous consultez 234.695 articles (chiffres relevés le 4/6 sur google analytics)
Economie

Comment redynamiser l’OMC

Par L'Economiste | Edition N°:4411 Le 02/12/2014 | Partager
Bilan très mitigé pour l’Organisation qui jusque-là a profité aux nations les plus fortes
Créer une politique agricole mondiale pour dépasser les échecs de Doha
Jean-Claude Martinez propose la théorie de déduction au lieu de réduction des droits de douane

Jean-Claude Martinez, professeur de droit et de sciences politiques et ancien député, a été avec l’Imri (Institut marocain des relations internationales) l’instigateur du 20e anniversaire de l’OMC à Marrakech

- L’Economiste: Vous avez assisté aux plus grands moments de l’OMC. Quel regard portez-vous sur l’évolution de cette institution?
- Jean-Claude Martinez: Sa création fut un grand moment et un défi. Le multilatéral avait pris le dessus sur les relations bilatérales. L’idée était de mettre les grandes nations et les petits pays comme les USA et le Mali au même niveau d’égalité, de discuter du maïs, du coton, mais aussi de voiture, des banques et des assurances en une semaine. L’ambition de cette rencontre historique était tellement grande étant donné que 150 Etat y participaient et que chacun pouvait à tout moment arrêter la machine. C’était tout de même la première tentative de régulation de la jungle que devenait le commerce mondial. Avec le temps, la mayonnaise n’a pas vraiment pris, même s'il y a eu de belles réussites, notamment les arbitrages planétaires avec des condamnations historiques.

- L’ORD avait bien épinglé des cas de non-respect des règles commerciales et l’affaire la plus médiatisée fut celle qui a condamné les USA. Pourquoi la machine OMC s’est-elle grippée ensuite?
- Oui, les instruments de l’OMC avaient fonctionné et condamné les USA à plusieurs millions de dollars de pénalité. C’est ce qui explique d’ailleurs la réticence des Etats-Unis à l’égard de l’OMC constatant que cet instrument permettait aux petites nations d’être en égalité avec cette puissance économique. Du coup, les Américains se sont embarqués vers les accords bilatéraux avec la Colombie, le Mexique puis par le biais de l’accord de partenariat transpacifique, ensuite dans des ALE avec le Maroc et tout ce que cela porte comme avantage pour les USA. Les rapports financiers des nations le confirment aujourd’hui. Pour être honnête, il n’y a pas que les accords bilatéraux qui ont affecté la machine OMC. L’organisation a subi aussi le mouvement altermondialiste qui a mis le monde en garde contre la libéralisation de l’agriculture.
- D’où l’échec des accords de Doha…
- Oui, les accords de Doha ont été bloqués à cause du volet concernant l’agriculture. Et c’est là où l'on voit la limite du commercial et la nécessite de changer du paradigme au sein de l’OMC et de laisser l’intervention au politique. Si on avait eu l’intelligence de décréter que l’alimentation des hommes ne pouvait pas être laissée au libre arbitre des lois du marché et l’audace de créer une politique agricole mondiale comme ce qui a été fait pour l’Europe qui a permis à la France de développer son agriculture, on aurait pu réussir ces accords.
- Les récentes mesures adoptées par l’OMC (protection temporaire pour les programmes de sécurité alimentaire et accords pour moderniser les procédures douanières) ne devraient-elles pas changer la donne?
- Ces mesures ne permettent pas de redonner un véritable souffle à l’OMC tant que ses Etats membres fonctionnent avec le même paradigme. C’est pour cela d’ailleurs que j’ai soufflé l’idée de ce 20e anniversaire de l’OMC à organiser à Marrakech, la ville qui a donné naissance à l’Organisation. Malheureusement, les politiques marocains n’ont pas capté la mesure de ce genre d’événement. Il faut maintenant comprendre que le salut viendrait du Sud et les politiques doivent se fixer un agenda avec de nouveaux paradigmes.
- Quelles sont les nations qui sont sorties gagnantes de l’OMC?
- Je pense que le bilan est mitigé. C’est là toute l’ambiguïté du libre-échange. Tout le monde ouvre son marché, mais il est évident que celui qui a la puissance d’exportation, parce qu’il a le réseau et les entreprises, avale le plus faible. Un pays avec ses oranges et ses agrumes n’a finalement pas grand-chose à vendre. C’est le cas pour le Maroc ou encore le Congo. Résultat des courses: les pays perdent beaucoup de recettes en matière douanière et, pour compenser, sont obligés d’augmenter la TVA -ou de la créer dans le cas du Congo- et l’impôt sur les sociétés.
- Justement, vous proposez une nouvelle théorie pour les droits de douane?
- Oui, c’est la théorie de déduction des droits de douane. L’idée que mon équipe a développée et publiée d’ailleurs dans un ouvrage est de transformer les droits de douane en monnaie de commerce international. Plus il y a des droits de douane, plus il y a des crédits douaniers. Plus un pays offre ce genre de crédit et plus on vient acheter chez lui. Si au lieu de s’être embarqué sur la réduction des droits de douane en 1947, on s’était focalisés sur la déduction des droits de douane, le protectionnisme se serait transformé en machine de commerce international. Avec la théorie de déduction des droits de douane, chacun va protéger son marché, mais cela n’empêche pas pour autant le commerce. La barrière va se transformer en crédit de commerce. Que deux Etats inscrivent cette théorie dans un accord commercial et par le biais de la nation la plus favorisée, cela se diffusera à la planète. Il faut trouver les deux Etats qui auront assez de courage et d’audace pour le faire. Voilà une norme qui est adaptée à l’organisation du monde actuel et où tout le monde serait gagnant.
Propos recueillis par
Badra BERRISSOULE

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc